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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 16:37

 

 

BIG-BROTHER.jpgEL WATAN, 15/11/2013

Ce n’est (presque) pas une surprise : l’Algérie est écoutée depuis des années par plusieurs agences de renseignements américaines. Et elle l’est plus que la Tunisie et le Maroc. Officiellement, les Etats-Unis se refusent à tout commentaire.

Si l’Algérie figure dans le club assez fermé des pays les plus «écoutés» au monde, ce n’est pas pour les conseils qu’elle administre dans les coulisses de l’ONU ni pour ses prouesses diplomatiques. En épluchant les centaines d’informations que commencent à distiller certains organes de presse occidentaux suite aux révélations d’Edward Snowden sur les activités de l’agence de renseignement électronique américaine NSA, il apparaît que l’Algérie figure parmi les cibles prioritaires des agences. L’hebdomadaire allemand Der Spiegel publie notamment une carte, tirée d’une présentation classée «top secret», portant l’indicatif Comint — pour Communication Intelligence (écoutes et interceptions de signaux).

Cette carte montre la répartition des différents sites SCS sur la planète, avec une liste exhaustive de villes et leurs statuts. SCS sont les initiales d’une véritable joint-venture entre la CIA et la NSA, chargée de collecter des données électroniques et de procéder à des écoutes in situ par des moyens technologiques et humains. Le Special Collection Service s’appuie sur le Ukusa Agreement de 1946, qui permet aux Etats-Unis d’utiliser les renseignements récoltés par les quatre pays du Royaume-Uni (Angleterre, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) et même d’utiliser leurs représentations diplomatiques pour la collecte d’informations. D’où aussi l’indicatif FVEY sur le document, qui signifie qu’il est destiné aux cinq pays. Selon la carte du Spiegel, Alger et Tripoli étaient, au 13 août 2010, les deux seules ambassades du Maghreb pourvues d’équipes et d’équipements du SCS.


EINSTEIN


Les investigations du Spiegel et les rares informations concernant le SCS qui circulent sur les sites spécialisés donnent quelques indications sur le fonctionnement de cette structure de renseignement dans les pays où elle fonctionne. Très discrets, ses agents se fondent dans la masse du personnel diplomatique et sont perçus par leurs collègues comme, au mieux, des opérateurs radio et de télécommunications. Les installations sont généralement dissimulées dans l’ambassade ou le consulat, ses antennes se fondent dans l’architecture du site pour ne pas être visibles de l’extérieur, l’écoute étant en contradiction avec les règles de bienséance diplomatique. Parmi les documents qui ont fait l’objet de fuites, figuraient les photos d’une antenne d’interception nommée Einstein et de ses équipements connexes. Les équipes du SCS peuvent sur place intercepter des signaux micro-ondes radio sur l’ensemble du spectre de fréquences et les flux satellites. En gros, ce service peut écouter ou intercepter des données/communication sur GSM, wifi, radio et GMPCS. Ses opérateurs peuvent inoculer des virus ou pirater, y compris sur le terrain, les ordinateurs pour y subtiliser des informations. En plus du SCS, l’Algérie est apparue dans une capture d’écran du logiciel d’analyse interne des données de la NSA, Boundless Informant, retrouvée par The Guardian, et provenant aussi des révélations Snowden.

Cet outil permet de regrouper et d’analyser l’ensemble des interceptions enregistrées par l’agence de Fort Meade. 47 milliards de morceaux d’informations y sont répartis par pays. Et si l’Algérie ne figure pas dans l’arc critique qui va de Pékin au Caire, la carte montre qu’elle est au même niveau que la France, l’Angleterre, l’Italie ou la Somalie. Nous sommes même largement plus espionnés que le Maroc, la Tunisie ou l’Espagne. Si aucune indication ne filtre sur la qualité et les cibles précises de ces écoutes, il est tout de même facile de supposer que les «services» américains s’intéressent aux communications de l’ANP et des échanges concernant le secteur des hydrocarbures. Il n’est pas exclu qu’un grand nombre de ces interceptions soient liées à la guerre mondiale que livrent les Etats-Unis au terrorisme islamiste.

Contre les écoutes, le cryptage systématique des données et des communications n’est peut-être pas idéal, mais il permet de réduire certains risques et de rendre la tâche plus compliquée aux services d’écoutes, dont l’inflation des besoins en calcul informatique risque de porter un coup fatal dans un avenir proche. Autre parade : recourir aux lignes terrestres et à la fibre optique pour rendre les interceptions à partir de l’étranger impossibles et pousser les agences de renseignement à se découvrir en venant tâter le terrain, ce que les Américains sont de moins en moins enclins à faire. Le département d’Etat US à Washington s’est contenté de répondre «no comment» quand il a été contacté par nos soins, via l’ambassade américaine à Alger, pour commenter ces informations.

Le contexte :

Nourries par l’ex-analyste de la NSA Edward Snowden, les révélations sur l’espionnage américain ont provoqué une série de tempêtes diplomatiques, notamment quand ont été révélées la possible mise sur écoute de la chancelière allemande Angela Merkel et la collecte massive de données en France ou en Espagne.

D’autres organisations internationales auraient figuré parmi les cibles de la NSA. Fin août, l’ONU avait annoncé qu’elle allait demander des explications aux Etats-Unis sur des révélations affirmant que l’agence avait espionné son système de vidéo-conférence interne. Les bureaux de l’Union européenne à Washington auraient également été espionnés par les Etats-Unis.

Fin octobre, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, avait reconnu pour la première fois que les Etats-Unis étaient parfois allés «trop loin». Le président Barack Obama a, lui, a annoncé un réexamen des méthodes américaines d’espionnage.

Une vieille histoire :

Grâce à leur programme d’écoutes Echelon, les Etats-Unis ont pu «écouter» les communications en Algérie et obtenir des informations très détaillées sur les groupes armés terroristes. Cette surveillance leur aurait permis, entre autres, de contribuer à la localisation de Antar Zouabri, abattu en 2002, et à l’arrestation de Abderrezak El Para, dont les communications via Thouraya depuis les montagnes tchadiennes n’avaient aucun secret pour les Américains.

Les unités d’écoute se trouvaient, d’après une source sécuritaire algérienne, sur des navires stationnés dans la partie ouest de la Méditerranée et des bases secrètes de la NSA dans la région Grand-Maghreb et MENA, et portaient sur tous les réseaux de téléphonie fixe, mobile et même sur les système internes de communications civiles et militaires, en Tunisie, au Maroc, en Mauritanie, dans les pays du Sahel mais aussi en Algérie, y compris celles passant par les câbles sous-marins.

Toujours de source sécuritaire, les Américains auraient mis en place ce maillage d’écoutes après le refus des Algériens de coopérer dans la lutte antiterroriste décidée après les attentats du 11 Septembre. Aujourd’hui, les Américains utiliseraient, dans le sud de la Libye et le nord du Mali, un système de brouillage de GPS comme ils l’ont déjà fait en Afghanistan et en Irak. Les témoignages des contrebandiers qui parlent de «perturbations pouvant durer plusieurs jours sur leur GPS» semblent recouper cette information.        Aziz M.

 

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