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DNA a reconstitué le fil des événements : Dans les coulisses de l’attaque terroriste d’In Amenas

Mercredi 16 janvier, 2h du matin, tapis dans le noir le convoi de 4x4 passe la frontière algéro-libyenne en trombe, tous feux éteints pour éviter de se faire repérer par les GGF Algériens ou par les fréquents vols d’hélicoptères ou d’avions de reconnaissance sur la région. Ghadames est à quelques centaines de kilomètres au Sud, plein Ouest  à trois heures de crapahutage sur l’erg oriental se trouve l’objectif.


5 h du matin. In Amenas, à 1500 kms au sud d’Alger. Il fait toujours nuit noire. Une trentaine de terroristes, lourdement armés, se dirigent vers le complexe gazier de Tiguentourine, un important complexe gazier se situant à 40 kms au Sud Ouest de la grande ville gazière, exploité par la compagnie britannique BP (British Petroluem) et le géant pétrolier algérien Sonatrach.

Dans ce site, une usine de gaz, quelques centaines de travailleurs. Des Algériens, mais aussi des expatriés. Des Américains, des Britanniques, des Japonais, des Français, des Belges, des Philippins... Bref, une multinationale.

Les lumières du camp de base sont en vue, le groupe se positionne de part et d’autre de la route fraichement pavée qui relie le site gazier à la Nationale 3. Les terroristes ont des armes d’assaut, les servants des mitrailleuses sont couchés avec, les détenteurs de kalashnikovs sont, eux aussi, embusqués.

Un groupe lourdement armé

Ils attendent le convoi transportant les expatriés rentrant chez eux, via l’aéroport d’In Amenas. A l’heure prévue, le bus arrive, sauf qu'aujourd’hui l’escorte est doublée. Au lieu des deux 4x4 habituels de gendarmerie, deux autres véhicules sont adjoints au convoi. Qu’à cela ne tienne les terroristes engagent le combat. Un gendarme dans le véhicule de tête est tué, son collègue est grièvement blessé, une balle de gros calibre lui transperce la mâchoire.

Les balles secouent le bus qui ne s’arrête pas, un britannique est mortellement blessé. Les gendarmes organisent la riposte, d’autant que des renforts pointent à l’horizon. Trois Japonais qui sautent du bus sont interceptés par les hommes armés et sont immédiatement mis à mort.

La riposte des gendarmes permet au bus de poursuivre son chemin vers In Amenas. Le terroristes rompent leur engagement et foncent vers l’Ouest avec pour objectif de doubler les renforts venant du complexe et prendre ce dernier d’assaut.

Les terroristes attaquent en trois groupes

A peine cinq minutes plus tard, ils sont trois groupes autour du complexe, le premier charge vers l’usine avec la mission de mettre la petite centrale électrique en panne. Les deux derniers prennent d’assaut le camp de base et forcent deux entrées en utilisant une voiture bélier et des bus, trouvés sur place pour écarter et aplanir les herses.

Peu de résistance leur est opposée. le jeune Lahmar Amine est abattu d’une balle dans la tête, son collègue qui s’échappe sera retrouvé le lendemain errant fou à une dizaine de kilomètres de là.

A l’intérieur, le premier groupe est à l’œuvre. Bientôt les turbines de la centrale électrique sont mise en panne, les groupes électrogènes auxiliaires sont mis à sac.

La nuit inonde le site, la sirène d’alarme qui a été déclenchée par des employés sonne par intermittence à cause des problèmes d’électricité.

Les tirs fusent de partout

Les employés dans leurs baraques sentent qu’il se passe quelque chose de grave, ce n’est pas l’usine, il n’y a pas eu d’explosions, par contre des tirs fusent de partout. Leurs confrères qui sont à l’usine sentent le mauvais coup et ordonnent de baisser la pression pour éviter tout risque d’accident.

Les équipes de terroristes qui investissent par deux portes antagonistes la base de vie, foncent vers les quartiers d’habitation des étrangers, quelques-uns d’entre eux sur un pick up balayent à l’arme lourde le camp de la gendarmerie qui se trouve en marge du complexe.

Des Japonais exécutés

Beaucoup de gendarmes tomberont sous les balles. Les prochains sur la liste sont les Japonais de JGC qui sont cueillis au saut du lit, six d’entre eux sont exécutés, ceux qui seront trouvés plus tard rejoindront le reste des otages « occidentaux ».

Il y a otage et otage. D’emblée et vu l’impossibilité du groupe de gérer les presque 800 travailleurs, nationaux et expatriés, les terroristes décident d’écrémer en se focalisant uniquement sur les occidentaux et les Japonais. Les Philippins et les Thaïlandais sont invités à rejoindre leurs camarades Algériens en lieux clos.

Ici et là, des otages parviennent à s’enfuir ou à se cacher, qui sous un lit ou dans un faux plafond. Des agents de sécurité se mettent à l’abri sous une table de leur poste de garde, ils y resteront sans boire ni manger pendant trois jours.

Les installations piégées

A l’usine la situation est explosive. Les étrangers de garde sont immédiatement interceptés et regroupés et ordre est donné aux Algériens de remettre la pression, les terroristes, commençant à piéger les installations, souhaitent raser le site.

Un expatrié américain se trouvant dans la salle des commandes affirmera par la suite que les travailleurs algériens sauveront littéralement le site en s’opposant, malgré les menaces à leur encontre de remettre la pression.

Il fait désormais jour. Les terroristes se savent encerclés par l’armée et la gendarmerie, ils se concentrent sur le tri des otages dont une quarantaine est équipée de ceintures et de colliers d’explosifs.

Les plus jeunes parmi les assaillants se chargent de garder les otages, eux aussi portent des gilets d’explosifs. Ils sont prêt, le moment venu, à se faire exploser.

Des terroristes de différentes nationalités

La majorité des terroristes est formée d’étrangers, différents accents se croisent. Il y a des Tunisiens, des Egyptiens, des Mauritaniens, un Syrien, des Touaregs du Mali et du Niger. Tous habillés en uniformes verts, certains ont des gilets pare-balles couleur sable de l’armée libyenne.

Leur équipement est impressionnant, tous ont un fusil d’assaut, des grenades, certains ont des fusils de précisions Dragunov, d’autres des RPG flambant neufs.

Leurs caisses de munitions sont neuves comme sorties des arsenaux de l'ex armé de Kadhafi. Ils disposent même d’une rampe de lancement artisanale de roquettes S5, exactement semblables à celles fabriquées par les rebelles du CNT dans les faubourgs de Misrata.

Les terroristes ont monté des canons de 12,7 mm sur des pickups qu’ils posteront à des endroits stratégiques du complexe. Ils s’emparent vite du parc de 4x4 de BP.

Equipements de transmission

Ils savent où il se trouve et savent même où faire le plein d’essence. Ils disposent aussi d’équipements de transmission dernier cri, de valises de communication comprenant un petit téléphone satellite et son panneau solaire, ainsi que des radios.

Les terroristes sont en bonne condition physique, leur chef qui donne ses ordres avec un accent tunisien, parle un anglais parfait. Le cerveau supposé de l’opération est accroché à son téléphone satellite et répercute les ordres reçus, parfois il s’adresse aux médias étrangers, notamment mauritaniens.

L’action terroriste tenait plus de l’opération militaire que de l’action de guérilla, le mode opératoire laisse supposer que le groupe d’assaillant avait bénéficié de complicités à l’intérieur du complexe et d’un appui logistique d’une source bien structurée.

Etat-major de crise à Alger

Très tôt, un état-major de crise est installé à Alger. Celui-ci comprend des envoyés des différents corps de sécurité et de renseignement et de responsables du gouvernement. Les responsables comprennent rapidement qu'il faut agir, une consigne préliminaire est donnée pour empêcher la fuite des terroristes, la sauvegarde des installations et la récupération de tous les otages.

Il est décidé d'envoyer le groupe d'assaut du GIS Alger, rejoint par le groupe d'assaut du GIS de Tamanrasset. Deux Hercules c130 et deux Casa décollent vers 11h du matin de l'aéroport militaire de Boufarik, direction In Amenas.

Tassili Airlines assure l'évacuation du personnel qui n'était pas sur le site ou qui a pu s'échapper. Des avions sont dépêchés sur place et très vite l'Aéroport d'In Amenas est fermé pour saturation du parking. A Londres, le vol Jet Air affiche annulé sur le tableau d’affichage.

De Biskra, deux Mi24 Superhind décollent direction le lieu de l'attaque, des hélicoptères de transport ramènent dans leurs soutes des Paras de Biskra et du matériel.

Des renforts viennent de partout

Arrivés sur place, les hommes du GIS sont étonnés de trouver un détachement du DSI au complet en pleine préparation. Des ordres auraient été donnés par la haute hiérarchie de la gendarmerie pour faire participer le groupe d'assaut des "verts", un groupe très bien entraîné mais à qui manquait l'épreuve du feu.

Les gendarmes se sentant coupables de défaillance promettent de régler l'affaire par eux-mêmes pour se rattraper.

Ce qui aurait pu tourner à la guerre des services a été un grand moment de solidarité inter-armes. L'idée d'un assaut combiné GIS-DSI-Paras émerge à la nuit tombée.

Assaut combiné

Une nuit de préparation et d'étude des cartes du site, scruté et filmé depuis le ciel par des drones Algériens et des hélicoptères, n'a pas permis d'évaluer avec précision la puissance de feu des terroristes et leurs points de renfort.

Des éclaireurs du GIS s'infiltrent à l'intérieur du site. Ils doivent se faire voir et attirer le feu de l'ennemi pour pouvoir l'évaluer.

Mission accomplie sans problème. Mieux cette action aura permis de reprendre le poste de police à l'entrée du site et libérer quelques otages dont des étrangers.

Espace aérien fermé

A quelques dizaines de kilomètres des lieux, l'ANP se déploie en force. Un bataillon de chars est déployé loin des regards entre le site et la frontière libyenne, l'espace aérien est clos au-dessus de la région et l'aviation est en alerte. L'on craint un coup tordu venant de Libye.

La nuit permet au terroristes de se préparer, une stratégie se dessine dans leurs rang, revenir au plan initial, fuir avec les otages les plus « précieux » vers la Libye en jouant à fond la carte médiatique.

Des otages Européens sont sommés d'appeler leurs proches, voir des médias de leurs pays pour transmettre un message d'apaisement et insister sur la nécessité de négocier. La pression internationale comme carburant.

Les terroristes quant à eux contactent des médias « amis » comme Al Jazeera ou les agences Sahara Média ou ANI, devenus les portes paroles de l'AQMI et du MUJAO.

Pression internationale

La deuxième partie du plan est de faire trainer les négociations et de faire de la prise d’otages un point où se focaliseraient les médias étrangers. Mettre la pression sur le gouvernement algérien et faire sauter le complexe gazier en dernier ressort.

La nuit passe sans que les forces spéciales ne donnent l'assaut. Des tirs sporadiques se font entendre çà et là.

Jeudi 17 janvier, en milieu de matinée. Plusieurs groupes d'otages parviennent à s'enfuir, les terroristes sont tétanisés et ne quittent pas leurs positions, face à eux des tireurs d'élite tirent sans volonté de toucher pour marquer leur présence invisible et limiter les mouvements des terroristes. Des étrangers font partie des otages évadés.

Ceintures d'explosifs

Vers midi, une agitation se fait sentir. Les terroristes préparent cinq Toyota Station, entassent des vivres et des munitions, placent dedans un nombre d'otages, tous portent une tenue afghane et une ceinture d'explosifs. Selon toute vraisemblance, une diversion va favoriser leur fuite en territoire libyen.

Peu après 13h, les véhicules qui ont démarré en convoi espacé foncent en trombe vers la sortie du site et se retrouvent très vite dans le no man's land séparant la zone résidentielle du complexe gazier.

A plusieurs centaines de mètres d'eux, presque invisible, un Mi 24 surveille la manœuvre grâce à ses puissantes caméras. L'officier d'armement reçoit l'ordre de détruire le convoi. Le terrain s'y prête, il n'y a aucune installation sensible à proximité ni de regroupement de civils.

Trois missiles laser

Le Superhind tire deux, puis trois missiles à guidage laser Ingwee sur les trois véhicules de queue qui explosent sur le champ, pris de panique, ne voyant pas la provenance des tirs, les terroristes de tête se font exploser.

L'ordre d'assaut est donné, plus le choix. L'hélicoptère opère un tir de saturation vers la zone résidentielle. Il ne vise rien ni personne, mais crée un mur de feu.

Simultanément des snipers du GIS et du DSI lâchent une salve de balles précises et tuent immédiatement une partie du commando, essentiellement les jeunes chargés de garder les otages.

Des paras avancent en tirant eux aussi. Les opérateurs du GIS profitent de cette diversion pour prendre à revers le reste du commando se trouvant dans la zone résidentielle.

Premier assaut

Les 11 terroristes présents sont abattus, le camp de base est totalement sous contrôle. 600 otages sont libérés suite à ce premier assaut, parmi lesquels une centaine d'étrangers, une trentaine d'otages sont perdus.

Aucun blessé n'est à déplorer du côté des forces spéciales. Le DSI s'offre son baptême du feu aux cotés de certains opérateurs du GIS qui avaient traqué onze ans auparavant les preneurs d'otages des 32 touristes suisses et allemands aux confins du Sahara.

Base de vie investie

La base de vie est investie et nettoyée par l’armée, les otages récupérés sont débriefés par le renseignement militaire. Il faut trouver les complices coute que coute. Très vite, des noms suspects apparaissent, ils sont actuellement sous surveillance.

Au niveau de l’usine de gaz, les preneurs d’otages apprennent l’échec cuisant de la tentative de leurs complices de forcer l’étau sécuritaire. Pis encore, l’armée algérienne semble totalement inflexible et insensible aux pressions étrangères.

Un changement de stratégie s’impose. Le groupe qui a en sa possession une dizaine d’otages, craignant l’assaut, veut discuter. D’abord, l’arrêt des opérations de l’armée française au Mali, puis la libération de cent prisonniers, les terroristes finissent par demander aux Etats Unis de libérer une Pakistanaise et un Egyptien.

Tentative de négociations

Jeudi, 22h. Le groupe tente de faire exploser une aile de l’usine pour démontrer sa détermination. Il parvient à incendier une partie du complexe, mais l’intervention des travailleurs couverts par les forces spéciales a permis d’éviter le pire. Encore une fois, les terroristes perdent.

Retranchés dans une aile de l’usine, ils passeront la nuit à parlementer.

Le 17 janvier, à 14h, en donnant l’assaut, les opérateurs du GIS rencontrent une résistance farouche des preneurs d’otages. Ils seront éliminés un à un. A l’intérieur des « quartiers » des terroristes, les forces spéciales découvriront les corps de sept otages froidement exécutés.

Ils passeront la journée du 17 janvier à analyser les lieux de l’assaut avec les équipes scientifiques de la Gendarmerie et à déminer l’usine et ses alentours.

Un arsenal digne d’une armée régulière est récupéré sur les 32 terroristes abattus.

A Tiguentourine, il y avait 650 employés, parmi lesquels 132 étrangers


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