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MEMOIRES D'UNE "POSEUSE DE BOMBES"

AVERTISSEMENT Je vais sans doute encore me faire des ennemis. Je venais de terminer la lecture de ces Mémoires quand se produisit l’attentat contre Charlie Hebdo, suivi des prises d’otages de Montrouge et de Vincennes qui, à juste titre, suscitèrent une immense émotion. J’en prends le risque. Mais pour vous faire une opinion, je vous le demande, lisez ce texte jusqu’au bout. BD La parution des Mémoires d’une combattante de l’ALN par Zohra Drif (Editions Chihab, 2013, 2014) constitue un évènement. En effet, pendant 56 ans, l’auteure s’était interdit de parler de son engagement pendant la guerre d’Indépendance (1954-1962). « Ce livre n’est pas une œuvre d’historien. Je ne le suis pas », écrit-elle dans l’avant-propos. Il n’en constitue pas moins un témoignage irremplaçable pour écrire l’histoire de cette époque. Le vécu personnel, les ressorts intimes qui font agir, sont nécessaires à la vérité historique. Ils sont certes subjectifs et ne peuvent à eux seuls, être LA VERITE, mais ils constituent une part de celle-ci. Comment, par quels cheminements personnels, une jeune fille algérienne de famille aisée, étudiante en faculté, devient-elle une poseuse de bombes pendant la mal nommée « bataille d’Alger » ? C’est tout l’intérêt de ce témoignage qui est bien sûr sujet à débats. Mais auparavant, afin d’éclairer la suite, comme au théâtre, présentons brièvement quelques-uns des principaux acteurs de cette pièce qui ne fut pas un jeu, mais un moment de l’histoire du monde au cours duquel les protagonistes jouèrent leur vie. Larbi Ben M’hidi. Un des six « historiques » de l’appel à l’insurrection du 1er novembre 1954. Dirigeant politico-militaire de la Zone Autonome d’Alger. Arrêté le 23 février 1957 par les paras du Général Massu, torturé puis assassiné début mars (le 4 ou le 5 ?) par le Commandant français Aussaresses. Yacef Saâdi. Ouvrier boulanger dans la Casbah. De son nom de guerre El Kho. Chef militaire de la Zone Autonome d’Alger puis dirigeant politico-militaire après la disparition de Larbi Ben M’hidi. Arrêté le 25 septembre 1957, emprisonné, il sera libéré le 18 mars 1962 après les Accords d’Evian. A l’indépendance, il soutiendra Ahmed Ben Bella allié à l’EMG (Etat- Major Général) du Colonel Boumediene, soutenus par le groupe de Tlemcen, contre les forces de la wilaya IV fidèles au Gouvernement Provisoire de la République Algérienne soutenu par le groupe de Tizi-Ouzou. Ali Ammar. De son nom de guerre Ali la Pointe. Adjoint au chef militaire de la ZAA, Yacef Saâdi. Il refusera de se rendre et mourra le 8 octobre 1957 dans l’explosion du refuge du 5, rue Abderrahmane dans la Casbah, dynamité par l’armée française, en compagnie de Hassiba Ben Bouali, Mahmoud Bouahmidi et Petit Omar âgé de 12 ans. Zohra Drif. Fille de cadi (juge-notaire), issue d’une famille algérienne aisée de la région de Tlemcen. C’est une des « jeunes filles de la Casbah », « poseuse de bombes ». Elle sera arrêtée en même temps que Yacef Saâdi. Elle épousera Rabah Bitat, un des six « novembristes » qui deviendra Président de l’Assemblée Populaire Nationale (1977-1990) et Président de la République par intérim, pendant 45 jours, à la mort du Président Boumediene. Sénatrice, elle est vice-présidente du Conseil de la Nation (Sénat). Djamila Bouhired. Elle aussi est une des « jeunes filles poseuses de bombes de la Casbah » où sa famille habitait. Arrêtée le 9 avril 1957, torturée, elle fut défendue par le jeune avocat Maître Jacques Verges qui inaugura alors la « défense de rupture » et lui sauva la vie. Il l’épousa. Zohra Drif est une nationaliste algérienne. L’amour qu’elle porte à sa « Patrie profanée » irrigue les pages de ce livre. Sa description enthousiaste des paysages ; son plaisir à citer les noms des tenues féminines traditionnelles, les serrouals el messelmine, les cassacates…; la gourmandise avec laquelle elle évoque les pâtisseries algéroises, confèrent à cet ouvrage une saveur particulière et nous aident à comprendre la douleur causée par l’occupation française. Les pages qu’elle consacre à ses parents et à ses années de lycée et de faculté permettent de comprendre la profondeur du patriotisme algérien d’une famille terrienne riche, de haute lignée, de la région de Tlemcen et la place de la religion dans son engagement. La petite Zohra apprend à l’école française l’histoire de France que son père détricote le soir venu : « Il savait que je n’allais avoir droit, dans le système éducatif colonial, qu’à l’histoire de la France dans sa version la plus colonialiste. […] Très tôt j’appris qu’il y avait notre vérité, à nous Algériens, et celle des autres, des Français. » Son père l’inscrira au lycée Fromentin d’Alger, loin de chez elle, car il veut pour sa fille ce qu’il y a de meilleur dans l’enseignement français. « Une prise guerre » aurait dit Kateb Yacine. Le déclenchement de la révolution le 1er novembre 1954 fut vécu comme l’évènement que toute la famille attendait depuis les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata. Le scoutisme musulman, dans un pays où la culture ancestrale était niée, piétinée par l’occupant français fut également, nous dit-elle, une véritable école de patriotisme et une pépinière formidable de futurs nationalistes et combattants pour la libération. » Tout au long de son parcours Zohra Drif sera inspirée par les préceptes de l’Islam. Elle était également sensible à la misère de ses compatriotes : « Dans ce Sersou aux richesses légendaires faites de milliers d’hectares de terre pétrie par leurs ancêtres, ces hommes et leurs familles survivaient dans une misère insoutenable. Au dénuement et au dur labeur, devait s’ajouter la terrible souffrance de ces hommes au m’dhal (chapeau de paille), conscients que ces immenses terres appartenaient à leurs ancêtres et qu’ils en avaient été spoliés. » On retrouve là une des motivations profondes, la sensibilité à la misère, d’une autre branche de la révolution algérienne, le rameau communiste, qu’exprime si bien notre amie Annie Steiner dans son livre Une vie pour l’Algérie. Zohra Drif n’aura de cesse de trouver le contact avec les hommes de « novembre ». Elle y parviendra avec son amie Samia. Elle qui est nationaliste, c’est paradoxalement par l’intermédiaire de Boualem Oussedik membre du Parti Communiste Algérien qu’elle obtiendra le contact avec le FLN. Les femmes sont nombreuses auxquelles elle rend un hommage vibrant dans ce livre. Notamment aux femmes de la Casbah où elle va bientôt être affectée en qualité de membre des groupes armés. Dans la Casbah elle va faire la connaissance du mythique « novembriste » Larbi Ben M’hidi, de Yacef Saâdi (El Kho), d’Ali la Pointe, de Hassiba Ben Bouali, de Djamila Bouhired à qui elle voue une grande admiration ainsi qu’à sa famille. Début 1957, l’ONU décide de mettre « la question algérienne » à l’ordre du jour de sa session (Assemblée Générale) du 28 janvier. « Les deux camps en guerre depuis le 1er novembre 1954 se préparent au débat à l’ONU », nous dit Zohra Drif (P.306). Le FLN qui enregistre cette décision comme un premier succès, par « une action d’envergure civile et pacifique. » Ce sera « la grève de huit jours » du 28 janvier au 4 février 1957. Pour le FLN, l’objectif est de faire la démonstration de sa représentativité et de l’adhésion des Algériens au combat pour l’indépendance. Le gouvernement français s’y prépare également en organisant « l’assassinat le 28 décembre 1956 d’Amédée Frogier, le Président de l’association des maires d’Algérie » en l’imputant au FLN, dont Zohra Drif nie la responsabilité (P. 306) et en donnant le 7 janvier 1957 les pleins pouvoirs, y compris de police, à Massu et à l’armée. « Massu, le criminel de guerre invente « la bataille d’Alger » pour faire oublier toutes les batailles perdues par la France et son armée ». « Une guerre totale qu’il entendait mener contre les indigènes en usant de tous les moyens des plus avilissants aux plus inhumains. » (P.308). Une « guerre » que Zohra Drif qualifie de « longue guerre de nettoyage ethnique » (P. 308), en utilisant « la torture à l’échelle industrielle» (P. 308). Y compris au domicile des suppliciés. Et elle relate la terrible nuit du 2 au 3 février au domicile des Bouhired.(P. 331 et suivantes). Le chef politique et militaire de la Zone Autonome d’Alger, Larbi Ben M’hidi sera arrêté le 25 février et le 6 mars, la presse annoncera son « suicide ». On a appris depuis qu’il avait été étranglé par Aussaresses. Ce « « travail d’éboueur », c’est l’expression utilisée par Massu (P. 373), durera jusqu’en octobre. Malgré le déploiement de la terreur, la conviction de Zohra Drif est que « La grève de huit jours sera décisive pour la marche de notre révolution. » (P. 305) et elle rappelle ses mots d’ordre : « Pour la liquidation du régime colonial. Pour la libération de la patrie algérienne. Pour l’instauration d’une République Algérienne Démocratique et sociale. » (P.323) Après diverses missions, transports de documents, aide financière aux familles de chouhada, etc, sa première mission militaire lui est confiée fin 1956 par El Kho. Elle vit ce moment comme une immense marque de confiance. Le livre nous relate avec minutie la préparation de cet attentat, mais le plus intéressant réside dans les raisons et les sentiments qui l’ont conduite à accepter de tuer des civils européens, alors qu’elle est une jeune fille sensible, calme, réservée. Parmi ces raisons, il y a bien sûr l’attentat perpétré par les « ultras », rue de Thèbes dans la Casbah, le 10 août 1956 qui fit de nombreux morts Algériens et des centaines de blessés dont des femmes et des enfants. Un autre attentat dont on parle moins, mais qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques, est la tentative d’incendie qui avait eu lieu en pleine Casbah le 14 juillet 1956 à l’aide de bidons d’essence enflammée. Zohra et ses compagnons sont révulsés par ces crimes odieux contre des victimes innocentes alors que la population d’origine européenne vit tranquillement dans des quartiers isolés des quartiers « indigènes » bouclés par des haies de fil de fer barbelé. Ils jugent alors qu’il faut porter la guerre parmi la population européenne afin qu’elle se rende compte dans sa chair de la cruauté du sort infligé aux « indigènes » et, par des actions spectaculaires, faire la démonstration que la terreur coloniale n’intimide pas les combattants décidés à rendre coup pour coup. Des bombes seront déposées au Milk Bar et à la Cafétéria où elles exploseront et feront de nombreuses victimes européennes. Au Mauritania où elle n’explosera pas. Zohra Drif assume aujourd’hui son choix avec courage. Il en faut en un temps où les Résistances, les luttes pour l’indépendance sont diabolisées et marquées du sceau infamant de « terrorisme ». N’oublions pas que les Résistants français étaient déjà qualifiés de « terroristes » par les nazis. La décision du FLN de porter la guerre parmi les civils européens fut à l‘époque contestée, par le Parti Communiste Algérien notamment qui, cependant, décida de ne pas en faire la critique publique afin de ne pas apparaître désavouant la lutte armée, comme l’explique Henri Alleg dans Mémoires algériennes (P. 212 et 2013). Zohra était une nationaliste. A ses yeux la France et les Français qui occupaient son pays étaient responsables des malheurs du peuple algérien. Cela choque parfois certains militants anticolonialistes français qui refusent d’être assimilés à la France coloniale. Personnellement, parce que je suis à la fois un patriote français et un militant anticolonialiste, je comprends les sentiments de Zohra Drif. Je me sens en effet co-responsable des décisions de mon pays, même si je les ai combattues. Transporter une bombe dans un couffin, la déposer dans un lieu public et quitter celui-ci avant qu’elle explose sans se faire remarquer, étaient extrêmement risqué. Arrêtées, la torture et la mort étaient assurées. Djamila Bouhired, Hassiba Ben Bouali, Zohra Drif, Samia Lakhdari (Annie Steiner dont elle ne parle pas était affectée au laboratoire de fabrication des bombes et a transporté, elle aussi, des couffins.(In Une vie pour l’Algérie, P.38) deviennent donc, selon leurs propres termes, « des volontaires de la mort ». Cela mérite que l’on s’y arrête. Il fallait être très motivé pour accepter cette perspective. Parmi leurs motivations, les sentiments d’injustice et l’amour de la patrie occupée, entrent pour une large part. La foi religieuse aussi quand elle se sent bafouée. Mais tous les « terroristes » ne luttent pas pour une cause juste. Certains groupes dans le monde sont des organisations mafieuses qui se parent frauduleusement du nom de moudjahidine. Les moudjahidate de la guerre d’Algérie aimaient la vie comme l’écrit Zohra Drif et comme elle en donne maints exemples (pages 294 et 295). Elles n’étaient pas animées par une idéologie mortifère. Leur objectif n’était pas de mourir, mais de vivre pour connaître l’Indépendance de leur pays. Elles acceptaient la mort au nom d’une cause qui les transcendait, l’Indépendance, et comme une éventualité qu’elles ne pouvaient pas écarter mais qu’elles faisaient tout pour éviter par une préparation minutieuse de leurs opérations militaires. Elles n’étaient pas endoctrinées comme certains/certaines, le sont aujourd’hui au nom d’une lecture passéiste, rétrograde et conservatrice des textes sacrés. Elles étaient animées d’idéaux modernes de liberté, de progrès social, d’émancipation des êtres humains. A l’occupation coloniale, elles voulaient substituer « La restauration de l’Etat algérien, souverain, démocratique et social… », selon les termes de l’Appel à l’insurrection du 1er novembre. On le sait, deux rencontres clandestines eurent lieu pendant la « bataille d’Alger » entre Yacef Saâdi, le chef militaire de la Zone Autonome et Germaine Tillon, ancienne Résistante du Musée de l’Homme à Paris, qui fut déportée à Ravensbrück. Les acteurs en ont fait le récit, mais il est intéressant de connaître comment une des « poseuses de bombes » vécut cet évènement auquel elle participa aux côtés de Yacef Saâdi. C’est à la demande de Germaine Tillon, présente à Alger avec une commission internationale d’enquête, qu’eut lieu la première rencontre acceptée par Yacef Saâdi le 4 juillet 1957 au n°3 de la rue Caton dans la Casbah. Germaine Tillon affirme pour sa part que c’est Saâdi qui en avait exprimé le souhait. Après l’exposé de Yacef Saâdi, elle ne supporta pas, nous dit Zohra Drif « que nous comparions l’Algérie occupée par les siens à la France occupée par les Allemands. Etait-ce parce qu’elle fut résistante qu’elle ne supporta pas que nous comparions les exactions de l’armée française en Algérie pour briser les résistants à celles de l’armée allemande en France ? Car elle nous interrompit d’une voix sèche et puissante en lançant : « Vous êtes aussi des assassins ! » […] Ses mots […] faisaient d’elle à mes yeux un être partial […] Je lui en voulais d’avoir détruit mes dernières illusions sur l’humanisme de certains européens. » (P. 449). L’entrevue aurait pu s’arrêter là, mais Yacef Saâdi « plus calme » (P.450) continua d’expliquer le bien fondé de la lutte du peuple algérien. Le FLN, dont les sources d’armement avaient été taries par la répression, ressentait en effet le besoin d’une trêve. « Comment faire pour arrêter ce cycle infernal de la violence ? » interrogea Germaine Tillon qui ajouta : « Vous seriez prêts à arrêter d’utiliser des bombes contre la population si on mettait un terme à l’exécution des condamnées à mort ? ». « Quelles garanties aurai-je que l’engagement sera tenu par le Gouvernement français ? » demande Yacef Saâdi. Germaine Tillon, proche du Général de Gaulle, s’engage à lui en parler. Pour autant, Zohra Drif note : « Je ne me souviens pas qu’elle nous ait souhaité bonne chance. » Une nouvelle entrevue eut lieu le 9 août, mais « ce fut une douche glacée ! Elle arrivait non seulement pour nous signifier le refus du Gouvernement français d’ordonner l’arrêt des exécutions de nos frères condamnés à mort, mais pour nous informer que la guillotine reprendrait son œuvre macabre dès le début du mois d’août. Du reste, elle était encore à Alger lorsque trois frères furent exécutés à Barberousse le 25 juillet 1957. » Cette relation corrobore celle de Germaine Tillon, en apportant quelques précisions complémentaires. Son état d’esprit tel qu’il est ressenti par Zohra Drif est crédible, car à cette époque, proche d’Albert Camus, comme ce dernier, elle n’est pas encore acquise à l’idée d’indépendance pour l’Algérie. Il n’y eut pas de représailles du FLN à la suite de ces nouvelles exécutions. Germaine Tillon en témoignera lors du procès de Yacef Saâdi qui sera arrêté le 24 septembre 1957.( Germaine Tillon, une femme-mémoire, éditions Autrement, page 213) Ce témoignage est capital car il démontre que la violence n’était pas un choix du FLN, mais une& réponse à la violence coloniale. Tout au long de ce livre, Zohra Drif rend hommage aux militants et aux combattants qu’elle a rencontrés et elle fait preuve d’une remarquable hauteur d’esprit à l’égard de ceux/celles qui ont parlé sous la torture. Ainsi les pages qu’elle consacre à Alilou qui a été brisé et a perdu la raison, sont particulièrement émouvantes. Elle dit aussi sa profonde admiration pour Larbi Ben M’hidi, un chef remarquable qui donnait la priorité à l’action politique et la primauté au politique sur le militaire. Les pages qu’elle consacre à Ali la Pointe sont peut-être parmi les plus neuves tant elles contrastent avec les calomnies propagées par les adversaires de l’Algérie. Ali qu’elle a côtoyé, dont elle a partagé les combats, les heures d’angoisse, mais aussi d’espoir, est dépeint comme un « soldat » courageux, téméraire même, impétueux et d’une folle gaité, aimant les plaisanteries et les blagues faites à ses compagnons. Elle rend hommage à Yacef Saâdi, qu’elle appelle El Kho, lui aussi calomnié. Elle insiste sur son intelligence, ses qualités de négociateur (avec Germaine Tillon) et le terrible dilemme qui se posa à lui – et à elle – quand ils furent dénoncés et leur cache révélée par le « traître Hacène Ghandriche ». Résister ? Et par voie de conséquence condamner Ali et son groupe à la mort. Où se rendre ? Ils se rendront, la mort dans l’âme. Et ils devront la vie sauve à l’intervention en leur faveur de Germaine Tillon. Mais le refuge d’Ali la Pointe avec qui se trouvaient Hassiba Ben Bouali, Mahmoud Bouahmidi et Petit Omar fut malgré tout dynamité par l’armée française et détruit avec ses occupants. Elle s’élève avec une très grande énergie contre l’accusation de délation, lancée contre elle et contre Saâdi et dément (P. 562 et 563) avoir écrit « deux prétendues lettres que j’aurais envoyées à Hassiba pour lui demander de « se rendre…(In « Le FLN, documents et Histoire ») (Mohammed Harbi, Gilbert Meynier, Librairie Arthème Fayard, 2004, P. 140 et 141) Ce sont écrit-elle, « des documents » fabriqués par les services de Renseignement français. On lit également avec intérêt les pages élogieuses qu’elle consacre à de multiples reprises à cette autre héroïne que fut Djamila Bouhired. Ces Mémoires qui se terminent sur ces mises au point, n’évoquent pas les graves ennuis qu’elle a rencontrés en 1962, du fait de son engagement aux côtés d’Ahmed Ben Bella et de Houari Boumediene. Au total c’est un ouvrage courageux et utile qui doit certes être confronté à d’autres sources, mais qui constitue un témoignage indispensable à la connaissance de l’histoire de la décolonisation. Qui plus est, il est agréable à lire. Bernard DESCHAMPS 15 janvier 2015

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