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Le Comité Intergouvernemental de Haut Niveau (CIHN) dont la création avait été décidée lors de la visite d’Etat de François Hollande il y a un an, s’est réuni pour la première fois le 16 décembre à Alger sous la coprésidence des deux Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Jean-Marc Ayrault.

Treize nouveaux contrats ont été signés dont six joint-ventures entre entreprises algériennes et françaises, en conformité avec la règle des 49/51 % édictée en 2008 par l’Algérie qui fait obligation aux investisseurs étrangers de réserver 51 % du capital de l’entreprise à des actionnaires algériens.

Ces accords concernent plus particulièrement dans le domaine économique, l’agroalimentaire, les énergies renouvelables et la pêche, ainsi que des coopérations pour la formation professionnelle et des contrats d’assistance technique. Ils prolongent les décisions prises en décembre 2012 d’implanter la première usine Renault de production automobile près d’Oran – actuellement en construction dans la région où existe déjà une usine des Ciments Lafarge  - et de développer la production de médicaments et de produits pharmaceutiques.

QUATRE DIRECTIONS

Ainsi l’Algérie qui s’est convertie dans les années 1980 à l’économie de marché, agit dans quatre directions : après avoir stoppé en 2009, le processus de privatisation, elle réenclenche celui-ci notamment sous la forme de prises de participations privées dans les groupes publics; elle conserve cependant un important secteur public qui emploie 1,4 millions de personnes représentant 24% de l’emploi total. Demeurent nationalisés les groupes industriels: SONATRACH, 40 000 salariés ; SONELGAZ, 28 000 ;  ALGERIE TELECOM 20 000 ; L’ALGERIENNE DES EAUX, 25 000 ; COSIDER, travaux public, 15 000 ; AIR ALGERIE ; 9 400, etc) ; elle a repris début octobre 2013 le contrôle de la sidérurgie en rachetant à ArcelorMittal, pour 763 millions de dollars, l’usine sidérurgique d’Annaba afin de la moderniser; enfin elle encourage les investissements étrangers, y compris dans des entreprises publiques algériennes en conservant 51% du capital et  en espérant que ces investissements seront structurants par le biais de la sous-traitance. C’est ce qui est prévu notamment pour Renault.

LES INVESTISSEMENTS FRANCAIS

Les firmes françaises pendant longtemps ont préféré exporter leurs marchandises (automobiles, céréales, produits pharmaceutiques, etc) plutôt qu’investir en Algérie. Depuis quelques années, aiguillonnées par la concurrence de l’Espagne, de l’Italie, de la Grande Bretagne et de la Chine, elles modifient leur comportement. Elles sont attirées par la stabilité de l’Algérie ; par la croissance du marché intérieur dont la population augmente de 2% par an;  par des salaires encore inférieurs à ceux de France bien qu’ils aient été augmentés ;  par le  bas coût de l’énergie : 22 fois inférieur au coût européen pour le gaz ; 6 fois moins cher pour l’électricité…) Le marché intérieur a été dopé par deux hausses du SMIC : de 30% en 2009 ; de 20% en janvier 2012 qui ont eu un effet d’entraînement sur l’ensemble des salaires, et le 18 novembre dernier, dans un contexte de développement des luttes revendicatives, le gouvernement algérien a décidé de faire droit à une vieille revendication syndicale, la suppression de l’article 87 bis du Code du Travail qui va générer une nouvelle hausse des rémunérations.  Certes, après une baisse des prix à la consommation en 2009, 2010 et 2011, l’année 2012 a connu de fortes hausses qui ont limité l’amélioration du pouvoir d’achat, mais l’année 2013 avec un taux d’inflation à 3,69% va faire mieux que les trois années de baisse précédentes. Ces chiffres donnés par le Ministère algérien des Finances ne sont pas contestés par la presse algérienne y compris d’opposition. Dans le même temps, le chômage est descendu à 11,4% en 2010 et 10,2% en 2012, au lieu de 29,6% en 2000, selon l’Organisation Internationale du travail (ONU), au prix il est vrai d’un développement de l’économie informelle.

LA SITUATION AUJOURD’HUI

450 entreprises françaises sont présentes en Algérie. Dans un contexte mondial morose, les investissements étrangers (IDE) ont diminué de 42% en 2013 par rapport à 2012. Les investissements français, avec une baisse de 12%, peuvent être considérés comme stables au regard de cette situation mondiale ; la plus grande part, il est vrai, concernant surtout les banques plutôt que les secteurs industriels (Source : Ambassade de France à Alger). Les investisseurs étrangers attirés par les conditions favorables qu’offre l’Algérie, ne sont pas des philanthropes comme en témoignent les surfacturations dont Sanofi s’était rendu coupable et pour lesquelles le groupe français est poursuivi devant les tribunaux algériens. S’ils décident d’investir en Algérie, c’est qu’ils y trouvent leur compte, malgré les conditions imposées par l’Etat algérien. Le développement de coopérations économiques entre nos deux pays peut être bénéfique pour nos deux peuples : transferts de technologies, créations d’emplois et réinvestissement d’une part des profits en Algérie ; conquête de nouveaux marchés en Algérie et en Afrique pour les entreprises françaises. A condition que ce ne soient pas des délocalisations. La Déclaration d’Alger le 19 décembre 2012, a donné à cet égard le signal  d’un « partenariat d’exception ». Dans le même temps, et les Algériens en ont bien conscience, la France continue de se comporter en gendarme de l’Afrique, maintenant ses bases militaires, intervenant militairement quand l’opportunité s’en présente et s’implantant là où elle était absente comme au Mali. Mais l’Algérie est une grande et puissante nation qui a les moyens de se faire respecter.

Bernard DESCHAMPS

27/12/2013

 

 

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