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  Le 2 mars 2003, 41 ans après l’accession de l’Algérie à l’Indépendance, la Déclaration d’Alger,  par laquelle les Présidents BOUTEFLIKA et CHIRAC  s’engageaient à conclure un traité d’amitié entre nos deux pays, avait soulevé  un grand espoir de part et d’autre de la Méditerranée. Cette initiative correspondait aux souhaits de nos deux Peuples entre lesquels des liens forts et diversifiés sont chaque jour tissés par des associations, des universités, des hôpitaux… Malheureusement, deux ans plus tard, la loi du 23 février 2005 sur le prétendu « rôle positif de la présence française outre-mer notamment en Afrique du Nord » donnait  un coup d’arrêt au processus qui était pourtant bien engagé.    Devant la réprobation que cette loi suscita, le Président de la République française dut en supprimer l’article 4 qui apparaissait comme l’un des plus litigieux. La loi cependant ne fut pas abrogée

  Avant et après son élection le nouveau Président Nicolas SARKOZY multiplia les déclarations contradictoires, dont certaines furent interprétées comme des condamnations du colonialisme, alors que d’autres donnaient des gages aux nostalgiques de  « l’Algérie française » (discours de Toulon), voire aux criminels de  l’OAS (à propos notamment de la manifestation de la Rue d’Isly à Alger le  26 mars 1962). De tels propos ne pouvaient que jeter le doute sur la volonté de la France de construire avec l’Algérie et son Peuple un avenir commun de coopération et d’échanges équitables. Certes le MEDEF et des entreprises françaises participent aux Foires économiques qui se tiennent en Algérie, car elles lorgnent le marché algérien et ses potentialités sans pour autant s’engager dans une politique d’aide au développement et de transferts de technologies comme le préconisait la Déclaration d’Alger.

  Le lancement médiatique, en 2008,  par le Président SARKOZY de l’Union pour la Méditerranée fit un temps illusion, mais très vite on s’aperçut qu’il ne s’agissait en fait que de la poursuite du Processus de Barcelone qui vise à instaurer une zone de libre échange entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, au profit du Nord et au détriment du Sud. Dans le même temps, le Gouvernement français, en contradiction avec l’accord de 1968,  aggravait sa politique de restriction de délivrance de visas pour la France. Enfin, adoptant la position des Etats-Unis, Paris inscrivait l’Algérie sur la liste des pays à risques pour les transports aériens, alors que la sécurité y est désormais pour l’essentiel revenue après la terrible décennie de sang…

  C’est dans ce contexte que 125 députés algériens avaient pris le 13 janvier  2010  l’initiative de déposer une proposition de loi qui préconise « la création de tribunaux spéciaux pour juger les responsables des crimes coloniaux ou de les poursuivre devant les tribunaux internationaux ». Certains, curieusement, s’en étonnèrent. D’autres, tels le Ministre de l’Identité nationale et le Secrétaire d’Etat à la défense et aux Anciens Combattants la qualifièrnt de « profondément regrettable…et inquiétante ». Mais cette proposition n’était qu’une réplique à la loi française du 23 février 2005 non abrogée dont l’article 1 exprime sa reconnaissance   « pour l’œuvre accomplie par la France »  et dont l’article 13 ouvre droit à l’indemnisation des anciens tueurs de l’OAS, alors que les terribles blessures humaines et matérielles causées aux frontières de l’Est et de l’Ouest par les champs de mines et au Sahara par les essais nucléaires français ne sont toujours pas indemnisées et réparées. La Convention de partenariat (2007-2012) entre l’Algérie et la France, votée le 9 février 2010, après deux années d’atermoiements, permettra-t-elle enfin de progresser sur la voie d’une coopération équitable ? On peut en douter, car à côté de quelques mesures positives dont on ne sait si elles seront mises en œuvre, figurent des dispositions contraignantes en faveur de nouvelles privatisations en Algérie et l’aggravation de la lutte contre « l’immigration clandestine ».

     Celles et ceux qui comme nous se rendent assez fréquemment en Algérie savent combien le Peuple algérien est accueillant. Il ne confond pas le Peuple français  et le colonialisme français qui a fait tant de mal à leur pays et dont les crimes irréparables ont laissé un souvenir douloureux. Rares sont les familles qui n’ont pas à pleurer un chahid (un martyr).

  Nous ne nous lasserons donc pas de redire qu’une amitié durable et sans arrière pensée dominatrice ou mercantile – si souhaitable pour nos deux pays – passe par la reconnaissance par la France des crimes commis par le colonialisme français.

  C’est le message dont nous sommes porteurs lors de chacun de nos voyages en Algérie et nous avons conscience, ce faisant, de bien servir les intérêts de nos deux Peuples.

                                                                                     Bernard DESCHAMPS (2011)

                                                         

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