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L'ALGERIE AUJOURD'HUI, OU EN SONT LES RELATIONS ENTRE NOS DEUX PAYS?

Comme l’indique le titre, cet exposé comprend deux parties. La première dresse l’état des lieux de l’Algérie d’aujourd’hui. La seconde fait le point des relations entre nos deux pays. Il est le résultat de plus de 60 ans d’observation, d’études minutieuses des textes et de la presse, de fréquents séjours dans le pays et des relations amicales que j’entretiens à la fois avec les autorités algériennes et avec l’opposition démocratique.

Quelques recommandations préliminaires.

Règle n°1. Nous débarrasser de notre propension (bien française) à faire la leçon au monde entier.

Règle n° 2. Ne pas juger de l’Algérie à partir de nos critères culturels issus de notre histoire.

Règle n° 3. Ne pas nous fier aux apparences et tenir compte du sport national algérien de l’autodérision allant jusqu’à l’autodénigrement.

Une longue histoire

L’Algérie est un pays immense. Le plus grand d’Afrique et du monde arabe. Sa superficie représente quatre fois celle de la France. Le désert occupe 84% de son territoire et les zones humides et cultivables sont pour l’essentiel concentrées au nord. Elle a 6 386 km de frontières terrestres communes avec la Tunisie, la Libye, le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Maroc. Son sous-sol est riche en hydrocarbures et en minerais divers. Avant de devenir indépendante, l’Algérie a été occupée par les Ottomans, par les Romains et par les Français.

Chacune de ces occupations qui avaient leurs caractéristiques propres y a laissé son empreinte et l’indépendance n’a été acquise qu’au prix d’une longue guerre contre l’Etat français qui a fait entre 500 000 morts (historiens français) et 1 million de morts (historiens algériens). D’innombrables cimetières de chouhada (martyrs) et de lieux de supplices infligés par les autorités françaises recouvrent le territoire algérien et le souvenir des sacrifices du peuple algérien pour arracher sa liberté est profondément inscrit dans la mémoire populaire. Les soulèvements d’El Mokrani et de l’Emir Abd El Kader; la répression du 8 mai 1945, le déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954, la « Bataille d’Alger » de 1957 sont parmi les dates les plus commémorées y compris par la jeunesse algérienne. C’est le ciment d’un profond attachement à la Patrie algérienne qui nourrit une volonté sourcilleuse de souveraineté de l’Algérie.

Dans le même temps le peuple algérien est attaché à ses spécificités culturelles régionales et l’Amazighité est inscrite dans la Constitution. Le peuple algérien n’a aucune haine à l’égard du peuple français. Il considère que les responsables de ses malheurs sont les colons, l’Etat français et l’armée française.

Enfin, la décennie noire des années 1990/2000 qui a fait 200 000 morts a laissé une empreinte indélébile.

Les Algériens dans leur immense majorité sont musulmans dans un pays où l’Islam est implanté depuis le VIIe siècle et a constitué un refuge pour résister à l’entreprise de déculturation de la colonisation française et les Oulémas ont participé à la guerre de libération nationale. « L’Islam est la religion de l’Etat. » (Art. 2 de la Constitution) Ne pas tenir compte de ces caractéristiques, c’est se condamner à ne pas comprendre l’Algérie et les Algériens.

Quel est le régime de l’Algérie ?

Au plan économique.

Après l’indépendance, de 1962 jusqu’au décès du président Houari Boumediene en 1978, l’Algérie se définissait constitutionnellement comme un pays « socialiste». Ce fut la période des nationalisations, de la création d’une « industrie industrialisante », des fermes autogérées, de l’essor de l’enseignement public et d’une grande politique de santé.

A partir des années 80, l’Algérie s’est convertie à l’économie de marché et a procédé à la privatisation d’un grand nombre d’entreprises. Le NEPAD (Nouveau Partenariat Pour le Développement de l’Afrique) dont le Président Bouteflika était un des auteurs avec le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Sénégalais Abdoulaye Wade et le Nigérian Olusegun Obasanjo, exprimait dès juillet 2001, au plan économique, l'objectif de promouvoir une politique indépendante de développement dans le cadre d’un marché capitaliste mondialisé.

Après avoir stoppé en 2009 le processus de privatisation, elle réenclenche celui-ci notamment sous la forme de prises de participations privées dans les groupes publics; elle conserve cependant un important secteur public qui emploie 1,4 millions de personnes représentant 24% de l’emploi total. Demeurent nationalisés les groupes industriels: SONATRACH, 40 000 salariés ; SONELGAZ, 28 000 ; ALGERIE TELECOM 20 000 ; L’ALGERIENNE DES EAUX, 25 000 ; COSIDER, travaux public, 15 000 ; AIR ALGERIE , 9 400, etc). Elle a repris début octobre 2013 le contrôle de la sidérurgie en rachetant à ArcelorMittal, pour 763 millions de dollars, l’usine sidérurgique d’Annaba afin de la moderniser; enfin elle encourage les investissements étrangers, y compris dans des entreprises publiques algériennes en imposant la règle du 51/49 (51% du capital de l’entreprise aux capitaux algériens – publics ou privés – et 49% aux capitaux étrangers)(1), en espérant que ces investissements seront structurants par le biais de la sous-traitance. C’est ce qui est prévu notamment pour Renault.

L’Etat algérien a conclu en 2005 un accord de libre-échange avec l’Union Européenne qui prive son budget des rentrées des droits de douane progressivement supprimés et le livre sans défense à l’invasion des productions européennes. Il s’efforce actuellement de revenir sur certains aspects de cet accord léonin, tout en le pérennisant en l’inscrivant dans la nouvelle Constitution adoptée en 2015. Il a engagé une négociation en vue d’un accord avec l’Office Mondial du Commerce, mais il maintient les subventions aux produits alimentaires de première nécessité, blé, huile, etc, pourtant interdites par l’OMC.

On peut dire que l’Algérie est aujourd’hui un pays capitaliste qui porte encore l’empreinte de sa période socialiste.

Ses choix sont l’enjeu d’un vif débat entre les partisans du libéralisme économique, ceux d’une voie socialiste et les tenants du « patriotisme économique » dans un cadre capitaliste. Ce débat transcende la plupart des formations politiques, qu’elles soient dans la majorité présidentielle ou dans l’opposition, à l’exception du PADS (communiste) et du PT (trotskyste) attachés au secteur publique.

Pierre Daum, dans un remarquable reportage paru ce mois-ci dans Le Monde diplomatique, nous décrit un exemple de développement capitalistique de l’Algérie d’aujourd’hui : « Depuis vingt ans, et plus encore depuis cinq ans, la région de Biskra, traditionnellement connue pour ses dattes, est |ainsi] devenue le théâtre d’une sorte de ruée vers l’or. S’y retrouvent pêle-mêle paysans locaux, gros investisseurs nationaux et ouvriers agricoles venus du nord – auxquels s’ajoutent quelques clandestins marocains et maliens. Depuis 2009 sont apparues des serres « canariennes » […] couvrant d’une seule toile plastifiée jusqu’à 1,5 hectares […] Depuis quelques années, de décembre à mars, la quasi-totalité des tomates consommées en Algérie proviennent de cette région […] L’Etat crée les conditions nécessaires en construisant des routes, en électrifiant d’immenses territoires, en réalisant de gros forages, en creusant des canaux d’irrigation […] en subventionnant l’installation de nouveaux agriculteurs et en attribuant quelques terres encore disponibles […] La quantité d’eau pompée en profondeur a été multipliée par dix en trente ans. » Ce qui évidemment constitue à la fois un progrès économique avec des conditions de vie et de travail difficiles et met en danger les zones humides de surface où sont implantées les oasis.

La situation économique aujourd’hui

Selon la Comptabilité Nationale de l’Algérie, la croissance du PIB (Produit Intérieur Brut) était au 4e trimestre 2015 en progression de 4,9% par rapport au 4e trimestre de 2014. Cette croissance est tirée par les hydrocarbures (+5%) et l’agriculture (+7,9%), notamment les céréales. Hors hydrocarbures la croissance est de 6,1%. La croissance annuelle 2015 est de 3,9% contre 3,8% en 2014. Le PIB annuel est en baisse de 2,4% par rapport à 2014. Les importations qui avaient connu une accélération depuis 2011 à la suite des « révoltes arabes » sont en diminution en 2015 par rapport à 2014 ainsi que les exportations en raison de la baisse des prix des hydrocarbures et le taux de couverture exportations/importations diminue depuis 2012 pour atteindre son plus bas niveau en 2015. La plus grande part du commerce extérieur de l’Algérie s’effectue avec l’Union Européenne et les pays de l’OCDE.

Selon le Rapport d’avril 2016 de la Banque Mondiale, « La chute des prix mondiaux du pétrole depuis la mi-2014 [qui sont passés de 100 dollars le baril en 2014 à 59 dollars en 2015] a entraîné une détérioration des équilibres macroéconomiques. […] Les exportations d’hydrocarbures représentent 95% des exportations totales et environ deux tiers des recettes publiques. […] Le fonds de stabilisation pétrolier a vu ses ressources chuter […] Les réserves internationales demeurent élevées, à 28 mois d’importations, mais s’amenuisent rapidement.[…] L’inflation a atteint 4,8% […] Le taux de chômage est passé à deux chiffres.[…] En 2017-2018, après un certain redressement des prix du pétrole, la croissance continuera d’être tirée par l’investissement public et des subventions toujours importantes. » « Dans le contexte des bouleversements politiques qui ont traversé récemment les pays arabes, le gouvernement algérien est parvenu à maintenir la stabilité en recourant à la fois à l’adoption de réformes politiques marginales et à des dépenses dans le secteur public, écrit la Banque Mondiale […] L’instabilité régionale reste pour sa part une préoccupation majeure pour les autorités, qui viennent de renforcer les mesures de sécurité le long de la frontière avec la Libye[…] Le budget qui vient d’être approuvé marque un tournant. En 2015, la croissance a été touchée de plein fouet par la dégringolade des cours de l’or noir, de 100 dollars le baril en 2014 à 59 dollars en 2015, pour ressortir à 2,9 %, contre 3,8 % en 2014 ( chiffres sensiblement différents de ceux de la Comptabilité nationale algérienne cités plus haut), ndlr) […] Face à cette situation, le gouvernement a finalement adopté en décembre 2015 une série de politiques d’austérité. Le budget 2016 appelle à une réduction des dépenses de 9 % (cela concerne surtout les investissements) et à une augmentation de 4 % des recettes fiscales, grâce à une hausse du prix de l’essence, de 36 %, et des taux de TVA frappant l’électricité, l’essence et l’immatriculation des véhicules.[…] Le gouvernement (algérien, ndlr) sera une fois encore confronté à de délicats arbitrages en 2016, le budget ayant tablé sur un baril de pétrole à 35 dollars[…] Les négociations en vue de son adhésion à l’OMC n’ont pas beaucoup avancé […] La diversification économique et la réduction de la dépendance à l’égard du secteur des hydrocarbures sont deux conditions essentielles pour assurer une croissance forte et équilibrée.

Le pouvoir d’achat

Le SMIG a été augmenté de 30% en 2009 et de 20% en 2012. Il est actuellement de 18. 000 DN, soit 171 € par mois. Selon l’ONS, le salaire mensuel moyen net en Algérie avait nettement augmenté durant l’année 2014 pour franchir le seuil des 37 800 DA. Le 1er janvier 2015 a été abrogé l’Art. 87 bis. Ainsi les primes ne sont plus incluses dans le salaire (cette injonction du FMI est ainsi supprimée) ce qui induit une augmentation appréciable du salaire pour 3 millions de salariés du public et du privé.

En Algérie, depuis les hausses décidées dans la Loi de Finances pour 2016, 1 litre de super coûte 0,18€ ; 25Kg de semoule supérieure coûtent 8,2€ : 1 baguette de pain coûte 0,08€ ; 1Kg. de sucre coûte 0,76€ ; 1 litre d’huile d’olive coûte 6,41€ ; un journal imprimé quotidien coûte 0,16€….

L’emploi

Selon Les Echos.fr, le taux de chômage qui avait culminé en 1999 avec 29,3% était descendu à son plus bas niveau en 2013 avec 9,8%. Il a depuis légèrement remonté en 2015.

Selon l’Office National de la Statistique (ONS), le taux de chômage était de 11,2% en septembre 2015 contre 10,6% en septembre 2014. Il était en 2015 de 29,9% chez les jeunes de 16 à 24 ans.

L’âge de la retraite est maintenu à 60 ans, 55 ans pour les femmes, les handicapés, les anciens moudjahidine. 1 million 700 mille retraités bénéficient de pensions et d’allocations, et 1 million perçoivent la reversion post-décès du conjoint.(2)

Le logement

Selon l’Ambassade de France : « Depuis 1999, le gouvernement a relancé de vastes programmes publics de construction de logements. Le plan quinquennal 2010-2014 a pour sa part alloué l’équivalent de 50 Mds USD pour la construction de 2,4 millions de logements, (deuxième poste de dépenses) pour la réalisation de trois types de logements publics (en fonction du pouvoir d’achat des ménages) […] Cette politique a favorisé une baisse relative de la pression immobilière du fait de l’accroissement significatif de la livraison de logements neufs - qui ont été multipliés par 11,6 entre 2005 et 2012, -entrainant une baisse sensible du taux d’occupation de logements qui est descendu à 6,4 personnes par logement en 2008 contre 7,1 personnes en 1998. Cette croissance a été tirée principalement par l’intensification de la livraison des logements sociaux et ruraux qui ont été multipliés respectivement par 16,58 et 14,7. »

« Durant la période 2009-2013, le nombre total de logements réalisés est de 950.981 unités. Ils sont répartis en 322.477 logements publics locatifs (LPL), 137.574 logements sociaux participatifs (LSP), 18.448 logements location-vente (LV) et 472.482 logements ruraux. » (Source : APS, avril 2014)

Dans les logements publics locatifs (LPL) auxquels peuvent prétendre les personnes dont les ressources mensuelles ne dépassent pas 24 000 dinars (202€) les loyers s’échelonnent, selon les ressources et en fonction de l’année d’entrée en jouissance, entre 320 dinars (2,70€) et 1845 dinars (15,50€). D’autres formules d’aides de l’Etat existent pour les locations dans le secteur privé et pour l’accession à la propriété en particulier en faveur de l’habitat rural afin de freiner l’exode vers les villes. L’auto-construction est encouragée et bénéficie d’une subvention de 700 000 dinars (7 000€) par logement, à laquelle s’ajoutent des bonifications des taux d’emprunts auprès des banques et d’importantes exonérations fiscales modulées selon les zones géographiques où la construction de logements est souhaitée par l’Etat, notamment les Hauts-Plateaux et les Régions du Sud.

« Le parc de logements en Algérie est passé de 5.416.331 unités en 2000 à 8.040.932 en 2013, soit plus de 2.600 000 logements de plus. » (Source : Algérie Presse Service, 11 mars 2014). C’est un effort considérable.

La situation politique

Le multipartisme a été instauré par une loi de juillet 1989. L’Algérie a vécu sous le régime du parti unique de 1962 à 1988.

Pour avoir une existence légale, les partis politiques doivent obtenir un agrément de l’Etat. Ils doivent pour cela répondre à certaines conditions édictées par une loi organique du 12 janvier 2012, notamment : être fidèles « aux valeurs de la Révolution du 1er novembre 1954 et à l’éthique de l’islam ». Indiquer l’identité de trois membres fondateurs qui doivent être de nationalité algérienne, de deux membres issus de ¼ des wilayas et de leurs responsables locaux. Tenir un congrès constitutif de 400 participants au minimum élus par 1600 adhérents issus de au-moins 1/3 des wilayas.

Un parti est interdit : le FIS (Front Islamique du Salut). Certains ne sont pas agréés comme celui de Sid Ahmed Ghozali, qui fut Premier ministre en 1991-1992. Certains partis refusent de demander leur agrément et de communiquer les noms de leurs dirigeants. C’est le cas du PADS (communiste).

De nombreux partis d’opposition existent cependant et sont agréés : le RCD (laïc et pro- européen, 2,70% aux élections d’APW ); le FFS membre de l’IS, 2,76%); le MSP islamiste modéré, 15%; le Parti des Travailleurs (trotskiste, 9,13%); le parti d’Ali Benflis, l’adversaire de Bouteflika lors de la dernière élection présidentielle, etc. Une cinquantaine de partis politiques sont agréés et dix d’entre eux ont des élus à l’Assemblée Populaire Nationale.

Les partis non agréés ont cependant une activité publique mais ils ne peuvent participer aux élections et parfois des salles de réunion leur sont refusées comme ce fut le cas ce mois-ci pour le MDS issu comme le PADS de l’ancien PCA. Les syndicats et les associations sont également soumis à conditions, mais à côté de l’UGTA, le syndicat officiel, existent de nombreux syndicats dits « autonomes » qui agissent au grand jour et sont très actifs. Le peuple algérien est en effet très revendicatif.

Le Président de la République élu au suffrage universel direct dispose de l’essentiel du pouvoir de l’Etat. Le Président Abdelaziz Bouteflika élu pour la première fois en 1999, réélu en 2014, en est actuellement à son 4e mandat.

Le Parlement national est composé de deux chambres : l’Assemblée Populaire Nationale (APN) élue au scrutin uninominal majoritaire à deux tours et le Conseil de la Nation dont 1/3 des membres sont désignés par le Président de la République et les 2/3 élus au scrutin majoritaire à deux tours.

Les assemblées locales : Assemblées Populaires Communales (APC) et les Assemblées Populaires de Wilayas (APW) sont élues au scrutin de listes proportionnel au plus fort reste.

Lors de chaque élection, les partis battus, souvent de l’opposition, dénoncent la fraude. Il apparaît que si celle-ci existe, elle est marginale comme l’ont constaté les observateurs internationaux et le Président Bouteflika dispose d’une réelle assise populaire.

Depuis les années 80, il existe plusieurs dizaines de quotidiens nationaux imprimés dont la moitié - une quarantaine - sont en langue française. Leur ligne éditoriale est d’une grande diversité. Certains affichent clairement leur opposition au pouvoir et manifestent parfois une violente agressivité. Ils sont souvent financés par des groupes financiers. C’est le cas par exemple des quotidiens Liberté et El Khabar financés par le patron du groupe Cevital, Issad Rebrab le plus grand milliardaire d’Afrique qui est opposé à Bouteflika et soutient Ali Benflis.

L’article 36 de la Constitution garantit « la liberté de l’exercice du culte […] dans le respect de la loi. »

Une partie de l’opposition (le RCD laïc, le MSP islamiste et plusieurs autres petits partis…) sauf le FFS, les Communistes du PADS, le PT trotskiste, etc, s’est regroupée depuis 2014 au sein du CNLTD auquel appartient l’ancien Premier ministre Ali Benflis qui était candidat contre Abdelaziz Bouteflika en 2015. Ce mouvement, malgré un fort soutien de la presse algérienne, n’a pas réussi sa percée..

Le premier parti de la majorité est le FLN (32,14%) qui a un statut d’observateur auprès de l’Internationale Socialiste. L’autre principal parti de la majorité est le RND (21,89%) qui vient de tenir son congrès début mai et qui a réélu Ahmed Ouyahia à sa tête. Cet ancien Premier ministre (deux fois) aujourd’hui chef de Cabinet du président Bouteflika est généralement considéré comme son possible futur successeur.

Le Front des Forces Socialistes qui vient de tenir son 3e congrès fédéral le 14 mai estime que : «Au-delà des options claniques qui se dessinent dans une lutte ouverte pour la succession du président Bouteflika, il est aujourd’hui encore possible de reconstruire un projet national avec tous les partisans du projet patriotique et démocratique |…] En l’état actuel des choses, tout peut basculer à n’importe quel moment. Ce que personne ne souhaite». Notation très alarmiste que partagent quelques autres formations politiques.

Pour ma part je constate que l’Etat algérien et ses divers organes fonctionnent.

Sécurité

Les attentats qui se produisent encore sont en nombre limité. Ils sont marginaux. Après la terrible décennie noire qui a fait quelque 200 000 morts, le territoire algérien depuis l’adoption par référendum en 2005 de la Charte pour la Paix et la Réconciliation mise en œuvre en 2006 et une lutte sans merci contre les groupes qui ont refusé de déposer les armes, est désormais sécurisé. Par contre les autorités algériennes ont pris ces derniers mois des dispositions militaires exceptionnelles aux frontières en raison des risques d’infiltration à partir de la Tunisie, de la Libye, du Mali et du Maroc.

Défense nationale

L’armée algérienne (ANP, Armée Nationale Populaire) est la plus importante d’Afrique devant l’Egypte. Son effectif est de 1 030 000 contre 1 009 500 pour l’Egypte. Le budget militaire de l’Algérie pour 2016 prévoit un budget de 1.118, 3 milliards de DN soit près de 11 milliards de dollars en augmentation par rapport à 2015.

En Algérie, le service militaire est obligatoire pour tous les hommes âgés de 19 ans et n'ayant aucune maladie ni aucun problème physique ou mental. Jusqu'en 2002, il durait 24 mois. Sa durée a ensuite été réduite à 18 mois, puis sur décision du président Abdelaziz Bouteflika à 12 mois depuis 2014.

La douloureuse expérience de la décennie noire aboutit au début des années 2000 au concept de la professionnalisation des forces armées et à l'abandon progressif de la conscription. Les systèmes d'armes obsolètes firent l'objet d'un reclassement et l'ensemble des forces reçut un armement récent, avec une attention particulière à l'aviation de combat, à la défense aérienne du territoire.

L'Algérie tient depuis les années 1980 à assurer une certaine autonomie à l’Armée nationale populaire afin d’éviter une dépendance accrue vis-à-vis des fournisseurs étrangers. L'industrie algérienne avant l'année 2000, était modeste et non concurrente. L’Armée nationale populaire s’est attelée, ces dernières années, à la mise à niveau de l’armement et des équipements ainsi qu’à la construction de ses propres navires. Pour faire face au monopole de certaines grandes puissances, comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine, la Russie, pour la fabrication et le transfert des armes, l'Algérie s'est engagée dans une stratégie de partenariat industriel, commercial et technologique afin de promouvoir d'une part l’industrie militaire du pays et de réduire d'autre part la facture d'importations d’équipements militaires. Dans ce sens plusieurs accords ont été signés avec le groupe émirati Tawazun, le Fonds émirati « Aabar Investments » et les sociétés allemandes Daimler, Deutz AG et MTU Friedrichshafen, l'émirati Caracal, la Russie. L’Algérie figure ainsi parmi les plus importants importateurs d’armes et spécialement de la Russie au cours des dernières années (dispositifs de missiles, d’anti-missiles, de défense aérienne, de chars, et d’avions d’entraînement.). L'ensemble des contrats passés avec la Russie faisant de l'Algérie le premier client importateur de la Russie à l’étranger pour les ventes d’armes en 2007. Afin de diversifier ses fournisseurs, l'Algérie a conclu en 2012 un contrat avec l’allemand TKMS (ThyssenKrupp Marine Systems) pour la livraison de deux corvettes MEKO, en 2009 une commande de six frégates italiennes ultrasophistiquées, en 2011 étalés sur 10 ans avec l'Allemagne pour la formation d’officiers algériens et la fourniture d’équipements électroniques pour les gardes-frontières. Le Ministère algérien de la défense nationale a conclu en 2011 un important contrat avec l’Italie, pour l’acquisition de frégates et de la logistique pour la marine algérienne. Les six frégates sont classées parmi les meilleures de leur catégorie, sont des navires furtifs dotés d'équipements très modernes et sophistiqués chassant à la fois sous-marins, navires de guerre et avions de combat.

Enseignement

L'école est obligatoire à partir de six ans. Avant six ans, les enfants peuvent aller à la crèche. Après le départ massif des Français au lendemain de l'indépendance en 1962, l’Algérie s'est retrouvée avec un grand déficit en enseignants aggravé par un taux de natalité des plus forts du monde. Les écoles algériennes s’inspiraient du système français et la plupart des enseignants venaient de France. Le français était la langue d’enseignement principale et l’arabe était enseigné comme seconde langue.

Après l’indépendance, le gouvernement a repensé le système éducatif de manière à promouvoir les cultures arabe et berbère. Pour faire face à cette situation, les autorités ont adopté un système de recrutement de "moniteurs" avec un niveau requis modeste, à savoir celui de la 7e année primaire et plus. De nombreux enseignants ont été recrutés ainsi après avoir réussi à des concours organisés en langue arabe et française. Si en langue française, il était difficile de trouver des candidats répondant aux critères de niveau, en arabe par contre, on recrutait un grand nombre parmi les lettrés des écoles coraniques où il était exigé seulement de savoir lire et écrire. Les éléments enseignants du corps des moniteurs ainsi créé devaient suivre obligatoirement des cours du soir en pédagogie et en culture générale Les cours étaient dispensés par des professeurs nationaux et étrangers recrutés sous contrats notamment parmi les Égyptiens, les Syriens, les Irakiens et parfois les Libanais pour la langue arabe, ainsi que du personnel français parmi les appelés sous les drapeaux en France choisissant d'enseigner plutôt que de passer leur service militaire, ceci suivant une convention signée entre l'Algérie et la France.

Dans les années 1970, le gouvernement a aboli les écoles privées et placé toutes les écoles sous son contrôle. L’école est devenue obligatoire pour tous les enfants de 6 à 15 ans et gratuite de la première année d’école jusqu’à l’université.

En dehors du secteur public, de nombreuses écoles privées et instituts existent aujourd’hui en Algérie pour la formation de techniciens supérieurs et de cadres. Des programmes furent aussi mis en place pour combattre l’analphabétisme.

Le taux d’analphabétisme, qui était de 90 % en 1962, est tombé à moins de 40 % en 1990 et à 22,3 % selon le recensement de 2008.

L'arabe est la langue d’enseignement obligatoire durant les neuf premières années. Le français est enseigné à partir de la 3e année, c’est aussi la langue d’enseignement pour les cours avancés de mathématiques et de sciences. Les élèves et les étudiants peuvent aussi apprendre l’anglais, l’espagnol, l’italien ou l'allemand. En 2001, la langue tamazight (le berbère) est devenue une langue nationale inscrite dans la Constitution algérienne. En 2005, elle était étudiée dans les lycées avec une obligation de passage à l'examen. Le système éducatif algérien est divisé en plusieurs niveaux : préparatoire, fondamental (primaire, et moyen), secondaire, professionnel et enfin l'enseignement supérieur. Il faut prendre également en compte la formation continue qui est assurée par l'université de la formation continue. La nouvelle loi de 2008 sur l'orientation sur l'éducation nationale, a fixé les dispositions fondamentales régissant le système éducatif national. L'organisation et la gestion des niveaux primaire, moyen et secondaire est assurée par le ministère de l’Éducation nationale, le niveau professionnel est confié au ministère de la formation et de l'enseignement professionnels et enfin la gestion de l'enseignement supérieur est confiée au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

La Loi de Finances pour 2016 a inscrit en dépenses pour l’Education nationale, 765, 05 milliards de dinars contre 746,60 MDZ en 2015 (2,47% d’augmentation) ; 312,1 MDZ contre 300,3 MDZ pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche (3,95% d’augmentation) et 50,3 MDZ contre 50,9MDZ pour la Formation et l’Enseignement professionnel.

La place des femmes dans la société algérienne

Après des années de mobilisation des associations féministes, les députés algériens ont adopté, le 5 mars dernier, une loi criminalisant les violences contre les femmes. L'Algérie est ainsi le deuxième pays du Maghreb, après la Tunisie, à criminaliser les violences contre les femmes. Cet amendement au code pénal prévoit des peines de prison pour quiconque porte volontairement des coups à son conjoint. Le texte prévoit également des peines de six mois à deux ans de prison pour « quiconque exerce sur son épouse des contraintes afin de disposer de ses biens et de ses ressources financières ».

Trois jours après ce vote, le 8 mars, journée des droits des femmes, le président Abdelaziz Bouteflika a appelé à réformer le code de la famille voté en 1984 et inspiré de la charia.

L’opinion de Mme Soumia Salhi, militante féministe, syndicaliste et ancienne présidente de l'association algérienne pour l'émancipation des femmes (AEF) : « C’est une avancée…Mais il reste beaucoup à faire. Ainsi, le texte conserve une clause inacceptable dite « du pardon ». Elle prévoit qu'en cas de pardon de la femme, les poursuites contre l'agresseur s'éteignent. Cela ouvre évidemment la porte aux pressions des familles sur les victimes pour qu'elles retirent leur plainte. […] Les débats ont été houleux à l'Assemblée |…] En 2005, déjà, certains partis islamistes avaient poussé des hauts cris lorsque des amendements au code de la famille ont été votés. Ce sont des manœuvres politiciennes mais la société algérienne ne les suivra pas. Nous voulons en finir avec le patriarcat […] Nous connaissons des transformations gigantesques. Après l'indépendance de l'Algérie, il y a eu une généralisation de l'éducation pour toutes les filles. Aujourd'hui, on compte 65% de femmes parmi les diplômés, 42% des magistrats sont des femmes ! Nous ne sommes plus dans la situation des années 1960 et 1970, où les mariages arrangés étaient généralisés, où les femmes n'allaient à l'école que pour apprendre à lire ou écrire. Il y a eu une émergence spectaculaire des femmes, notamment dans la sphère professionnelle, qui n'a pas pu être entravée, même pendant la décennie noire. Les femmes progressent partout […] Il y a plus de femmes dans les partis politiques, à l'assemblée (32,4%, ndlr), mais nous ne sommes toujours que 17% à travailler, 9% à avoir des postes à responsabilités. Or ce n'est pas le fait de la loi qui prévoit bien l'égalité. Lors de son discours du 8 mars, à l'occasion de la journée des droits des femmes, le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé une réforme du code de la famille [qui régit mariage, divorce, tutelle des enfants, ndlr]. Nous le demandons depuis 30 ans ! C'est ce code de la famille qui assure la permanence de l'oppression des femmes. Il est en contradiction totale avec l'article 29 de la Constitution algérienne qui prévoit l'égalité de tous devant la loi […] Le plus flagrant est sans doute l'inégalité devant le divorce [l'article 56 prévoit par exemple que la mère perd son droit de garde si elle se remarie, ndlr]. La femme a toujours besoin d'un tuteur pour se marier. Les quelques amendements qui ont été votés en 2005 ont constitué une avancée, mais ce sont de petits pas. Ce que nous voulons c'est l'abrogation de ce code […] Après cette annonce du 8 mars, nous allons voir dans quel sens s'orientent les débats : s'agit-il de faire des concessions aux islamistes ou d'aller vers plus d'égalité ? Nous attendons de voir […] Non, les femmes progressent partout. Les islamistes ne nous intimideront pas […] Bien sûr qu'il y a des contradictions, des comportements machistes. Mais c'est le cas dans toutes les sociétés, y compris dans les pays où il n'y a pas de partis politiques islamistes, en France aussi. »

Une politique extérieure de Paix.

Née d’une guerre cruelle que lui imposa l’Etat français, l’Algérie indépendante n’a jamais dérogé depuis 1962 à l’orientation générale de sa politique extérieure de Paix et de Solidarité avec les Peuples qui agissent pour se libérer d’une domination étrangère. Elle est auréolée de son rôle efficace de médiateur international: on peut citer le règlement de la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1981 ; le traité de paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée en 2000 ; le traité sur le règlement des différends territoriaux entre l’Iran et l’Irak en 1975 ou encore la proclamation de l’Etat de Palestine à Alger en 1988.

L’acte fondateur que constitua la Proclamation du 1er novembre 1954 affirmait la légitimité du combat pour l’indépendance. Le Congrès de la Soummam en 1956 proclamait : « L’invasion et l’occupation d’un pays par une armée étrangère ne sauraient en aucun cas modifier la nationalité de ses habitants. » En 1963, la 1ere Constitution de l’Algérie indépendante s’engageait, dans son Préambule, à pratiquer : « Une politique internationale, basée sur l’indépendance nationale, la coopération internationale, la lutte anti-impérialiste et le soutien effectif aux mouvements de lutte pour l’indépendance ou la libération du pays. » La Constitution de 1976 précisait (Article 89): «Conformément à la Charte des Nations Unies, de l’Organisation de l’Unité Africaine et de la Ligue Arabe, la République algérienne se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d’autres peuples. Elle s’efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques. » et elle confirmait (Article 92) sa solidarité avec les peuples en lutte: « …pour la libération politique et économique, leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance.»

Ces engagements se retrouvent intégralement dans l’actuelle Constitution de 1996 amendée, aux articles 25, 26, 27, 28. L’article 25 exprimant notamment le refus de toute intervention de l’armée algérienne hors des frontières de l’Algérie.

Ces principes qui s’appuient sur le postulat du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes perdurent aujourd’hui par-delà les évolutions de sa politique intérieure y compris sa conversion, dans les années 80, à l’économie de marché.

L’Algérie coopère avec les pays occidentaux dans la lutte contre le terrorisme « islamiste » mais elle a désapprouvé les agressions militaires occidentales en Irak, en Afghanistan, en Libye… et refusé de s’associer à l’intervention française au Mali et récemment à la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite d’une dizaine de pays arabes au Yémen. Le Premier ministre Abdelmalek Sellal a rappelé en marge du sommet de Washington (5 et 6 août 2014) l’opposition de son pays à toute nouvelle intervention militaire en Libye et la volonté de l’Algérie de poursuivre ses efforts diplomatiques en vue de résoudre pacifiquement les problèmes posés à la Libye et au Mali (L’Algérie préside les missions de médiation de l’ONU pour le Mali et la Libye), ainsi que son refus de participer à la guerre en Syrie. En décembre 2014, il a renouvelé le refus de son pays d’engager son armée (17e armée mondiale, 1ère d’Afrique; le budget algérien de la défense représente 3,3% du PIB) hors des frontières.

L’Etat algérien, bien qu’adhérent depuis 2000 au Dialogue méditerranéen de l’OTAN et participant à certaines opérations conjointes contre le terrorisme, continue de refuser l’installation sur son sol du commandement militaire US, l’Africom, et préconise une politique de développement économique – et non uniquement répressive – pour assainir le terreau sur lequel prolifère le terrorisme.

L’Algérie combat la politique d’annexion de l’Etat d’Israël et soutient le juste combat du peuple palestinien pour un Etat dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. L’Autorité Palestinienne dispose d’une ambassade à Alger. L’Algérie soutient, conformément à la résolution n°1754 de l’ONU, le droit du peuple Sahraoui à l’autodétermination.

En juin 2010, l’Algérie a annulé la dette (1,5 milliards de dollars US) de 14 pays de l’Afrique de l’Ouest. Le Peuple algérien est profondément imprégné des valeurs d’Amitié et de Solidarité internationale qui inspiraient les moudjahidin de la guerre d’Indépendance.

OU EN SONT LES RELATIONS ENTRE L’ALGERIE ET LA FRANCE ?

De par leur emplacement géographique, leurs liens culturels et la présence en France de nombreux Français d’origine algérienne, il est de l’intérêt de nos deux pays de développer les liens et la coopération sur un pied d’égalité et dans le respect réciproque. En ayant conscience que les relations entre une ancienne colonie et la puissance coloniale ne sont jamais faciles. A juste titre, l’Algérie tient à sa souveraineté qu’elle a payée au prix du sang et la France n’a pas surmonté un sentiment de supériorité, voire de racisme qui plonge loin dans notre histoire. Soyons clairs, on ne peut renvoyer les deux pays dos à dos dans une responsabilité qui serait partagée, il y avait en effet un exploiteur et un exploité. C’est à la France de montrer qu’elle a réellement tourné la page de la domination coloniale. Or, il faut le reconnaître, notre pays a tardé à reconnaître le mal qu’il a fait à l’Algérie. Un puissant lobby s’y oppose soutenu et encouragé en France par l’extrême-droite et une partie de la droite.

Des pas en avant ont été accomplis ces dernières années, avec parfois des retours en arrière comme la loi du 23 février 2005, et nous sommes encore loin du compte.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Après le quinquennat désastreux de Sarkozy, François Hollande est le Président français qui est allé le plus loin dans la condamnation des effets du colonialisme et la Déclaration d’Alger signée le 19 décembre 2012 par les Présidents Bouteflika et Hollande affirmait la volonté des deux Présidents d’inaugurer « un partenariat d’exception » selon la formule employée par Abdelaziz Bouteflika. Le comité intergouvernemental mis en place à cette occasion se réunit régulièrement. Des ministres français se rendent régulièrement en Algérie. Des contrats sont signés dans les domaines de l’économie, de l’enseignement de la culture. Des joint-ventures sont mis en place entre des entreprises algériennes et des entreprises françaises dans les domaines de l’automobile (Renault Véhicules Industriels), la pharmacie, le matériel médical, les engrais, l’agroalimentaire, etc. La France est le 5e investisseur en Algérie derrière le Koweit, l’Espagne, l’Egypte et les USA .

C’est une des remarques de l’Algérie: les investissements français ne représentent qu’une partie minoritaire du montant des transactions économiques. La France a en effet toujours considéré égoïstement l’Algérie, d’abord comme un marché, un marché actuellement en expansion en raison de la hausse du niveau de vie des Algériens. Après une progression en 2012, l’année 2015 (CNUCED, janvier 2016) est en léger progrès sur 2013 mais en recul de 9% sur 2012. Les investissements français en Afrique du Nord vont à 56% vers le Maroc, 21% vers l’Egypte et 13% seulement vers l’Algérie.

On peut dès lors s’interroger : après l’avancée de la visite d’Etat de François Hollande en Algérie en 2012, y a-t-il aujourd’hui une inflexion négative de la politique française à l’égard de l’Algérie ? Plusieurs décisions récentes le laissent à penser : l’attitude non diplomatique de policiers français à Orly en octobre dernier à l’égard de ministres algériens ; le soutien apporté le 9 mars dernier au Maroc dans ses revendications territoriales sur le Sahara Occidental au mépris des décisions de l’ONU que soutient l’Algérie et enfin le tweet posté par Valls d’une photo du Président Bouteflika au mépris de toutes les conventions diplomatiques et qui disqualifie définitivement Valls en tant qu’homme d’Etat.

On touche là aux motivations qui font agir François Hollande. De par son parcours personnel – il était proche de sa mère sensible à la revendication d’indépendance de l’Algérie et hostile à son père tenant de « l’Algérie française » - je continue de penser qu’il aime l’Algérie d’aujourd’hui et sa déclaration saluant le 19 mars dernier le cessez-le-feu conclu en 1962 en Algérie me semble le confirmer. Mais il s’inscrit avant tout, par sa formation, dans une démarche néolibérale et il défend les intérêts des milieux industriels et financiers occidentaux et l’Algérie, à ses yeux, ne s’est pas complètement convertie à l’économie libérale. D’où les hésitations, les pressions, les retours en arrière.

Il nous appartient donc d’agir afin que la France s’engage plus résolument dans une politique d’amitié. C’est mon souhait le plus cher et c’est, j’en suis convaincu, l’intérêt de nos deux pays, de nos deux peuples.

Bernard DESCHAMPS

25 mai 2016

1- Depuis le prononcé de cette conférence le 25 mai 2016, le gouvernement algérien a soumis à l’Assemblée Nationale Populaire le projet de retirer le droit de préemption et la règle 51/49 du Code de l’Investissement. La préemption relèverait désormais de la responsabilité du Ministre de l’Industrie et la règle du 51/49 serait régie par les Lois de finances comme il en a été décidé à la Loi de finances 2016. Les partis de l’opposition représentés à l’ANP, Le Front des Forces Socialistes et le Parti des Travailleurs ont vivement critiqué cette disposition.

2- Le Premier Ministre Abdelmalek Sellal a évoqué le 17 juin 2016 l’éventualité de la suppression des départs anticipés à la retraite à 50 ans pour les hommes et 45 ans pour les femmes lorsqu’ils justifient respectivement de 20 ans et 15 ans d’activité.

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