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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 06:32

   

   

Le pluralisme de la presse a été instauré en Algérie par la Loi n° 90-07 du 3 avril 1990, .sous la présidence de Chadli Bendjedid. Un nombre important de médias papier se créèrent alors avec une grande diversité éditoriale.

   Sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, un nouveau Code de l’Information fut promu par la Loi organique n°12-05 du 12 janvier 2012 prolongée par le  décret exécutif n° 16-220 du 11 août 2016 relatif à l’octroi des autorisations de créations de médias audiovisuels.

Le cadre juridique

   Conformément à la Constitution, le Code de l’Information se prononce en faveur de  « la liberté de la presse » (Titre I, Article 1er) et précise les conditions de publication :   « L’édition de toute publication périodique est soumise […] au dépôt d’une déclaration préalable signée par le directeur » (Titre II, Art.11) auprès de « l’autorité de régulation de la presse écrite » qui délivre « un agrément » à la société éditrice. « L’agrément vaut accord de parution. » (Titre II, Art.13). « L’autorité de régulation de la presse écrite est composée de 14 membres nommés par décret présidentiel […] Trois sont désignés par le Président de la République dont le président de l’autorité ; deux non parlementaires par le président de l’APN ; deux non parlementaires par le président du Conseil de la Nation et sept élus parmi les journalistes professionnels… » (Titre III, Art. 50).

   L’article 127 du Titre X, indique : « L’Etat octroie des aides à la promotion de la liberté d’expression… » Ces aides consistent en subventions, attribution de locaux  et  publicité par l’intermédiaire de l’organisme d’Etat l’ANEP.

   De nombreuses rédactions de la capitale sont regroupées dans deux Maisons de la Presse. Ces bâtiments accueillent les journalistes depuis la fin des années 80. C’est le cas d’Alger républicain. Initialement conçues pour faciliter la naissance de la presse indépendante, la Maison de la presse est devenue pendant la décennie noire, un lieu de rassemblement militant contre l’intégrisme.

Combien de médias en Algérie

   « Avant le développement de la presse privée à partir de 1989, celle-ci était représentée en Algérie par 50 titres pour un tirage de 750 000 exemplaires. Près de vingt ans plus tard, en 2008, elle l’était par 291 titres dont les tirages moyens quotidiens étaient de 2,43 millions d’exemplaires (APS, El Watan et le Soir d’Algérie du 23 avril 2008). Ce qui est particulièrement remarquable est que, dans cet ensemble, la part des quotidiens représente un peu plus du cinquième des titres : 65 quotidiens (57 généralistes, 3 économiques et 5 sportifs) – ce qui constitue un des plus forts taux de quotidiens dans le Monde arabe - pour un tirage de 2,16 millions d’exemplaires ; ce qui correspond en fait à plus de 90 % de l’ensemble des tirages des titres. » (1)

   En février 2019 : «l’Algérie compte plus de 200 titres de presse écrite de diverses catégories, une quarantaine de chaines de télévisions, une cinquantaine de radios publiques nationales et locales, et plus d’une vingtaine de journaux électroniques ».(2)

   Ces chiffres doivent être appréciés avec prudence. En effet, l’Autorité de régulation de la presse écrite  qui devrait permettre un comptage exact, n’a  toujours pas été mise en place.

   « Une étude (3) effectuée en 2010 par la société IMMAR Research & Consultancy, indiquait que 60,5 % des Algériens âgés de plus de 15 ans lisaient la presse quotidienne algérienne ; ce taux était de 95 % chez les universitaires.

   65 % des lecteurs étaient arabophones, soit plus de huit millions, et 10 % francophones. La presse francophone s’adressait aux grands centres urbains et aux villes universitaires. Cependant, la configuration linguistique du lectorat variait selon la région et l’âge. Ainsi 76 % des lecteurs dans la région Est étaient arabophones et, dans la région Centre, 30 % bilingues et 14 % francophones alors que le taux des francophones ne dépassait pas les 4 % dans les régions Est et Sud. Parmi le lectorat des jeunes, 72 % étaient arabophones contre seulement 34 % des lecteurs âgés de plus de 55 ans.»

   En ce qui concerna la presse électronique , les sites ne sont assujettis à aucune autorisation ou agrément, un simple dépôt d’une déclaration préalable est prévu par le Code de l’information de 2012, dont les modalités d’application n’ont pas encore été précisées par un texte réglementaire, pourtant prévu par cette loi. De ce fait, le recensement des sites électroniques d’information reste très difficile.

   A côté de l’Établissement public de télévision (ENTV) créé en 1962 qui diffuse 7 chaines, les années Bouteflika ont  coïncidé avec l’apparition de chaines privées de télévision souvent, comme la presse écrite, adossées à des groupes financiers algériens ou étrangers. Ces nouveaux médias qui captent aujourd’hui l’essentiel de l’audimat, évoluent dans un flou juridique et se développent de façon anarchique.

   En décembre 2017, le lanceur chinois Long March 3Ba a mis sur orbite le satellite algérien de télécommunications spatiales Alcomsat 1, dédié à la diffusion des chaines de télévision et de radios numériques. Ce satellite, fruit d’un partenariat avec la Chine, permettra la diffusion d’internet à très haut débit. Il couvrira outre l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie, le Sahara occidental, le Mali, le Niger, le Burkina-Faso, la Libye, la Tunisie le nord du Tchad et du Soudan.

    Selon TSA, (4), « La presse écrite s’enfonce dans la crise. Sur 150 quotidiens que compte le pays dans les deux langues, seulement 21 tirent à plus de 10.000 exemplaires par jour. Le chiffre émane du ministre de la Communication en personne. Au premier semestre 2016 : 21 journaux avaient un tirage égal ou supérieur à 10 000 exemplaires. Aujourd’hui, des dizaines de titres, en arabe et en français, ne survivent que grâce à la publicité publique distribuée via l’agence ANEP. Mais cette manne est en train de tarir du fait de la crise économique qui touche le pays et les entreprises publiques.

   Notons enfin que 70 à 80% du chiffre d’affaires de la publicité sont gérés par quelque 4 000 agences de publicité et une bonne part du marché est tenue par les agences étrangères. 

   La crise ne concerne pas uniquement les faibles tirages. Les tirages des grands quotidiens sont également en baisse depuis plusieurs années. Les derniers chiffres de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM-OJD) ne sont pas encourageants. L’organisme français en charge de mesurer les audiences des organes de presse adhérents à ses services, répertorie les résultats de plusieurs journaux algériens payants. Si El Khabar ne figure plus parmi les titres affiliés, les chiffres d’El Watan, Echorouk et Ennahar sont toujours recensés par l’association. En 2015, El Watan enregistrait une baisse de 13,20% par rapport à 2014, avec une moyenne quotidienne de 95 346 diffusions par numéro. Les chiffres sont tout aussi négatifs pour son édition du week-end et font état d’une chute de 24,42%, 66 753 exemplaires par numéro. (Le tirage moyen en 2015 est de 122 569 exemplaires, selon l’OJD).

   Pour les journaux arabophones, les dernières données disponibles remontent à 2014. À cette date, Echorouk (édition quotidienne) chutait de 17,83%, avec une diffusion totale quotidienne de 350 551 exemplaires en 2014 contre 426 603 en 2013. On est loin des tirages records de près d’un million d’exemplaires revendiqués en 2010.

   Pour Ennahar, le tirage passe à 231 855 en 2014, contre 286 557 en 2013, soit une baisse de 19,09%. »

Les journalistes professionnels

Leur nombre était estimé en 2016 entre  4 000 et 6000 (5). Parmi leurs obligations professionnelles énumérées à l’Article 2 du  Titre I, et à l’Article 92, Chapitre II du Titre III du Code de l’Information:

   « Le respect – de la Constitution et des lois de la République – de la religion musulmane et des autres religions – de l’identité nationale et des valeurs culturelles de la société – de la souveraineté nationale et de l’unité nationale –des missions économiques du pays – du caractère pluraliste des courants de pensées et d’opinions, etc » (Art. 2).  « Respecter les attributs et symboles de l’Etat – s’interdire toute atteinte à l’histoire nationale – s’interdire l’apologie du colonialisme – s’interdire de faire de façon directe ou indirecte l’apologie du racisme, de l’intolérance et de la violence, etc. »  ( Art.92).

   C’est un encadrement autoritaire de la profession qui ouvre la voie à des poursuites judiciaires contre les journalistes. Celles-ci avaient  été limitées  sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika qui, en 2005 avait gracié quelque 200 journalistes emprisonnés dont Mohamed Benchicou, l’ancien directeur du quotidien Le Matin. Elles se sont à nouveau multipliées depuis le début du hirak en 2019 et notamment depuis l’élection du Président Abdelmadjid Tebboune.

Trois médias en ligne algériens, actifs dans la couverture du «Hirak», ont été la cible de censure: deux sites du groupe Interface Médias, Maghreb Emergent et la radio web Radio M, et le site d'information généraliste Interlignes.

   La Croix (6), pour sa part, juge que « La liberté de la presse se dégrade en Algérie » et elle cite en particulier le cas du  journaliste Khaled Drareni  qui dirige le site d’information en ligne Casbah Tribune et travaille comme correspondant en Algérie de la chaîne de télévision française TV5 Monde et de Reporters sans frontières (RSF). Khaled Drareni vient d’être condamné à une lourde peine de prison.

   Ce que tente de minimiser le Président Tebboune (7): «Il y a 8.000 journalistes et pour trois ou quatre d'entre eux qui ne font pas partie de la presse nationale mais de la presse étrangère, financée par l'étranger, il y a eu tout un boucan autour d'atteintes à la liberté de la presse», a-t-il affirmé lors d'une rencontre avec des médias nationaux. »

   L'Algérie figure en 2020 à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse  établi par RSF. Elle a dégringolé de 27 places par rapport à 2015 (119e). 

Bernard DESCHAMPS

12 août 2020

Notes :

1 – Multilinguales, La presse écrite en Algérie : Positionnements médiatiques et enjeux linguistiques, Hadj Miliani.

2 – Médias DZ, Médias en Algérie, des chiffres et des lettres, publié le 24 février 2019 par Lamine B.

3  – Presse écrite en Algérie, IMMAR Research & Consultancy, 2010.

4 – TSA, AJO, Presse écrite algérienne : les chiffres du déclin, septembre 20, 2016.

5 –  Belkacem Mostefaoui, Note sur la régulation des médias en Algérie, L’Année du Maghreb, 2016.

6 – La Croix, La liberté de la presse se dégrade en Algérie, afp, le 02/05/2020.

7  - Algérie 360, Tebboune défend la liberté de la presse et critique RSF, 2 mai 2020.

 

 

 

 

 

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commentaires

Kouache 14/08/2020 00:25

Une précision : Mohamed Benchicou n'a pas été gracié par le président Bouteflika, il a purgé la peine que celui-ci lui a infligée ( justice aux ordres !) : deux années de prison.

BERNARD DESCHAMPS 18/08/2020 15:22

Libéré à la même époque que 200 autres journalistes bénéficiaires de l'amnistie présidentielle, Mohamed Benchicou avait en effet purgé la totalité de sa peine.

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