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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 05:39

 

Hier soir, à l'initiative de la CGT et de son Institut d'histoire sociale du Gard présidé par Jean Vanhaute, un hommage était rendu aux victimes de Charonne, devant la stèle qui perpétue leur mémoire dans la cour de la Bourse du Travail à Nîmes. Voici l'allocution que j'ai prononcée à cette occasion.

   "Le 8 février 1962 à Paris, alors que se terminait et se dispersait la manifestation pour la Paix en Algérie et contre les crimes de l’OAS qui s’opposait à l’indépendance de l’Algérie, la police aux ordres du gouvernement français chargea les manifestants au métro Charonne.

   Neuf d’entre eux y trouvèrent la mort:

  •         Jean-Pierre BERNARD
  •         Fanny DEWERPE
  •         Daniel FERY qui n’avait que 16 ans.
  •         Anne-Claude GODEAU
  •         Edouard MARCHAND
  •         Suzanne MARTORELL
  •         Hippolyte PINA
  •         Maurice POCHARD
  •         Raymond WINTGENS

   Tous étaient des adhérents de la CGT. Sept étaient des adhérents du Parti communiste Français.

    C’était quelques semaines avant les Accords d’Evian du 18 mars 1962 qui seront conclus entre le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) et le Gouvernement français et qui allaient mettre fin à cette sale guerre en reconnaissant le droit à l’indépendance du peuple algérien.

     Dès le lendemain de ce crime d’Etat, dans toute la France, 2 millions de grévistes répondaient à l’appel de l’ensemble des syndicats.

     Le 12 février à Nîmes, une manifestation était organisée au Square Mourier par la fédération du Gard du PCF, le Parti Radical-Socialiste et la Ligue des Droits de l’Homme, à laquelle pour la première fois s’associait la fédération socialiste SFIO du Gard qui donnait rendez-vous à ses amis au Monument aux Martyrs de la Résistance. Une foule considérable répondit à ces appels que la presse chiffra à 4000 personnes au sein de laquelle on notait la présence de Maître Edgar Tailhades, Maire socialiste de Nîmes ; Emile Jourdan, Secrétaire fédéral du PCF ; Brun, Brugueirolle et Bompard, Conseillers généraux socialistes ; Espagnac et Martin du Parti Radical Socialiste ; Raulet, président départemental de la LDH ;  Sarran de la Fédération des Œuvres laïques ; Pierre Fontanieu de Christianisme Social ; Toureille, Delarque et Richofsky du Parti Socialiste ; Compère-Roussey du PSU ; Roca, Francini et Grévoul de l’UD-CGT ; Calvini des Jeunes Radicaux Socialistes ; Robert Fernand , secrétaire départemental des Jeunesses communistes.

    Ce large rassemblement, après des années de division sur la question algérienne – alors que le Parti socialiste avait été un des principaux artisans de la guerre en Algérie et du retour du Général De Gaulle -  témoignait du mûrissement de l’opinion publique et de son rejet de cette guerre faite au peuple algérien.

    2500 personnes participèrent au rassemblement d’Alès, parmi lesquels Henri Ménard pour le Comité Anti-fasciste ; Maurice Roux pour la CGT ; Pinto pour le PSU et Roger Roucaute pour le PCF.

   Le même jour à Paris, 1 million de personnes assitèrent aux obsèques des victimes.

   Dans le Gard, les mineurs, les cheminots et les enseignants s’associèrent à ces manifestations par un arrêt de travail de 24 heures. Les salariés de la Source Perrier effectuèrent une grève de deux heures et furent look-outés.

   Tout au long de ces huit années de guerre, la CGT dans le Gard avait été à la pointe du combat pour la paix et pour l’indépendance de l’Algérie. Notamment dans le bassin minier des Cévennes où 10% des mineurs (1400) étaient algériens. Mais également à Bagnols sur Cèze sur le chantier de Marcoule et à Beaucaire.

   A la Grand’Combe, le 1er mai le défilé de la CGT ne démarrait que lorsque les mineurs algériens de Trescol étaient arrivés avec leur drapeau vert, blanc et rouge.

   Les procès-verbaux des CA du syndicat CGT des mineurs du Puits Ricard à La Grand’Combe témoignent de l’attention portées à leurs revendications y compris spécifiques. En novembre 1949,  dans « La voix de Ricard » Robert Jonis alors responsable du syndicat CGT exigeait « La reconnaissance  des fêtes musulmanes» . En décembre 1953, 12 grèves de 24 heures, eurent lieu dans le bassin contre la « déportation » des mineurs algériens en Lorraine.

   En 1957, la fédération régionale des mineurs CGT apporta son soutien à la grande grève de huit jours pour l’indépendance à l’appel du FLN algérien.

 

  La CGT a raison de rappeler ces combats d’hier, car ils éclairent nos combats d’aujourd’hui, singulièrement sur les guerres coloniales en raison des offensives racistes anti-migrants  du patronat, de la droite et de l’extrême-droite et aussi de certains milieux de gauche.

   En ces années 50, des militants gardois de la CGT ont été particulièrement à l’avant-garde du combat pour les indépendances, permettez-moi, en conclusion de rappeler le nom de quelques-uns d’entre eux:

Juliette ALBIOL, Bruno ARCANGIOLI, Edon ARCANGIOLI, Valère BARRAZA, André BEDRANI, Fernand CORBIER, DELENNE, Annie DESCHAMPS, Victorin DUGUET, Jean FABREGUE, André FAGES, Abel FERRET, Attilio FRANCINI, Emile GREVOUL, Robert JONIS, KLEBER, Mohamed KRIM, Lucien LACROIX, NIBOUREL, Edmond ROCA, André SOUSTELLE, Alain TASSERA, Arthur VIGNE  - dont vous trouverez les notices biographiques dans mes livres Les Gardois contre la guerre d’Algérie et le Fichier Z et beaucoup d’autres dont la presse n’a pas conservé le nom  mais qui modestement, inlassablement ont mis en pratique leur idéal internationaliste."

Bernard DESCHAMPS

8 février 2018

8 FEVRIER 1962- 8 FEVRIER 2018

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