MAÎTRE ALI HAROUN, ANCIEN RESPONSABLE DE LA FEDERATION DE FRANCE DU FLN, ANCIEN MINISTRE, EST DECEDE
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(Photo The Movie Database)
(Dernière mise à jour le 25 octobre 2026 à 16h.)
Nous avions eu l’honneur de le recevoir à Nîmes en mars 2012, ainsi que Mostefa Boudina et les meilleurs spécialistes français de la Guerre d’indépendance algérienne, pour un Colloque historique sur la Fédération de France du FLN (1954-1962) organisé par France-El Djazaïr.
Nous avions du prendre des mesures particulières de sécurité afin de protéger nos invités face à la mobilisation de plusieurs centaines de manifestants nostalgiques de l’Algérie française qui encerclaient l’immeuble du Conseil général où se tenait le colloque. Nous avions loué officiellement des chambres dans un hôtel aux noms de MM. Boudina et Haroun, mais ils étaient en réalité hébergés clandestinement chez des amis en périphérie de Nîmes. La voiture qui était censée les conduire à leur hébergement après les séances du colloque, en fait était vide et ils étaient dans un autre véhicule anonyme suivi à distance par une voiture banalisée. La préfecture avait été tenue dans l'ignorance de ces dispositions, alors que j'avais mis au point le plan de protection du colloque avec la responsable - c'était une femme - des renseignements généraux.
J’ai conservé les enregistrements audio et le film de cette commémoration au cours de laquelle Maître Ali Haroun avait prononcé une conférence d’une haute tenue. Maître Haroun était un intellectuel très cultivé, ouvert et d’une profonde humanité. J’eus ensuite le plaisir de passer de longs moments avec lui lors de mes séjours en Algérie et je relis toujours avec intérêt ses différents ouvrages sur l’histoire contemporaine de l’Algérie.
En septembre 2013 il écrivit la préface de l’édition algérienne de mon livre « Le fichier Z, essai d’histoire du FLN algérien dans le Gard ». Son texte se terminait par cette phrase toujours tellement d’actualité: « …l’ouvrage de Bernard Deschamps, qui tout au long de ses chapitres illustre l’entente, l’entraide et l’amitié entre ces Gardois d’origine et ceux d’adoption, réfléchit l’écho d’une concorde souhaitée entre les deux rives de notre mer commune, lorsque, avec le rétablissement de l’Histoire vraie, les plaies de la guerre d’Algérie en voie de cicatrisation, seront définitivement refermées ».
Un grand témoin des drames de notre époque, un humaniste, vient de disparaître. Nous en sommes profondément affectés. Je m’incline avec respect devant sa mémoire et je m’associe à la douleur de sa famille et de ses proches et les assure de mes sentiments de profonde affliction.
Bernard DESCHAMPS
25 octobre 2026
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El Watan DZ
24 octobre 2026
L’ancien moudjahid, avocat et homme politique Mohamed Ali Haroun est décédé le samedi 24 octobre 2026 à l’âge de 99 ans. Responsable de la Fédération de France du FLN pendant la guerre d’indépendance, ministre délégué aux Droits de l’homme puis membre du Haut Comité d’État, il était le dernier membre encore en vie de l’instance collégiale qui dirigea le pays entre 1992 et 1994.
La nouvelle a été annoncée par la télévision publique et relayée par la presse nationale. Les causes du décès n’ont pas été précisées. Né le 8 février 1927 à Bir Mourad Raïs, sur les hauteurs d’Alger, Ali Haroun comptait parmi les derniers grands témoins de la Révolution et de ses lendemains.
Du barreau parisien au maquis de la presse clandestine
Après ses études primaires et secondaires à Alger, il part poursuivre son cursus en France, où il obtient une licence en droit à Paris, passe le certificat d’aptitude à la profession d’avocat, puis décroche un doctorat d’État. Il rejoint le FLN dès le déclenchement de l’insurrection de novembre 1954. Mohamed Boudiaf lui confie une mission décisive : épauler Abane Ramdane dans le lancement de Résistance algérienne, titre qui deviendra El Moudjahid, organe central du mouvement. Avant de manier les armes du droit, Haroun manie donc celles de la presse.
La Fédération de France, un second front
Arrivé en France à la fin de 1957, il est désigné en 1958 responsable politique de la Fédération de France du FLN. Il y organise notamment la collecte de l’impôt révolutionnaire auprès des travailleurs algériens, nerf financier de la lutte, et échappe à l’arrestation jusqu’à la fin de la guerre. Il siège par ailleurs au Conseil national de la Révolution algérienne de 1960 à 1962.
Cette expérience nourrira toute son œuvre de témoin. Son ouvrage La 7e Wilaya, publié au Seuil en 1986, reste une référence sur la guerre du FLN en France. Il y reviendra sans cesse, notamment sur le 17 octobre 1961. Lors d’une rencontre au Forum d’El Moudjahid, il a rappelé que la manifestation pacifique avait mobilisé au moins 50 000 Algériens, qu’elle avait été «sévèrement réprimée» par la police de Maurice Papon et qu’elle avait donné lieu à 11 500 arrestations. Il avait remis aux Archives nationales françaises un lot numérisé de documents sur ces journées, après leur avoir confié quelque 300 kilos d’archives de la Fédération de France.
Ce travail de mémoire ne s’est pas fait sans heurts. À Nîmes, en 2012, l’extrême droite française a tenté d’empêcher un colloque consacré à la Fédération de France, auquel participait Haroun aux côtés du sénateur Mostefa Boudina. Le rassemblement hostile n’a pas empêché la tenue des débats, sous protection policière. Haroun savait aussi dire sa dette : il évoquait volontiers Charles-Henri Favrod, ami suisse de la cause algérienne, qui l’avait hébergé sans le connaître à son arrivée en Europe.
Une rupture précoce avec le pouvoir de l’indépendance
À l’indépendance, Ali Haroun est élu député d’Alger à l’Assemblée constituante, de 1962 à 1963. Il figure parmi les 21 élus qui appellent à ne pas voter pour Ahmed Ben Bella et sa Constitution, une prise de position qui le pousse à se retirer de la vie politique. Il reprend la robe en 1963, plaide devant la cour d’Alger puis la Cour suprême, et inscrit son nom dans plusieurs procès politiques des années 1960 et 1970. Inscrit au barreau d’Alger de 1964 à 1991, il défendait l’idée qu’aucune garantie des droits de l’homme ne tient sans une défense libre.
1991-1992 : l’homme du Haut Comité d’État
Avec l’ouverture pluraliste de 1989, Haroun participe à la création de la Ligue algérienne des droits de l’homme. En juin 1991, il entre dans le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali comme ministre délégué aux Droits de l’homme. Un rôle délicat, au moment où des milliers de militants du FIS sont interpellés. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir alors défendu un bilan officiel des arrestations que, selon Amnesty International, la réalité dépassait largement.
Quelques mois plus tard, en janvier 1992, l’interruption du processus électoral remporté au premier tour par le FIS bouleverse le pays. Favorable à cette décision, Haroun est chargé, avec Mohammed Touati, de rédiger la lettre de démission du président Chadli Bendjedid. Il propose ensuite, avec Aboubakr Belkaïd, le nom de Mohamed Boudiaf à Khaled Nezzar, puis se rend auprès de l’exilé de Kénitra pour le convaincre de rentrer. Membre du Haut Comité d’État du 14 janvier 1992 au 30 janvier 1994, il a toujours défendu ce choix. Dans un entretien accordé à Echorouk, il estimait que l’arrêt du processus électoral avait «évité au pays de plonger dans les ténèbres».
L’assassinat de Boudiaf, six mois après son retour, l’a marqué durablement. Il confiait à ce propos se sentir «en quelque sorte responsable de sa mort», avoir été celui qui était venu le chercher.
Un homme de lettres et de réseaux jusqu’au bout
Cofondateur en 1995, avec Redha Malek, de l’Alliance nationale républicaine, Haroun a poursuivi son œuvre d’auteur : L’été de la discorde (2000), L’éclaircie (2011), Le rempart (2014) et Le Second Front, recueil d’écrits et de documents de la Fédération de France, paru en 2021, tous chez Casbah Éditions.
Longtemps conseiller juridique de l’ambassade du Japon à Alger, il a été décoré par l’empereur du Japon de l’Ordre du Trésor sacré, Rayons d’or en sautoir. L’ambassadeur Akira Kono a salué à cette occasion la «haute estime du Japon» pour celui qui a contribué au rapprochement entre les deux pays.
En 2020, il avait aussi été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre des consultations sur la révision de la Constitution, où il avait fait des propositions en tant que juriste.
Avec Ali Haroun disparaît l’un des derniers acteurs à avoir traversé, de l’intérieur, la clandestinité du FLN, les débuts de l’État indépendant et les heures les plus sombres des années 1990.
El watan
