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27 octobre 2026 2 27 /10 /octobre /2026 08:14

 

(Photo journal l'Humanité)

Alors qu’il était donné battu, Luiz Inacio Lula da Silva est élu Président de la République pour un 4e mandat.

Au-delà de l’immense joie que nous éprouvons, cette victoire comporte une leçon : ne jamais s’avouer vaincu avant d’avoir livré bataille. A l’issue du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le candidat fasciste Flavio Bolsonaro avec 47,03% des suffrages devançait Lula et ses 45,16%. Un écart de 2 millions de voix qu’il paraissait impossible de combler. Le président-candidat et son parti, le Parti des travailleurs (PT) et leurs alliés de gauche, le Parti communiste du Brésil, le Parti vert (PV), le Parti socialiste brésilien (PSB), la Fédération PSOL, s’appuyant sur le bilan social du président sortant, engagèrent immédiatement pour le 2e tour, une vigoureuse, massive et optimiste campagne de terrain et sur les réseaux sociaux, à laquelle de nouvelles formations politiques se rallièrent. Le résultat du 25 octobre est sans appel : Avec 80% de votants, Lula recueille 51,79% et  Bolsonaro, 48,21%.

Un bon bilan gouvernemental ; l’union de la gauche et des progressistes ; une campagne au plus près des gens ont été les clefs du succès. Cette victoire, à contre-courant du vent mauvais d’extrême-droite qui souffle sur le monde, est d’autant plus significative qu’elle intervient en Amérique latine dans un pays de 213 millions d’habitants sous la domination économique des USA et sous influence trumpienne.

En France, ne prenons pas notre parti d’une victoire annoncée de Marine Le Pen. Ne renouvelons pas l’erreur tragique des partis de gauche allemands divisés dans la montée du nazisme. Surmontons nos divisions et affrontons la prochaine élection présidentielle avec un candidat commun de la Gauche et des Ecologistes. Il n’est pas trop tard.

Bernard DESCHAMPS

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commentaires

L
Bonjour Cher Bernard,<br /> <br /> La victoire de Lula mérite d'être analysée avec attention, mais je crois qu'il faut distinguer la victoire présidentielle, la conquête des pouvoirs législatifs et la construction d'un pouvoir populaire durable.<br /> <br /> La leçon du 10 mai 1981 doit resté gravée dans ta mémoire... et le résultat actuel avec des sondages si le populiste mélenchon est au 2ème tour de paver la voie pour l'Elysée et l'Assemblée Nationale au RN.<br /> <br /> Le scrutin présidentiel brésilien ne saurait être isolé de ses autres résultats : le PL obtient 121 sièges à la Chambre des députés, contre 70 au PT, tandis que le Sénat sera dominé par une droite dont le PL constitue la première force (21 sénateurs ; contre 9 élus sénateur pour le PT). Lula devra par conséquent négocier avec des formations du "centre" et de la droite extrême pour faire adopter ses textes. Cette situation pose une question essentielle : quelle marge de transformation sociale reste-t-il à un gouvernement dont la capacité d'action dépend largement de forces qui ne partagent pas son programme ?<br /> <br /> Le rapport de forces institutionnel et territorial mérite également d'être pris en compte. À partir de 2027, le PL, parti de Jair Bolsonaro et de Flávio Bolsonaro, dirigera six États brésiliens :<br /> le Paraná,<br /> Rio de Janeiro,<br /> le Rio Grande do Sul,<br /> la Rondônia,<br /> le Roraima<br /> et Santa Catarina.<br /> <br /> Cette implantation fédérale, conjuguée à sa première place à la Chambre des députés et au Sénat, montre que la réélection de Lula ne signifie nullement une conquête globale des pouvoirs politiques par la gauche.<br /> <br /> C'est précisément la limite d'une lecture exclusivement présidentielle du rapport de forces : un dirigeant peut remporter l'élection nationale tout en restant confronté à un Parlement hostile et à une droite solidement implantée dans les territoires. La mobilisation électorale autour d'un candidat ne saurait donc se substituer à l'organisation durable des forces populaires, à leur implantation locale et à leur capacité d'intervention dans les institutions. Cette réalité doit nous inciter, en France, à réfléchir aux conditions d'un rassemblement populaire qui ne se limite pas à la désignation d'un candidat commun, mais s'appuie sur les travailleurs, les organisations de terrain et un programme de transformation sociale. Le respect du mandat militant confié à Fabien Roussel. L'enjeu n'est pas seulement de remporter une élection présidentielle : il est de construire un rapport de forces durable permettant de transformer les rapports économiques et sociaux.<br /> <br /> Il me semble également nécessaire d'examiner la politique étrangère du gouvernement brésilien. En effet, Lula comme Mélenchon ont des visions social chauvines et pro impérialistes : <br /> -abandon du Front polisario en 2023 ;<br /> -maintien de la colonisation française sur les îles éparses : territoire de Madagascar pour l'ONU.<br /> <br /> Cela signifie aussi vu l'euphorie que personne ne remettra en cause le traité de libre échange UE - Mercosur imposé par Lula au profit de l'argo-industrie brésilienne et Ursula Von der Leyen.<br /> <br /> Le Brésil a certes condamné le blocus de Cuba et voté à l'ONU pour sa levée, mais la solidarité internationaliste doit aussi être appréciée à l'aune des moyens matériels engagés et des actes concrets. Les relations avec le Venezuela, notamment le refus de reconnaître la réélection de Nicolás Maduro sans publication des procès-verbaux électoraux, méritent également une discussion politique sérieuse.<br /> <br /> Plus fondamentalement, une victoire présidentielle ne signifie pas nécessairement que les travailleurs ont conquis les moyens d'exercer durablement le pouvoir. La mobilisation électorale autour d'un dirigeant populaire ne remplace ni l'organisation autonome des classes populaires, ni leur capacité d'intervention dans les choix économiques, ni la construction d'un rapport de forces dans les institutions et sur les lieux de travail. C'est là que je ferais une distinction entre une stratégie essentiellement présidentialiste et une stratégie de transformation sociale fondée sur l'organisation populaire. L'expérience du mouvement communaliste vénézuélien mérite, elle aussi, d'être étudiée, sans idéalisation, pour comprendre les possibilités et les contradictions de la participation populaire organisée.<br /> <br /> Pour la France, je ne pense donc pas que l'expérience brésilienne suffise à justifier une candidature commune de toute la gauche. Le rassemblement est indispensable, mais il doit avoir un contenu de classe, un programme de conquêtes sociales et démocratiques et une stratégie permettant aux travailleurs de peser réellement sur les décisions. L'enjeu est de conjuguer le front de classe des producteurs, le rassemblement populaire et démocratique et la conquête de pouvoirs effectifs par les travailleurs. Il ne s'agit ni de s'isoler ni de se dissoudre dans une coalition dominée par une logique présidentielle, mais de construire une alternative capable de transformer les rapports de production et de pouvoir.<br /> <br /> La victoire de Lula constitue donc un fait électoral important.<br /> <br /> Elle ne dispense pas d'un examen critique de sa politique, de ses alliances et des limites de son action. C'est précisément cet examen qui peut nourrir notre réflexion stratégique en France.<br /> <br /> Fraternellement,
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