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Les imposants blocs de pierre de l’amphithéâtre nous scrutent de leurs yeux morts qui ont vu depuis 2000 ans tant de spectacles cruels.
Une foule frémissante a envahi les gradins et attend avec impatience les mises à mort annoncées. La joie de communier dans une même passion pétrie de cruauté et de respect pour des adversaires courageux, surmontant la souffrance, chargeant jusqu’à la limite de leurs force ? Résurgence de souvenirs enfouis des cérémonies sacrificielles primitives ? Qu’attend cette foule ? La preuve de la supériorité de l’homme sur l’animal ? De l’intelligence, de l’élégance sur la force brutale ? De la vie sur la mort ?
Le cérémonial se met en place. Les alguazils, deux jeunes femmes, montées sur des chevaux qui marchent solennellement d’un même pas, s’avancent et saluent la présidence. Ils sont suivis des combattants du jour dans leurs habits de lumière, un français Sébastien Castella et deux espagnols José Maria Manzanares et Tomas Rufo qui affronteront des taureaux de Garcia Jimenez.
Le premier fauve surgit du toril, ébloui par la lumière vive du soleil de cette fin d’été. Il est accueilli à genou près de la barrière par Sébastien Castella. Ovations. Il chargera le picador et recevra deux piques qui vont amoindrir ses capacités de défense, suivies du ballet des banderillos. Le face à face alors s’engage entre l’homme et l’animal. Dans un dialogue au cours duquel vont s’enchaîner les naturelles, les redondos, les déchérazos. Qui va imposer son tempo ? La musique de la fanfare des arènes accompagne en sourdine ce jeu cruel qui précède la mort. Le coup d’épée de Castella sera immédiatement fatal avant que l’on emporte la dépouille du vaillant combattant traîné sur le sable de la piste comme un vulgaire déchet. La perte de la vie l’a réduit au néant. Cambré, le regard dominateur, Castella brandit les deux oreilles attribuées par la présidence et salue la foule ravie de sa prestation.
Le cérémonial va se reproduire six fois avec six taureaux, célébré par les trois officiants jusqu’à la nuit, à la lumière des projecteurs.
Bernard DESCHAMPS
*Un grand merci pour ses précieuses explications lors de la Féria de septembre à El Viti du Mont Margarot – qui se reconnaîtra mais dont je tais le nom car je ne suis pas certain qu’il partage ce récit.
