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15 septembre 2026 2 15 /09 /septembre /2026 05:45

(Bloomberg via Getty images)

J’ai lu avec passion  La victoire de Mamdani à New York (Tristan Cabello, Les éditions Textuel, février 2026) que m’ont offert Ghislaine et Joël. La victoire de l’enfant d’un couple d’universitaires hindous né à Kampala en Ouganda, âgé de 34 ans, socialiste, musulman. Après celle de Sadik Khan   à Londres en 2016, sa réélection en 2024 et quelques autres, cette victoire électorale prouve que les minorités culturelles ne sont pas condamnées à l’invisibilité. Certes, chaque ville est originale avec sa sociologie, son histoire, sa situation géostratégique. Il ne saurait donc être question de copier ce qui s’est fait à Londres et à New York, mais que ces victoires électorales aient eu lieu dans deux des plus grandes villes du monde et singulièrement dans la capitale économique de la première puissance mondiale, où vivent des communautés Yéménite, Mexicaine, Sénégalaise, Ouzbèke, Trinidadienne Ethiopienne, etc,   leur confèrent une importance particulière et méritent que nous les sondions afin de voir si des leçons peuvent en être tirées pour nos combats ici en France.

Des pages passionnantes de l’ouvrage sont consacrées à l’enfance, à la jeunesse et à la maturité du futur maire. A son évolution puis à son engagement militant.

La victoire de Madani s’est construite en deux temps, celui, en 2025,  des primaires du Parti démocrate chargées de désigner le candidat du parti, puis l’élection elle-même au suffrage universel. La direction du Parti démocrate qui depuis Bill Clinton avait renié sa tradition progressiste, soutenait Andrew Cuomo, une personnalité très connue, modérée,  ancien gouverneur de l’Etat de New York. Madani également membre du Parti démocrate avait, avec le Démocratic socialists of Américain (DSA) créé en 2016, fait campagne sur les transports gratuits, les épiceries municipales, le gel des loyers, la création de logements abordables, la hausse du salaire minimum. Revendications très sensibles dans une ville qui, depuis 1975, avait tourné le dos au New Deal de Théodore Roosevelt, où la précarité, la misère explosaient et où depuis 2021 les grèves se multipliaient. Il avait en outre courageusement pris parti en faveur de la Palestine, sujet évité par les autres candidats.

Avec « une armée de bénévoles », il investit massivement les réseaux sociaux et engage une campagne de terrain au plus près  des habitants, dans la diversité de leurs communautés « partageant des moments culturels  et des combats locaux […] on l’aperçoit à la fête hindoue de Durga Puja célébrée dans un temple népalais ». Une campagne ludique, joyeuse, n’hésitant pas à se jeter dans l’eau glacée pour le traditionnel bain du Nouvel An.

Nous avons toujours à apprendre des autres. Notre tradition jacobine, centralisatrice, uniformisatrice, dans une volonté d’égalité entre les citoyens n’a pas que des aspects positifs, elle s’est traduite par l’effacement de traditions culturelles régionales parfois leur disparition. Nous assistons à leur retour. Des associations prennent en charge leur réactivation, c’est lz cas notamment de l’Occitan. Ne renouvellons pas la même erreur avec la culture des populations immigrées. L’arabe par exemple devrait être enseigné à l’école de la République afin de nous permettre de nous enrichir  de la connaissance d’une riche tradition scientifique, philosophique, poétique, musicale. Syons également attentifs à leurs préoccupations, à la cause palestinienne, par exemple. Ne rejettons pas leurs habitudes vestimentaires. Fichons leur la paix avec le voile dit « islamique » que l’extrême-droite veut interdire dans le domaine public. Bien-sûr, certaines traditions inhumaines comme l’excision doivent être bannies, mais ces décisions doivent être ponctuelles et ne pas s’inscrire dans une démarche générale de rejet de ce qui est différent de nos habitudes. Soyons attentifs et ouverts aux autres dans leur diversité. Enrichissons notre identité qui ne doit pas être figée mais « généreuse » selon le mot d’Edouard Glissant.

Bernard DESCHAMPS

15 septembre 2026

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commentaires

L
Bonjour Cher Camarade,<br /> <br /> Nous avons tendance à fuire l'histoire comme l'a bien analysé Domenico Losurdo. Evidemment des leurres existent et sont favorisés par les puissances d'argent, l'opportunisme des places etc.<br /> <br /> C'est évidemment des constructions sociales qui engendre l'autophobie, voire à l'électoralisme en faveur du populisme nouveau diable de confort par LFI. Nous voyons d'ailleurs les limites en Italie ou en Allemagne. <br /> <br /> En effet, Côme Simien et Guillaume Roubaud-Quashie sont particulièrement utiles ici : ils soulignent que l'opposition « Jacobins centralisateurs / Girondins décentralisateurs » ne fonctionne pas historiquement. Les Girondins eux-mêmes défendaient une République une et indivisible, une législation commune et des mécanismes administratifs fortement contrôlés par le centre. Il est impératif de déconstruire la légende noir popularisé par le gauchisme de Blanqui au XIXème siècle contre la fidélité de Babeuf et Buonarroti. <br /> <br /> Et surtout, le grand tournant de la centralisation administrative est 1800, avec Bonaparte et la création des préfets et sous-préfets, plutôt que 1793. Michel Biard insiste précisément sur ce point : la centralisation napoléonienne est beaucoup plus systématique et durable que celle de la période jacobine.<br /> <br /> Le préfet est précisément conçu comme l'agent de l'État central dans le département. C'est donc sous Bonaparte que la centralisation administrative prend une forme particulièrement achevée.<br /> <br /> Pour mémoire, les Jacobins sont : les Girondins et les Montagnards. Les feuillants sont des Jacobins mais attachés à la législative et à la monarchie constitutionnelle et donc une scission de 1791. L'opposition Girondin/Jacobin est donc fictive. C'est du révisionnisme. Girondins et Montagnards proviennent donc de la même bourgeoisie révolutionnaire républicaine, mais leur affrontement évolue vers des questions économiques et sociales décisives : taxation, ravitaillement, contrôle des prix, rapport aux sans-culottes, etc. Le conflit porte notamment sur quelle classe sociale, quelles forces sociales et quelle conception de la démocratie doivent donner son contenu à la République.<br /> <br /> Et la position dite fédéraliste des Girondins de 1793 est par conséquent une arme politique contre la puissance parisienne et le mouvement populaire parisien. Elle exprime leur hostilité à la taxation des fortunes, au maximum sur les prix des denrées de subsistances et aux revendications économiques des sans-culottes au nom du libéralisme économique. Cette position permet effectivement de relier la question institutionnelle aux intérêts sociaux qu'ils représentent. Soboul est particulièrement intéressant sur ce point.<br /> <br /> En effet, cette formulation très étasunienne et occidentaliste globale (Haro sur les jacobins!) nourrit par les sociaux-démocrates libéraux (les girondins) et les trotskistes (les enragés) à gauche passe de la critique légitime de l'uniformisation culturelle à une sorte de valorisation générale de la diversité comme catégorie politique, sans demander suffisamment : diversité de qui, portée par quelles forces sociales, au bénéfice de qui et dans quel rapport à l'unité politique et sociale ? Or, pour une lecture matérialiste, celle justement du parti communiste français à la suite de Jaurès et Lénine (Maximilien) ce sont des questions essentielles !<br /> <br /> Et Jaurès, avec son histoire socialiste de la révolution française, puis Maurice Thorez ont suffissament démontré les légendes noirs des thermidoriens, comme l'histoirien Albert Matiez, réfutant tant la vision du girondin Lamartine que de l'herbétiste Blanqui. L'universalisme républicain et l'uniformisation culturelle ne sont pas nécessairement synonymes. On peut parfaitement défendre : une République une et indivisible ;<br /> les mêmes droits sociaux et politiques pour tous ; des services publics nationaux ; une égalité territoriale réelle ; et simultanément la reconnaissance et la transmission des langues et cultures populaires régionales ou issues de l'immigration.<br /> <br /> Le véritable enjeu est donc de ne pas opposer artificiellement unité républicaine et diversité culturelle.<br /> <br /> Cette opposition artificielle est évidemment celle du courant démocrate étasunien, comme du populisme défendu par Jean-Luc Mélenchon. C'est précisément une erreur créant de l'autophobie et une représentation déformée et caricaturale. En cela le discours de Fabien Roussel à la fête de l'Humanité rappelle l'importance de la Nation comme élément de la lutte des classes et de l'émancipation. C'est particulièrement en écho avec ton blog et l'Algérie qui a souffert de la colonisation et de l'impérialisme. <br /> <br /> Nous devons donc ne pas oublier le marxisme et le léninisme. Relire le livre de Staline, commandé par Lénine en 1913, sur la question de la Nation : Le marxisme et la question nationale. Ce n'est pas dans l'expression à la John Rawls des sociaux-démocrates libéraux ou radicaux des Etats-Unis d'Amérique : pays du melting pot passé au salad bowl et dont les contradictions s'accélèrent que nous progresserons.<br /> <br /> Dire que l'arabe peut être enseigné à l'école comme peuvent l'être d'autres grandes langues et cultures est parfaitement défendable. Mais l'argument ne devrait pas être seulement que cela enrichit « notre identité ». On peut aussi le fonder sur l'égalité scolaire, la connaissance des civilisations, le refus des préjugés et l'universalité de l'accès aux savoirs. Et concernant le voile, il faudrait distinguer la liberté individuelle, les prescriptions religieuses, les rapports de domination éventuels et les règles propres aux différents espaces de la République. « Fichons-leur la paix » est sympathique politiquement, mais un peu court pour un sujet aussi complexe. Le discours de Fabien Roussel à la fête de l'Huma était clair sur le racisme. Espérons que les populistes et ceux qui répètent par mépris de classe et préjugé culturel : Saucisson, Pinard, Dubosc, Doriot etc. auront le déclic qu'ils n'aident pas leur cause si elle est l'antiracisme et le progrès social.<br /> <br /> Je serais donc très favorable à ce que nous défendions la diversité des cultures, qu’elles soient régionales ou issues de l’immigration, sans pour autant opposer cette diversité à l’unité politique et sociale de la République. On peut défendre l’enseignement de l’arabe, de l’occitan ou d’autres langues, la connaissance des différentes traditions culturelles et la lutte contre les discriminations, tout en maintenant une même citoyenneté, les mêmes droits et les mêmes exigences de justice sociale pour tous. Un très bon fil politique dans ton texte : ton refus d'une identité française figée et ton recours à Glissant me paraissent très pertinents. L'ouverture à la diversité ne nécessite pas de déconstruire le jacobinisme en bloc, surtout si l'on entend par là l'égalité politique et sociale (la montagne ou robespierrisme). Et surtout, il faudrait éviter de transformer la diversité culturelle en substitut à la lutte des classes. C'est peut-être le point marxiste le plus intéressant : reconnaître les cultures populaires, oui ; transformer les appartenances culturelles en catégories politiques autonomes, non. Car à ce moment-là, on risque de passer d'une politique d'émancipation collective à une juxtaposition de communautés et d'identités particulières.<br /> <br /> C’est peut-être là que la formule de Glissant prend par conséquent tout son sens et est très utile : une identité généreuse n’est pas nécessairement une identité éclatée. Elle peut être une identité commune qui se construit par l’apport de tous. Et c’est, à mon sens, une distinction importante : reconnaître les différences culturelles et combattre les discriminations, oui ; transformer les appartenances culturelles en communautés politiques séparées, non. La diversité peut enrichir l’unité populaire plutôt que s’y substituer.<br /> <br /> Sur ce point, ton texte ouvre à mon avis une discussion vraiment intéressante.<br /> <br /> Fraternellement,
Répondre
L
Tu l'as demandé à PAM. Je lui ai donné mon accord pour qu'il te l'adresse. Tu peux m'envoyer un courriel. Salutations de Picardie.<br /> Et merci pour tes différents posts forts stimulants et utiles, même si je ne les commente pas tous.
D
Merci cher camarade pour ce long et utile commentaire. Mais j'aimerais bien connaître ton identité et ton adresse. Cordialement. BD

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