/image%2F1405552%2F20260826%2Fob_6ca56e_viv-alto.jpeg)
Toutes les places du Temple de Lasalle (1) étaient occupées pour le concert de clôture de la 14e Fête de l’Alto, en présence de l’ensemble des professeurs de l’Académie et des stagiaires dont une dizaine venus cette année de Chine.
Après la présentation sensible et les remerciements de Françoise Granier, la secrétaire de l’association, au nom de la Présidente Marie-Hélène Bénéfice et du Directeur artistique Pierre-Henri Xuereb, nous avons été charmés en ouverture par les volutes chantantes du Prélude de Johann Sébastian BACH interprété au violoncelle par Philippe Muller.
Amadeus MOZART lui succéda avec le Mouvement du quintette à cordes en sol mineur par le violon inspiré de Christophe Giovaninetti accompagné de jeunes stagiaires.
Nous retrouvons avec plaisir les talentueuses Chloé Thévenin au violon et Irène Magloire au violoncelle dans le Final de la Sonate pour violon et violoncelle en ut mineur de Maurice RAVEL.
Je ne connaissais pas Reinhold GLIERE compositeur postromantique russe, puis soviétique, né le 30 décembre 1874 à Kiev et mort le 23 juin 1956 à Moscou. Sa mère était polonaise et son père venait d’une vieille famille saxonne.
Reinhold GLIERE fut président du comité d'organisation de l'Union des compositeurs soviétiques de 1938 à 1948, échappant à la censure de la période d'après-guerre il remporta plusieurs titres et récompenses dont le titre d'Artiste du peuple de l'URSS en 1938 et trois Prix Staline. Il s'intéressa beaucoup à la musique des peuples de l'Union soviétique, favorisant le développement musical régional et écrivant des œuvres utilisant des langues et dialectes variés, notamment en Azerbaïdjan et en Ouzbékistan.
Son Duo pour violon et violoncelle joué par Philippe Muller, comporte six mouvements auxquels je serais tenté de donner les titres suivants: 1-Danse, 2-Chant, 3-Récit, 4-Confidence, 5-Sauts, 6-Course.
Le Duo pour violon et violoncelle de la compositrice contemporaine afro-américaine Jesse MONTGOMERY illustre bien le parti pris de métissage des cultures qui inspire la Fête de l’Alto.
Jesse MONTGOMERY née le 8 décembre 1981 à New York est une violoniste, compositrice, chambriste et pédagogue. Ses compositions explorent la musique vernaculaire, l'improvisation, le langage et la justice sociale. Elle est titulaire d'une licence en interprétation du violon de la Juilliard School et elle a obtenu une maîtrise en composition pour le cinéma et le multimédia à l'Université de New York en 2012.
À partir de 1999, Jesse MONTGOMERY s'est impliquée auprès de la Sphinx Organization , une organisation à but non lucratif basée à Détroit qui soutient les jeunes instrumentistes à cordes afro-américains et latinos .
Elle a réalisé en 2014 un quatuor en réponse au 200e anniversaire de « The Star-Spangled Banner » (l’hymne des Etats-Unis) pour le transformer, l'intégrant dans une partition foisonnante qui s'inspire de chansons folkloriques, de protestation américaines et d'hymnes du monde entier, notamment mexicain, portoricain et cubain.
Le chef Xian Zhang et l'Orchestre symphonique du New Jersey interpréteront en 2025 cet Hymne de Jesse MONTGOMERY.
Son Duo pour violon et violoncelle interprété ce soir alterne les battements de tambour, des pizzicati, une mélopée tantôt lente, tantôt vive qui semble accompagner une promenade.
Ruixin Niu et Pierre-Henri Xuereb à l’alto nous offrent ensuite un Duo chantant de Rossini auquel succède Caprices version pour violoncelle de Niccolo PAGANINI par le Danois Toke Moldrup. J’entends le ruissellement de l’eau et rouler les galets charriés par la rivière, tandis que murmure le feuillage des arbres qui la bordent et au-dessus desquels volent des oiseaux.
Nous avons la primeur d’une composition de Christophe Giovaninetti par son auteur au violon accompagné de Toke Moldrup au violoncelle.
"Ge Xi Mei Ling" (Fleurs de prunier de l'autre côté du ruisseau) pour flûtes chinoises et quatuor à cordes par Zhang Weiliang à la flûte longue, Ruixin Niu à l’alto et trois violons. Lever du soleil, quelques rayons franchissent l’horizon, leur éclat (à la flûte)) enchantent les fleurs des pruniers, la lumière gagne du terrain et peu à peu enveloppe les arbres…
"Happy Encounter" (Heureuse rencontre) pour ensemble de flûtes chinoises, alto et violoncelle. La flûte traversière de Zhang Weiliang soutenue par les violoncelles de jeunes stagiaires lance un appel auquel répondent des chants d’oiseaux et de petits animaux sautillant.
Changements de lieux et d’époque, une prestation très jazzy de The Entertainer ( L'Artiste) du pianiste américain Scott JOPLIN (1868-1917) - célèbre à la « Belle époque » - par Ruixin Niu et Pierre-Henri Xuereb à l’alto, accompagnés des plus jeunes stagiaires.
En apothéose, les professeurs, Zhang Weiliang, flûtes chinoises, Yibin Li, Christophe Giovaninetti, Marc Vieillefon, violons, Niu Ruixin, Pierre-Henri Xuereb, altos, Philippe Muller, Toke Moldrup, violoncelles et l’ensemble des stagiaires de l’Académie - flûtes chinoises et cordes – vont nous donner une magnifique interprétation du Mouvement pour octuor à cordes de Woldemar BARGIEL un compositeur et pédagogue prussien, né à Berlin le 3 octobre 1828 et mort dans la même ville le 23 février 1897.
Je reçois cette œuvre comme une magnifique leçon de vie. Les cordes et la flûte chinoise expriment alternativement des souvenirs heureux et par moment des regrets qui affleurent et tempèrent la joie du compositeur. Trois notes reviennent en permanence : Malgré tout ! Malgré tout ! Cette vie méritait d’être vécue…
A l’issue de cette prestation, une envolée imprévue de notes joyeuses portées par la flûte du Maître Weiliang Zhang, conforta ce sentiment.
Un grand merci à Pierre-Henri Xuereb, à Marie-Hélène Bénéfice, Françoise Granier, Evelyne David, François Gagnier, Patrick Bénéfice et toute l’équipe de bénévoles de Viv’Alto pour cette belle fête de la musique qu’il serait dommage qu’elle disparaisse à la suite de la réduction de la subvention par la nouvelle municipalité de Lasalle.
Bernard DESCHAMPS
1-Une tenture de Susan L Smith est actuellement exposée teinte à l’aide de plantes des Cévennes dans des tons doux orange et gris dont elle dit : « La musique et l’impression botanique partagent quelque chose d’essentiel, toutes les deux sont des expériences éphémères rendues tangibles. »
