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20 septembre 2026 7 20 /09 /septembre /2026 05:51

 

Par Bernard Deschamps

Pour la première fois depuis la Guerre des Six jours en 1967,  l’armée algérienne est intervenue hors des frontières, au Niger avec lequel l’Algérie partage  plus de 950 kilomètres de frontière commune.

 

  À la suite d’une tentative de coup d’État à Niamey contre le régime du général Abdourahamne Tiani dans la nuit du 28 au 29 août 2026, Alger décide le 30 août 2026 l’envoi de quatre chasseurs Sukhoï Su-30, un avion ravitailleur Il-78 et un appareil de transport Il-76, sur la base aérienne de Niamey au Niger. Une première livraison de quatre hélicoptères militaires avait été offerte par l’Algérie le 9 août 2026 aux forces armées nigériennes.     Comme on le verra plus loin, cette opération accompagne plusieurs initiatives de paix et de coopération avec le Niger.

  Les manœuvres militaires  Flintlock 2019 organisées conjointement avec   l’armée américaine du  18 février au 1er mars 2019, au Burkina-Faso et en Mauritanie laissaient présager cette évolution. Mais ce n’étaient alors que des manœuvres.

  Selon Brahim Oumansour, chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire du Maghreb :   « Le déploiement de son arsenal militaire hors frontières algériennes – longtemps impensable dans la doctrine algérienne – invoque effectivement un changement de paradigme dans sa politique étrangère. Historiquement, l’Algérie s’est définie par une posture de non-intervention, héritée de son expérience coloniale et de son attachement au principe de souveraineté nationale qui ont nourri son refus doctrinal à toute intervention militaire en dehors de ses frontières, excepté la participation de l’armée algérienne lors de la guerre des Six Jours, en soutien à l’Égypte. »

 

Dans le même temps, l’Algérie multiplie les initiatives de paix

  Notamment en direction de l’Afrique, du Proche et du Moyen Orient. Après une période de tension en 2025, l’Algérie et le Niger ont renoué leurs relations diplomatiques au début de l'année 2026 et mènent désormais des projets de coopération énergétique et militaire. Les ambassadeurs des deux nations ont regagné le 12 février 2026 leurs postes respectifs. L'Algérie et le Niger ont lancé le 13 août 2026 les travaux de forage pétrolier du gisement de Kafra situé à 85 km de la frontière algérienne. L’Algérie a inauguré une centrale électrique de solidarité à Niamey.

  Ils ont adopté un mémorandum pour le transport de gaz et de projets d'exploration menés par la compagnie Sonatrach, et affirmé leur volonté d'accélérer le projet de la route transsaharienne et le déploiement de la fibre optique.

 

  Au Burkina-Faso, l’Algérie multiplie les initiatives de coopération énergétique. Mohamed Arkab, ministre des Hydrocarbures et des Mines, et Mourad Adjal, ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, ont séjourné à Ouagadougou les 12 et 13 février, avec une importante délégation comprenant notamment les PDG de Sonatrach et de Naftal.Cette visite intervient deux semaines après celle effectuée par M. Arkab le 26 janvier dernier à Niamey qui a permis de relancer le projet d’exploitation conjointe d’un champ pétrolier au nord du Niger et les discussions sur le gazoduc transsaharien TSGP. Le protocole signé à Ouagadougou consacre “la volonté commune des deux pays de porter leurs relations de coopération au niveau d’un partenariat stratégique dans les domaines des hydrocarbures, de l’énergie et des mines, conformément aux orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, visant à renforcer la coopération africaine et à consacrer le principe du partenariat Sud-Sud”, explique le ministère des Hydrocarbures dans un communiqué. Afin de garantir la mise en œuvre effective du protocole, les deux parties sont convenues de mettre en place des mécanismes de suivi conjoints, à travers la formation de groupes de travail sectoriels, indique-t-on.

  À noter que la délégation algérienne a visité vendredi 13 février à Ouagadougou le mémorial dédié à Thomas Sankara, l’ancien président du Burkina Faso assassiné en 1987 et considéré comme l’un des plus éminents leaders africains dont le nom est associé à la lutte pour la liberté, la justice sociale et la souveraineté nationale des pays du continent.

 

  Alors que l’Accord d’Alger, jamais appliqué,  conclu en 2015, entre le Mali et la majorité des groupes armés, aurait pu instaurer la paix, les tensions entre les autorités algériennes et maliennes hostiles aux Accords d’Alger, n’ont cessé de s’aviver autour de leur frontière commune de 1 300 km. Fait nouveau. Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a fait une courte visite officielle, le 24 août, à Alger. Le temps de rencontrer le président algérien, à qui il a transmis un message de la part d’Assimi Goïta. La visite du Premier ministre malien à Alger marque les prémices du dégel diplomatique entre les deux capitales, alors que les relations étaient, depuis plus d’un an, marquées par de fortes tensions. Mi-août, Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune avaient, sur l’impulsion de leur allié russe commun, déjà amorcé cette reprise du dialogue.« Le Mali et l’Algérie sont condamnés à cheminer ensemble, à œuvrer dans le sens de la prospérité pour les deux peuples », a déclaré Abdoulaye Maïga à l’issue de son entretien avec Abdelmadjid Tebboune. Le Premier ministre malien a par ailleurs assuré qu’Assimi Goïta devrait effectuer « prochainement » une visite d’État en Algérie.

  Enfin  rappelons la permanence du soutien de l’Algérie aux peuples palestinien et sahraoui qui s’est notamment manifesté au cours de ses deux années de présence au Conseil de sécurité de l’ONU en 2024 et 2025.

 

Une nouvelle Constitution et de nouvelles lois

  Un an après sa prise de fonction à la tête de l’Etat algérien, le Président Tebboune promulguait le  30 décembre 2020, une nouvelle Constitution qui rappelait dans la continuité des Constitutions précédentes : «  Art. 31. L'Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d'autres peuples. Elle s'efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques ». Et elle précisait,  en rupture avec la doctrine de non-intervention de l’armée algérienne hors de ses frontières : « L’Algérie peut, dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la Ligue des Etats Arabes, participer au maintien de la paix. » Peu d’observateurs à l’époque avaient souligné ce changement important (Lire sur mon blog www. bernard-deschamps.net à la date du 9 mai 2020).

 

  L’Algérie a doublé en 2022 son budget militaire. En 2026, le budget de la Défense nationale s’élève à 3 205 milliards de dinars (20 811 024 025 euros)  soit 20 % du budget national. C’est à peu près le pourcentage de celui de la Fran ce. 

  L’Algérie est le 5e plus grand importateur d'armement  au monde pour la période 2012-2016, derrière l’Inde, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et la Chine. Selon le SIPRI, un institut spécialisé dans les questions de défense basé à Stockholm, la Russie reste son premier fournisseur  avec 60% des achats. 

  L’Algérie n’est pas membre de l’OTAN. Elle est associée à l’OTAN ainsi que six autres pays méditerranéens, le Maroc, l’Égypte, la Mauritanie, la Tunisie, la Jordanie, et Israël au sein du Dialogue méditerranéen (DM), auxquels il convient d’associer la Macédoine. Le DM a été créé en 1994 afin « plus particulièrement » de lutter contre le terrorisme.». L’Algérie a toujours refusé l’installation du Commandement  des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), créé par le Département de la Défense des  États-Unis en 2007 et qui coordonne toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur ce continent

 

  Le 8 juillet 2024, à deux mois de l’élection présidentielle du 7 septembre, le Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire a publié un décret du président Tebboune qui codifie les modalités de détachements de militaires à la tête de certaines administrations civiles publiques.  « au sein des secteurs stratégiques et sensibles en termes de souveraineté et d’intérêts vitaux pour le pays  »  (Article 8).

  Quelques mois plus tard, le 19 novembre 2024, le général Saïd Chengriha, Chef d'État-Major de l’ANP  était nommé ministre-délégué auprès du Président de la République également ministre de la Défense nationale, à l’instar de la promotion  du Général Khaled Nezzar le 25 juillet 1990,  lors de la montée du terrorisme islamique.

  Enfin, en juillet 2025,  l’Algérie a adopté et mis en vigueur une loi sur la mobilisation générale pour encadrer le passage de l'état de paix à l'état de guerre.

 

Comment expliquer ce changement de paradigme ?

  Il faut,  à mon avis, lire ces changements à la lumière de l’histoire de l’Algérie indépendante, de l’évolution du régime capitaliste algérien dans une situation géostratégique marquée par la nouvelle politique expansionniste de l’impérialisme US et sa volonté de remodeler le Proche et le Moyen Orient et par les menaces qui en découlent.      Dans un pays profondément et durablement marqué par la guerre d’Indépendance qui a forgé un fort attachement patriotique, le régime algérien qui sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika privilégiait l’expansion d’une bourgeoisie algérienne, s’est ouvert sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, aux investissements étrangers dans le cadre des BRICS (Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud, l'Iran, l'Égypte) opposés à l’hégémonie du dollar, à la banque desquels l’Algérie a adhéré en 2026. L’Algérie qui n’a pas rejoint les Accords d’Abraham de normalisation avec Israël et n’a pas participé à la récente Rencontre secrète de sept pays arabes et qui soutient le droit du Peuple palestinien à un Etat indépendant et le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui vit sous la menace d’une intervention d’Israël et de ses allées notamment le Maroc et les Emirats arabes unis avec lesquels elle a rompu ses relations diplomatiques.

  La sécurisation de 6 511 km de frontières terrestres, dans un  environnement instable, troublé par de nombreux conflits, pose de  délicats problèmes militaires et politiques à l’Algérie encerclée par trois bases américaines  installées en Libye, en Tunisie et au Niger et par des bases françaises.

  « Le soft power algérien longtemps fondé essentiellement sur l’héritage révolutionnaire et tiers-mondiste a fait preuve de ses limites, comme le démontre les évolutions récentes liées soit au revirement de certains pays africains sur le dossier du Sahara occidental ou dans leur relation directe avec Alger. » indique Brahim Oumansour

  Dans un rapport publié le 10 septembre 2025 le prestigieux Military Watch Magazine analyse la vulnérabilité croissante des espaces aériens de la région face aux frappes israéliennes. L’Algérie y est présentée comme l’unique exception, dotée d’un bouclier de défense et d’une force de frappe aérienne de premier ordre, basés sur des systèmes russes et chinois de dernière génération comme le S-400 et le Su-35. Cette analyse approfondie  place l’Algérie au centre de l’échiquier stratégique régional.

« Il est fort probable – estime Brahim Oumansour -  que l’intervention militaire algérienne au Niger s’inscrive dans la durée, d’autant que le cadre juridique, les moyens financiers et militaires le permettent ». Mais l’Algérie n’en continue pas moins de privilégier une politique de Paix.

Bernard DESCHAMPS

20 septembre 2026

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