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6 octobre 2026 2 06 /10 /octobre /2026 07:02

 

Par Bernard Deschamps

(Dernière mise à jour le 21 septembre 2026 à 7h.)

Pour la première fois depuis la Guerre des Six jours en 1967,  l’armée algérienne est intervenue hors des frontières, au Niger avec lequel l’Algérie partage  plus de 950 kilomètres de frontière commune.

 

  À la suite d’une tentative de coup d’État à Niamey contre le régime du général Abdourahamne Tiani dans la nuit du 28 au 29 août 2026, Alger décide le 30 août 2026 l’envoi de quatre chasseurs Sukhoï Su-30, un avion ravitailleur Il-78 et un appareil de transport Il-76, sur la base aérienne de Niamey au Niger. Une première livraison de quatre hélicoptères militaires avait été offerte par l’Algérie le 9 août 2026 aux forces armées nigériennes.     Comme on le verra plus loin, cette opération accompagne plusieurs initiatives de paix et de coopération avec le Niger.

  Les manœuvres militaires  Flintlock 2019 organisées conjointement avec   l’armée américaine du  18 février au 1er mars 2019, au Burkina-Faso et en Mauritanie laissaient présager cette évolution. Mais ce n’étaient alors que des manœuvres.

  Selon Brahim Oumansour, chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire du Maghreb :   « Le déploiement de son arsenal militaire hors frontières algériennes – longtemps impensable dans la doctrine algérienne – invoque effectivement un changement de paradigme dans sa politique étrangère. Historiquement, l’Algérie s’est définie par une posture de non-intervention, héritée de son expérience coloniale et de son attachement au principe de souveraineté nationale qui ont nourri son refus doctrinal à toute intervention militaire en dehors de ses frontières, excepté la participation de l’armée algérienne lors de la guerre des Six Jours, en soutien à l’Égypte. »

 

Dans le même temps, l’Algérie multiplie les initiatives de paix

  Notamment en direction de l’Afrique, du Proche et du Moyen Orient. Après une période de tension en 2025, l’Algérie et le Niger ont renoué leurs relations diplomatiques au début de l'année 2026 et mènent désormais des projets de coopération énergétique et militaire. Les ambassadeurs des deux nations ont regagné le 12 février 2026 leurs postes respectifs. L'Algérie et le Niger ont lancé le 13 août 2026 les travaux de forage pétrolier du gisement de Kafra situé à 85 km de la frontière algérienne. L’Algérie a inauguré une centrale électrique de solidarité à Niamey.

  Ils ont adopté un mémorandum pour le transport de gaz et de projets d'exploration menés par la compagnie Sonatrach, et affirmé leur volonté d'accélérer le projet de la route transsaharienne et le déploiement de la fibre optique.

 

  Au Burkina-Faso, l’Algérie multiplie les initiatives de coopération énergétique. Mohamed Arkab, ministre des Hydrocarbures et des Mines, et Mourad Adjal, ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, ont séjourné à Ouagadougou les 12 et 13 février, avec une importante délégation comprenant notamment les PDG de Sonatrach et de Naftal.Cette visite intervient deux semaines après celle effectuée par M. Arkab le 26 janvier dernier à Niamey qui a permis de relancer le projet d’exploitation conjointe d’un champ pétrolier au nord du Niger et les discussions sur le gazoduc transsaharien TSGP. Le protocole signé à Ouagadougou consacre “la volonté commune des deux pays de porter leurs relations de coopération au niveau d’un partenariat stratégique dans les domaines des hydrocarbures, de l’énergie et des mines, conformément aux orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, visant à renforcer la coopération africaine et à consacrer le principe du partenariat Sud-Sud”, explique le ministère des Hydrocarbures dans un communiqué. Afin de garantir la mise en œuvre effective du protocole, les deux parties sont convenues de mettre en place des mécanismes de suivi conjoints, à travers la formation de groupes de travail sectoriels, indique-t-on.

  À noter que la délégation algérienne a visité vendredi 13 février à Ouagadougou le mémorial dédié à Thomas Sankara, l’ancien président du Burkina Faso assassiné en 1987 et considéré comme l’un des plus éminents leaders africains dont le nom est associé à la lutte pour la liberté, la justice sociale et la souveraineté nationale des pays du continent.

 

  Alors que l’Accord d’Alger, jamais appliqué,  conclu en 2015, entre le Mali et la majorité des groupes armés, aurait pu instaurer la paix, les tensions avec les autorités  maliennes hostiles aux Accords d’Alger, n’ont cessé de s’aviver autour de leur frontière commune de 1 300 km. Fait nouveau. Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a fait une courte visite officielle, le 24 août, à Alger. Le temps de rencontrer le président algérien, à qui il a transmis un message de la part d’Assimi Goïta. La visite du Premier ministre malien à Alger marque les prémices du dégel diplomatique entre les deux capitales, alors que les relations étaient, depuis plus d’un an, marquées par de fortes tensions. Mi-août, Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune avaient, sur l’impulsion de leur allié russe commun, déjà amorcé cette reprise du dialogue.« Le Mali et l’Algérie sont condamnés à cheminer ensemble, à œuvrer dans le sens de la prospérité pour les deux peuples », a déclaré Abdoulaye Maïga à l’issue de son entretien avec Abdelmadjid Tebboune. Le Premier ministre malien a par ailleurs assuré qu’Assimi Goïta devrait effectuer « prochainement » une visite d’État en Algérie.

  Enfin  rappelons la permanence du soutien de l’Algérie aux peuples palestinien et sahraoui qui s’est notamment manifesté au cours de ses deux années de présence au Conseil de sécurité de l’ONU en 2024 et 2025.

 

Une nouvelle Constitution et de nouvelles lois

  Un an après sa prise de fonction à la tête de l’Etat algérien, le Président Tebboune promulguait le  30 décembre 2020, une nouvelle Constitution qui rappelait dans la continuité des Constitutions précédentes : «  Art. 31. L'Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d'autres peuples. Elle s'efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques ». Et elle précisait,  en rupture avec la doctrine de non-intervention de l’armée algérienne hors de ses frontières : « L’Algérie peut, dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la Ligue des Etats Arabes, participer au maintien de la paix. » Peu d’observateurs à l’époque avaient souligné ce changement important (Lire sur mon blog www. bernard-deschamps.net à la date du 9 mai 2020).

 

  L’Algérie a doublé en 2022 son budget militaire. En 2026, le budget de la Défense nationale s’élève à 3 205 milliards de dinars (20 811 024 025 euros)  soit 20 % du budget national. C’est à peu près le pourcentage de celui de la Fran ce. 

  L’Algérie est le 5e plus grand importateur d'armement  au monde pour la période 2012-2016, derrière l’Inde, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et la Chine. Selon le SIPRI, un institut spécialisé dans les questions de défense basé à Stockholm, la Russie reste son premier fournisseur  avec 60% des achats. 

  L’Algérie n’est pas membre de l’OTAN. Elle est associée à l’OTAN ainsi que six autres pays méditerranéens, le Maroc, l’Égypte, la Mauritanie, la Tunisie, la Jordanie, et Israël au sein du Dialogue méditerranéen (DM), auxquels il convient d’associer la Macédoine. Le DM a été créé en 1994 afin « plus particulièrement » de lutter contre le terrorisme.». L’Algérie a toujours refusé l’installation du Commandement  des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), créé par le Département de la Défense des  États-Unis en 2007 et qui coordonne toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur ce continent

 

  Le 8 juillet 2024, à deux mois de l’élection présidentielle du 7 septembre, le Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire a publié un décret du président Tebboune qui codifie les modalités de détachements de militaires à la tête de certaines administrations civiles publiques.  « au sein des secteurs stratégiques et sensibles en termes de souveraineté et d’intérêts vitaux pour le pays  »  (Article 8).

  Quelques mois plus tard, le 19 novembre 2024, le général Saïd Chengriha, Chef d'État-Major de l’ANP  était nommé ministre-délégué auprès du Président de la République également ministre de la Défense nationale, à l’instar de la promotion  du Général Khaled Nezzar le 25 juillet 1990,  lors de la montée du terrorisme islamique.

  Enfin, en juillet 2025,  l’Algérie a adopté et mis en vigueur une loi sur la mobilisation générale pour encadrer le passage de l'état de paix à l'état de guerre.

 

Comment expliquer ce changement de paradigme ?

  Il faut,  à mon avis, lire ces changements à la lumière de l’histoire de l’Algérie indépendante, de l’évolution du régime capitaliste algérien dans une situation géostratégique marquée par la nouvelle politique expansionniste de l’impérialisme US et sa volonté de remodeler le Proche et le Moyen Orient et par les menaces qui en découlent.      Dans un pays profondément et durablement marqué par la guerre d’Indépendance qui a forgé un fort attachement patriotique, le régime algérien qui sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika privilégiait l’expansion d’une bourgeoisie algérienne, s’est ouvert sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, aux investissements étrangers dans le cadre des BRICS (Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud, l'Iran, l'Égypte) opposés à l’hégémonie du dollar, à la banque desquels l’Algérie a adhéré en 2026. L’Algérie qui n’a pas rejoint les Accords d’Abraham de normalisation avec Israël et n’a pas participé à la récente Rencontre secrète de sept pays arabes et qui soutient le droit du Peuple palestinien à un Etat indépendant et le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui vit sous la menace d’une intervention d’Israël et de ses allées notamment le Maroc et les Emirats arabes unis avec lesquels elle a rompu ses relations diplomatiques.

  La sécurisation de 6 511 km de frontières terrestres, dans un  environnement instable, troublé par de nombreux conflits, pose de  délicats problèmes militaires et politiques à l’Algérie encerclée par trois bases américaines  installées en Libye, en Tunisie et au Niger et par des bases françaises.

  « Le soft power algérien longtemps fondé essentiellement sur l’héritage révolutionnaire et tiers-mondiste a fait preuve de ses limites, comme le démontre les évolutions récentes liées soit au revirement de certains pays africains sur le dossier du Sahara occidental ou dans leur relation directe avec Alger. » indique Brahim Oumansour

  Dans un rapport publié le 10 septembre 2025 le prestigieux Military Watch Magazine analyse la vulnérabilité croissante des espaces aériens de la région face aux frappes israéliennes. L’Algérie y est présentée comme l’unique exception, dotée d’un bouclier de défense et d’une force de frappe aérienne de premier ordre, basés sur des systèmes russes et chinois de dernière génération comme le S-400 et le Su-35. Cette analyse approfondie  place l’Algérie au centre de l’échiquier stratégique régional.

« Il est fort probable – estime Brahim Oumansour -  que l’intervention militaire algérienne au Niger s’inscrive dans la durée, d’autant que le cadre juridique, les moyens financiers et militaires le permettent ». Mais l’Algérie n’en continue pas moins de privilégier une politique de Paix.

Bernard DESCHAMPS

20 septembre 2026

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commentaires

L
Cher Bernard DESCHAMPS, <br /> <br /> Ton analyse me paraît intéressante, mais je pense qu’on peut encore approfondir la dialectique entre la contradiction principale à l’échelle internationale et les contradictions de classe propres à chaque pays.<br /> <br /> Mao nous rappelle qu’il ne faut jamais traiter toutes les contradictions comme si elles étaient placées au même niveau. Dans une situation historique donnée, une contradiction devient principale et détermine temporairement la place et le mode de traitement des autres. Il donne notamment l’exemple d’un pays soumis à l’impérialisme dans lequel la contradiction entre l’impérialisme et la nation devient momentanément principale, sans que les contradictions de classe internes disparaissent pour autant.<br /> <br /> C’est à mon sens une clé pour comprendre la période actuelle. Je parlerais plutôt de contradiction entre l’impérialisme et les forces qui combattent sa domination que de simple contradiction « impérialisme contre BRICS ». Les BRICS ne sont évidemment pas un bloc socialiste, ni un bloc international homogène et ne constituent pas une panacée. Mais ils représentent aujourd’hui une forme majeure de la recomposition du rapport de forces mondial : des États issus pour partie du monde socialiste et, plus largement, du mouvement historique des peuples du tiers monde cherchent à desserrer l’emprise politique, financière, monétaire et militaire de l’impérialisme occidental, avec l’impérialisme américain en position centrale.<br /> <br /> Cela permet aussi de comprendre autrement le rôle de la Russie, comme actrice du monde multipolaire.<br /> <br /> Dire qu’elle est une puissance capitaliste ne suffit pas à déterminer sa place dans chaque contradiction internationale. Une puissance capitaliste peut avoir ses propres intérêts et néanmoins contribuer, dans une situation donnée, à faire reculer l’impérialisme dominant. Mao rappelait déjà, à propos de la bourgeoisie nationale, qu’une classe pouvait être simultanément en contradiction avec l’impérialisme et en contradiction avec les masses populaires. C’est précisément cette double détermination qu’il faut saisir.<br /> <br /> La même dialectique vaut pour l’Algérie.<br /> <br /> Il faut évidemment partir de ce que tu écris toi-même : l’Algérie est un État capitaliste. La bourgeoisie algérienne et l’appareil d’État ont donc leurs intérêts propres. Mais cela ne signifie nullement que leur opposition à certaines entreprises impérialistes serait sans importance ou qu’il faudrait mettre sur le même plan l’État algérien et les puissances impérialistes qui cherchent à maintenir leur domination sur l’Afrique.<br /> <br /> C’est ici que la tradition du PADS et la notion de soutien critique me paraissent particulièrement utiles. Le mouvement communiste peut soutenir concrètement tout ce qui contribue à la souveraineté nationale, au recul de l’ingérence impérialiste, à la coopération Sud-Sud et à l’émancipation des peuples, sans abandonner une seconde son indépendance politique et idéologique à l’égard de la bourgeoisie algérienne.<br /> <br /> Autrement dit, soutenir la résistance à l’impérialisme ne signifie pas soutenir sans réserve le gouvernement qui la mène. Et inversement, rappeler que l’Algérie est capitaliste ne doit pas conduire à une neutralité abstraite entre Alger et les puissances impérialistes. C’est précisément le sens du soutien critique du PADS : soutenir ce qui, objectivement, modifie le rapport de forces contre l’impérialisme ; conserver simultanément toute notre liberté de critique vis-à-vis des intérêts de classe que défend le pouvoir algérien.<br /> <br /> La contradiction de classe ne disparaît donc pas ; elle change de place dans la hiérarchie des contradictions selon la conjoncture internationale. La question pour les communistes algériens est précisément de savoir comment intervenir dans cette contradiction principale sans que la classe ouvrière soit subordonnée politiquement à sa propre bourgeoisie : par des discours religieux ou populistes.<br /> <br /> C’est là, me semble-t-il, que ton article pourrait aller encore plus loin : ne pas opposer « anti-impérialisme » et « analyse de classe », mais montrer comment ils s’articulent dialectiquement. L’Algérie peut contribuer au recul de l’impérialisme tout en restant encore un État capitaliste ; les BRICS peuvent modifier profondément le rapport de forces mondial sans constituer un camp socialiste ; la Russie peut en effet affaiblir l’hégémonie impérialiste américaine sans cesser bien évidemment de défendre ses propres intérêts de puissance.<br /> <br /> C’est justement parce que nous refusons les lectures binaires qu’une analyse marxiste-léniniste de ces transformations est nécessaire.<br /> <br /> Cette évolution de la politique extérieure et militaire de l’Algérie doit enfin être appréciée à partir de la position des communistes algériens. Le Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme (PADS) fournit à cet égard une grille de lecture particulièrement intéressante : combattre l’impérialisme et défendre la souveraineté des peuples sans jamais confondre cette lutte avec le soutien politique aux gouvernements bourgeois.<br /> <br /> Le PADS ne se contente pas de proclamer son opposition à l’impérialisme. Il prend position concrètement. Il a condamné l’agression américaine contre le Venezuela en janvier 2026 et affirmé sa solidarité avec le peuple vénézuélien et avec les communistes engagés dans la lutte contre l’impérialisme et l’exploitation capitaliste. Il a également dénoncé l’agression israélienne et impérialiste contre l’Iran, réaffirmé son soutien au peuple palestinien et appelé les travailleurs et les forces populaires à se mobiliser contre la guerre, la recolonisation et la barbarie capitaliste.<br /> <br /> Cette solidarité internationaliste n’est toutefois pas un alignement géopolitique. C’est là un point essentiel. Dans ses textes récents, le PADS rappelle que la lutte contre l’impérialisme, contre les guerres et pour le communisme constitue un ensemble de combats liés, mais qu’ils ne doivent jamais conduire la classe ouvrière à choisir un camp impérialiste contre un autre. Il affirme parallèlement la nécessité de révéler les intérêts de classe qui se trouvent derrière les conflits internationaux et de défendre l’indépendance politique de la classe ouvrière à l’égard de toutes les forces capitalistes.<br /> <br /> Cette position permet de comprendre ce que pourrait être, dans les conditions algériennes, un véritable soutien critique. Les communistes peuvent soutenir toute mesure qui contribue à défendre la souveraineté nationale, à repousser l’ingérence impérialiste, à renforcer la coopération entre peuples africains et à faire reculer les anciennes puissances coloniales, sans pour autant renoncer à leur propre programme de classe. Le PADS rappelle d’ailleurs que les communistes algériens ont historiquement soutenu les mesures économiques et sociales favorables aux masses populaires tout en conservant leur critique du pouvoir et de ses orientations contraires aux intérêts des travailleurs.<br /> <br /> Cette distinction est décisive pour analyser aujourd’hui le rapprochement de l’Algérie avec les BRICS, la Russie ou la Chine. Ces évolutions peuvent objectivement contribuer à modifier le rapport de forces mondial et à desserrer la domination de l’impérialisme occidental. Mais elles ne suppriment ni le caractère capitaliste des États concernés ni les contradictions entre leurs classes dirigeantes et leurs peuples. Le renforcement d’un monde multipolaire n’est donc pas, en lui-même, l’avènement du socialisme.<br /> <br /> C’est précisément ici que l’expérience du PADS prend toute sa portée. Le communiste algérien ne doit être ni l’auxiliaire de l’impérialisme qui cherche à affaiblir son propre pays, ni le simple relais de la bourgeoisie nationale lorsqu’elle défend ses intérêts propres contre les puissances étrangères. Il doit être indépendant sur le terrain de classe, tout en sachant distinguer la contradiction principale des contradictions secondaires. Ainsi, lorsqu’une puissance impérialiste menace la souveraineté de l’Algérie, la première tâche est de faire échec à cette agression. Mais lorsque le pouvoir algérien défend les intérêts du capital contre les travailleurs, la lutte de classe demeure pleinement à l’ordre du jour. Les deux positions ne sont pas contradictoires : elles correspondent à deux niveaux de la réalité et doivent être articulées dialectiquement.<br /> <br /> C’est la raison pour laquelle la question du Niger ne peut être réduite à la seule intervention militaire algérienne. Il faut soutenir le droit des peuples sahéliens à disposer d’eux-mêmes et combattre les entreprises de recolonisation ou de domination impérialiste ; mais il faut analyser les intérêts propres de l’État algérien, de sa bourgeoisie et de son appareil militaire. La souveraineté nationale ne doit jamais devenir un substitut à l’émancipation sociale. La ligne du PADS pourrait ainsi être résumée par une formule : soutenir ce qui affaiblit l’impérialisme, soutenir les peuples qui combattent pour leur souveraineté, mais construire en même temps l’indépendance politique et l’organisation de la classe ouvrière pour le socialisme. Ses prises de position récentes (de la Palestine au Venezuela, de l’Iran à la solidarité avec les communistes indiens) montrent concrètement cette articulation entre internationalisme prolétarien, lutte anti-impérialiste et indépendance de classe. C’est sans doute dans cette dialectique qu’il faut comprendre la transformation de la politique extérieure algérienne : l’Algérie peut contribuer au recul de l’impérialisme sans être devenue socialiste ; les BRICS peuvent modifier profondément le rapport de forces mondial sans constituer un camp socialiste ; et la bourgeoisie algérienne peut défendre la souveraineté nationale tout en demeurant une classe avec laquelle le prolétariat conserve une contradiction fondamentale.<br /> <br /> L’enjeu pour les communistes n’est donc pas de choisir entre l’anti-impérialisme et la lutte de classe. Il est de savoir comment faire de chaque recul de l’impérialisme une condition favorable à l’émancipation des peuples et, finalement, à l’émancipation de la classe ouvrière elle-même.
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D
Merci cher camarade. Ton commentaire très fouillé complète mon texte de bonne façon. Le développement sur le PADS est notamment bien venu. Cordialement. BD

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