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Constantes et évolutions
Une étude de Bernard DESCHAMPS
UNE CONSTANTE : SA POLITIQUE DE PAIX
Durant son mandat de deux ans - 2024-2025 - en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, l’Algérie a défendu les intérêts africains et en œuvrant pour la résolution pacifique des crises mondiales.[…] En sa qualité de coordinateur du groupe A3+, composé de l’Algérie, de la Sierra Leone, de la Somalie et du Guyana, le pays a travaillé à renforcer l’unité africaine au sein du Conseil de sécurité.(1)
Y a-t-il un infléchissement au sujet de la Palestine ?
Le 17 novembre, treize votes favorables ont été recueillis au Conseil de sécurité de l'ONU pour adopter la proposition américaine visant à enclencher la deuxième phase du plan de paix de Donald Trump dans la bande de Gaza afin de garantir la permanence du cessez-le-feu dans l'enclave palestinienne. La Russie et la Chine se sont abstenues.
L’Algérie, qui a milité durant ces deux dernières années comme membre non permanent du Conseil de sécurité pour arrêter la guerre à Gaza, fait partie des treize pays votants et a été remerciée par le président américain pour ce vote dans un message aux États appuyant cette résolution. (2)
Lors d’une conférence de presse à Alger, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf […] a reconnu que le plan américain comportait « des lacunes » et « certaines ambiguïtés », tout en admettant que le texte ne répondait pas aux « causes profondes » du conflit palestinien.
Selon Attaf, ce vote s’inscrit dans une logique de « priorité humanitaire » visant à renforcer le cessez-le-feu. Il a affirmé que l’Algérie ne pouvait se dissocier du « consensus arabo-islamique » et de la position des Palestiniens eux-mêmes, un argument jugé défensif par plusieurs observateurs.[…] « Nous espérons que cela contribuera à soulager les souffrances du peuple palestinien », a-t-il déclaré.[…] (3)
Le 4 décembre 2025 (Anadolu Ajensi), lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko, le Président Tebboune a déclaré : « En ce qui concerne la question palestinienne, nous avons rappelé qu'il n'y aura pas de paix au Moyen-Orient sans une solution juste qui rétablisse les droits du peuple palestinien sur la base de la légitimité internationale et sans la création d'un État palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale ».
Et au sujet du Sahara Occidental ?
Le projet de résolution sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un referendum au Sahara occidental (Minurso), résultant d’un forcing inédit de la délégation des États-Unis, a été adopté hier par 11 voix favorables, alors que la Chine, la Russie et le Pakistan se sont abstenus. L’Algérie a marqué ses distances par rapport au texte, en ne participant pas au vote.
Dans une prise de parole, à l’issue de l’adoption, l’ambassadeur Amar Bendjama, représentant permanent de l‘Algérie aux Nations unies, a tenu à préciser que l’Algérie, «en toute responsabilité, a tenu à illustrer sa prise de distance, avec un texte qui ne reflète pas la doctrine onusienne en matière de décolonisation». […] le représentant de l’Algérie regrette, en substance, l’imposition du cadre de l’autonomie avancé par le Maroc, comme base de négociations, notant que le texte est pour le moins en deçà des aspirations du peuple sahraoui. »(4)
Tensions avec le Mali et les pays du Sahel
Alors que l’Accord d’Alger, jamais appliqué, conclu en 2015, entre le Mali et la majorité des groupes armés, aurait pu instaurer la paix, le quotidien français Le Monde du 16 janvier 2026, note : « Entre l’Algérie et le Mali, une crise de voisinage qui s’enlise. Alors que les djihadistes défient de plus en plus ouvertement ouvertement Bamako, les tensions entre les autorités algériennes et maliennes ne cessent de s’aviver autour de leur frontière commune de 1 300 km. (5)
CE QUE NOUS DIT LE BUDGET DE L’ETAT POUR 2026
Adopté par le Parlement et promulgué le 31 décembre 2025, le budget de l’Etat s’élève en dépenses (crédits de paiement) à 17 636 662 280 000 DA, en augmentation de 5% par rapport à 2025 pour une inflation de 1,7% (?).(6)
Le tableau ci-dessous, à partir des calculs que j’ai effectués, confirme la volonté de l’Etat algérien de réindustrialisation et de diversification hors hydrocarbures et de développement de l’agriculture, du tourisme, du logement et l’amélioration de l’environnement. Par contre le budget Start-up stagne en dépit des engagements du Président Tebboune.
A noter, un effort appréciable en direction de la jeunesse.
Malgré un léger fléchissement, le budget de la Défense nationale qui avait été doublé en 2023, représente toujours environ 1/5e du budget total (18,17%)
Budgets en augmentation
- Maîtrise de l’énergie, énergies nouvelles et renouvelables : + 824,53%
- Industrie : + 337,66%
- Industrie pharmaceutique : + 207,72%
- Services du Premier ministre : + 64,29%
- Hydraulique : + 66,60%
- Présidence de la République : + 51,40%
- Environnement, qualité de la vie : 43%
- Logement : + 39,98%
- Tourisme : + 38,70%
- Jeunesse : + 29,27%
- Travaux publics et infrastructures de base : + 25,29%
- Agriculture : + 10,51%
-Education nationale : + 7,87%
- Formation et enseignement professionnel : + 7,77%
- Solidarité nationale, famille et condition de la femme : +5,66%
- Enseignement supérieur et recherche : + 4%
- Système de protection sociale : + 3,67%
- Santé : + 0,69%
Budgets en diminution
- Patrimoine historique et culturel : - 49,9 %
- Start-up et entreprenariat : - 29,70%
- Electricité et gaz : - 25%
- Défense nationale : - 4,3%
- Répression de la corruption : - 4%
RELANCE DE L’INDUSTRIE, HORS HYDROCARBURES ET DEVELOPPEMLENT DE L’AGRICULTURE
Confirmés par la Banque mondiale
« L’année 2025 a marqué une étape déterminante dans le processus de redéploiement in dustriel en Algerie. Les nombreuses mises en service, inaugurations et lancements de projets structurants enregistrés durant cette période ont concerné des secteurs stratégiques clés, notamment l’industrie manufacturière, les mines, l’eau, l’énergie, l’agro-industrie et la pharmacie.
Cette dynamique a reflété une orientation stratégique claire en faveur du renforcement de la souveraineté économique nationale et de la réduction des dépendances structurelles. Dans l’ouest du pays, le pôle industriel d’Oran, et plus particulièrement la zone de Tafraoui, s’est imposé comme l’un des principaux foyers de cette relance industrielle. (7)
Des exemples d’industrialisation
L’usine Fiat Algérie et l’entrée en service de plusieurs usines spécialisées dans la fabrication de sièges automobiles, de systèmes d’échappement, de composants plastiques techniques et d’équipements embarqués. Une méga-usine de pneumatiques, issue d’un partenariat sino-algérien. L’opérationnalisation de la mine de fer de Gara Djebilet, située dans la wilaya de Tindouf, permettant l’acheminement du minerai vers le nord du pays sur plus de 2.000 km. Le groupe public Getex a procédé à la relance et à l’inauguration de plusieurs unités de production à Relizane et Tlemcen. Dans l’agro-industrie, le projet Baladna, développé en partenariat avec le Qatar. Les premières centrales solaires du programme national de développement des énergies renouvelables ont été raccordées au réseau électrique, notamment dans les wilayas de Laghouat, Béchar et Ouargla. La montée en puissance de l’industrie pharmaceutique algérienne qui a couvert environ 82% des besoins nationaux en médicaments, confirmant le positionnement de l’Algérie comme un hub continental, avec près de 30% des unités pharmaceutiques africaines, soit environ 218 usines. A Constantine, à Staouéli, dans la wilaya d’Alger, renforçant les capacités nationales en antibiotiques et anesthésiques injectables. À Alger, une nouvelle ligne de production de traitements d’oncologie. Le groupe public Saidal, production locale d’insulines de dernière génération, permettant de couvrir le marché national et d’envisager des exportations vers l’Afrique. (8)
LA SITUATION SOCIALE
L’inflation a-t-elle diminué ?
Elle serait descendue à 1,7% selon la Banque mondiale.
« La baisse des prix des produits alimentaires frais a continué de soutenir la décélération de l’inflation aux neuf premiers mois de l’année 2025, l’inflation globale atteignant 1,7 % en glissement annuel. Après avoir amorcé une hausse en 2021 (7,2 %), puis s’être accélérée en 2022 (9,3 %) et stabilisée en 2023 (9,3 %), l’inflation a nettement ralenti en 2024 (4,0 %). La désinflation alimentaire, passée de 13,3 % en 2023 à 3,3 % en 2024, a soutenu le pouvoir d’achat des ménages, notamment parmi les catégories à revenu faible, pour lesquelles les pro
duits alimentaires représentent plus de la moitié des dépenses. La tendance désinflationniste s’est poursuivie aux neuf premiers mois de l’année 2025, avec une inflation globale de 1,7 % en glissement annuel. Les prix alimentaires ont baissé de 1,7% en glissement annuel » (9)
Le Fond monétaire international ne mentionne pas ce chiffre mais confirme une forte décélération. « L'inflation a fortement diminué, passant d'une moyenne annuelle de 9,3 % en 2023 à 4 % en 2024, principalement sous l'effet d’une progression plus faible des prix des denrées alimentaires, mais l'inflation hors énergie et alimentation a également reculé. » (10)
FMI, Communiqué de presse 25/2265
Selon l’économiste Belkacem Boukhrouf, ces chiffres ne reflètent pas fidèlement la réalité vécue par les citoyens. Pour les produits alimentaires, les tendances sont contrastées. Les produits agricoles frais ont globalement baissé de 1,3 %, avec des diminutions importantes pour les fruits (-10,7 %), le poulet (-7,0 %), les légumes (-3,9 %) et les œufs (-3,6 %). À l’inverse, certains produits stratégiques comme les pommes de terre (+9,0 %) et la viande rouge (+0,3 %) enregistrent des hausses. Quant aux produits alimentaires industriels, ils sont restés stables, tandis que les services ont connu une légère progression de 0,2 %.
L’économiste Belkacem Boukhrouf insiste sur le fait que le rapport est centré sur la wilaya d’Alger, ce qui « n’est pas représentatif de la morphologie économique globale du pays ». Car ne rend pas compte du pouvoir d’achat effectif des ménages, en particulier dans les wilayas hors capitale où les prix et les coûts de consommation peuvent être plus volatils et plus élevés.(11)
L’augmentation des salaires et des pensions
Décidée par le président de la République, lors du Conseil des ministres du 30 novembre dernier, l’augmentation du Salaire national minimum garanti de 20.000 DA à 24.000 DA est définitivement actée.
La publication, dans le premier numéro du Journal officiel de cette année, du décret présidentiel n° 26-01 du 18 Rajab 1447 correspondant au 7 janvier 2026 fixant le nouveau SNMG, acte son entrée en vigueur. Le texte explique, dans son 1er article, que le Salaire national minimum garanti (SNMG) correspond à une durée légale hebdomadaire de travail de 40 heures, équivalent à 173,33 heures par mois, et il est fixé à 24.000 DA/mois, soit un taux horaire de 138,46 DA, contre 115,38 DA/heure auparavant, lorsque le SNMG s’élevait à 20.000 DA.
Elle doit, selon les experts, provoquer un ajustement des salaires sur l'ensemble de la grille nationale, afin de garantir la cohérence et l'équité au sein du système de rémunération, car sans un glissement salarial des catégories supérieures au SNMG, le risque serait de voir un tassement des revenus, où les différences entre les salaires minimums et ceux des catégories socioprofessionnelles juste au-dessus s'amenuiseraient, sanctionnant, de facto, les qualifications et l'expérience. (12)
Des emplois sont créés, le chômage diminue
Selon Trading Economics dont le siège est à New York : « Le taux de chômage en Algérie est passé de 12,35 % au quatrième trimestre 2022 à 11,70 % au quatrième trimestre 2023. Il a été en moyenne de 17,62 % entre 1991 et 2024, atteignant un pic historique de 31,84 % en 1995 et un record bas de 9,82 % en 2013.
L’ONS (Office national - algérien - de la Statistique, 9 mars 2025) vient de revoir à la baisse le taux de chômage en Algérie, en le portant à 9,7% pour l’année 20alors qu’il l’avait estimé à 12,7% à octobre 2024, soit un chiffre proche de celui donné en 2023 (12,25%) par les institutions financières internationales.
L’OIT (Organisation Internationale du Travail retient le chiffre de 11,4% pour l’année 2024.
La Banque mondiale (Rapport, Algérie, automne 2025) écrit : « Bien qu’aucune donnée sur l’emploi et le chômage ne soit encore disponible pour 2025, la création d’emplois est estimée en hausse, en ligne avec cette dynamique de croissance soutenue. » (13)
LA LOI SUR LE CARACTERE CRIMINEL DE LA COLONISATION
L’adoption, le 24 décembre, par l’Assemblée populaire nationale (APN) de la loi criminalisant les crimes coloniaux français constitue une étape politique majeure dans la consolidation de la souveraineté mémorielle, plaçant l’Algérie, sur le Continent africain, à l’avant-garde de la lutte pour la reconnaissance de la vérité historique et pour la réparation. C’est qu’a indiqué, hier, Abdelkader Soufi, expert en politique internationale
Qualifiée de « première africaine », M. Soufi a déclaré que cette loi, en inscrivant la question mémorielle dans le champ du droit, établit « un cadre juridique clair pour qualifier, reconnaître et condamner les crimes commis par le colonialisme français en Algérie entre 1830 et 1962 » (14)
Adoptée par l’APN, des réserves sont émises par le Conseil de la Nation
« Le Conseil de la nation a émis, ce jeudi 22 janvier 2026, à l’unanimité, des réserves sur le vote de 13 articles de la proposition de loi portant criminalisation de la colonisation française en Algérie. Une commission paritaire réunissant des membres des deux chambres du Parlement examinera les articles concernés pour arriver à une formulation consensuelle.
Il s’agit des articles 1, 5, 7, 9, 10, 15, 16, 17, 18, 20, 21, 25 et 26. Les autres articles du même texte ont été adoptés. […] certains articles doivent être réécrits pour être au diapason de la position nationale pour ce qui est de la question de la mémoire, notamment les dispositions relatives aux «excuses» et au «dédommagement» qui «ne sont pas conformes», [a-t-il dit,] avec «l’orientation nationale définie par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui repose sur la demande d’une reconnaissance explicite des crimes coloniaux sans l’indemnisation ou l’excuse». (15)
LIBERTE, J’ECRIS TON NOM…
Un projet de loi qui inquiète les partis politiques
Adopté en Conseil des ministres fin décembre 2025 et en attente d’examen parlementaire, le projet de loi organique sur les partis politiques introduit des seuils chiffrés inédits en matière d’implantation territoriale et d’adhésion. Présentées comme des instruments de rationalisation du pluralisme, ces exigences redessinent en profondeur les conditions de création, d’existence et de survie des formations politiques en Algérie.
Au-delà d’une simple actualisation de la loi organique de 2012, le projet traduit une inflexion nette : il vise moins à élargir le pluralisme qu’à restructurer et rationaliser l’offre partisane, dans un contexte marqué par la persistance d’une lecture sécuritaire de l’activité politique. (16)
Des prisonniers d’opinion en Algérie ?
Ils seraient 200 selon Médiapart (26 mars 2025) ; 250, selon le quotidien algérien Le Matin (28 juillet 2025). Rappelons que la Ligue algérienne des droits humains a été dissoute en 2022 par le tribunal administratif d’Alger. Pour mémoire, ils sont 174 selon Amnesty au Maroc (38 millions d’habitants) et 80 selon Huma Right Watch en Tunisie (12 millions d’habitants) ; des milliers selon Amnesty en Egypte (118 millions d’habitants).
Boualem Sansal gracié le 12 novembre 2025. Emprisonné depuis le 16 novembre 2024, est condamné le 27 mars 2025 à une peine de cinq ans de prison ferme et à une amende de 500 000 dinars pour un article dans la presse française remettant en cause les frontières de l’Algérie. Il est gracié par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le 12 novembre 2025, sur demande de l'Allemagne.
Le journaliste sportif français Christophe Gleizes, après 13 mois de contrôle judiciaire, est condamné pour l’interview de dirigeants du MAK (terroriste), à sept ans d'emprisonnement par le tribunal de Tizi Ouzou, peine confirmée en appel le 3 décembre 2025.
Le journaliste algérien Ihsane El Kadi gracié et libéré le 1er novembre 2024. Jugé en juin 2022 pour un article publié le 23 mars 2021 dans lequel il prône « l'inclusion » dans le Hirak du groupe Rachad (anciens terroristes du FIS recyclés), il est condamné par le tribunal de Sidi M’Hamed, à Alger, à six mois de prison ferme sans mandat de dépôt et 50 000 dinars d’amende (322 euros).
Il est de nouveau arrêté dans la nuit du 23 au 24 décembre 2022 et les locaux des sites Radio M et Maghreb Emergent sont perquisitionnés et mis sous scellés. Poursuivi sur la base d’articles du code pénal (notamment l’article 95 bis) il a été placé en détention provisoire jeudi 29 décembre 2022.
Le 2 avril, le tribunal de Sidi M'Hamed à Alger condamne Ihsane El Kadi, à cinq années de prison, dont deux ans fermes. Sa peine est alourdie en appel : il est condamné à sept ans de prison, dont cinq fermes, le 18 juin.
Le 12 octobre 2023, la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire d'Algérie, a rejeté les pourvois en cassation déposés par ses avocats. C’était l’ultime recours en justice possible, et le jugement le condamnant à sept ans de prison, dont cinq fermes, devient définitif.
Le 5 juillet 2024, à l'occasion de la Fête de l'Indépendance, il bénéficie d'une grâce présidentielle partielle et sa peine est réduite à trois ans fermes du fait de son âge excédant les 65 ans.
Le 1er novembre 2024, Ihsane El Kadi, emprisonné depuis fin de 2022, est libéré de la prison d'El-Harrach après une grâce présidentielle accordée à l'occasion du 70e anniversaire de la Déclaration du 1er novembre 1954, marquant le début de la guerre d'indépendance algérienne.
L’ALGERIE S’APPRËTE-T-ELLE A REMETTRE EN VIGUEUR LA PEINE DE MORT NON APPLIQUEE DEPUIS 1993 ?
Dans une correspondance officielle datée du 10 janvier 2026, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Lotfi Boudjema, a apporté des éclaircissements détaillés sur la position de l’Algérie concernant la peine de mort et la notion de Qissas (loi du Talion) dans le droit positif national. Le document rappelle d’emblée que, si la peine de mort demeure inscrite dans le droit pénal algérien en tant que sanction pénale ultime, elle est encadrée par une philosophie punitive fondée sur la dissuasion générale et la protection de l’ordre public. Son champ d’application reste limité à des crimes d’une gravité exceptionnelle, entraînant des atteintes jugées particulièrement lourdes à la vie des personnes, à la sécurité, à l’économie nationale ou à la santé publique.
Sont notamment cités le meurtre volontaire, l’enlèvement, les actes qualifiés de terroristes ou de sabotage grave, ainsi que certaines infractions liées aux stupéfiants, dans des cas strictement définis par la loi. Depuis 1993 : l’Algérie observe un moratoire de fait sur l’application de la peine de mort.
Décembre 2020 : le pays a réitéré cet engagement en approuvant la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies appelant à la suspension des exécutions. Cette position s’inscrit dans le cadre des obligations internationales de l’Algérie, découlant notamment de son adhésion au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté en 1966 et ratifié par l’Algérie en 1989 par décret présidentiel. L’article 6 de ce pacte consacre explicitement le droit à la vie comme un droit inhérent à la personne humaine.
L’un des axes centraux de la réponse ministérielle porte sur la distinction entre la peine de mort dans le droit positif et le Qissas ( loi du talion), tel qu’il est conçu par la charia islamique.
Le ministère de la Justice reconnaît explicitement que la question de l’intégration des objectifs de la charia dans le champ de la justice pénale demeure un sujet de débat parmi les juristes et les spécialistes du droit islamique.
La charia étant reconnue comme l’une des sources du droit, conformément aux dispositions du Code civil, cette approche ouvre la voie à une interprétation souple des textes et à une application visant la réalisation de l’équité, à l’instar de certaines législations en vigueur dans des pays arabes et musulmans. » (17)
Bernard DESCHAMPS
Janvier 2026
1- La Voie l’Algérie, 22 décembre 2025-
2- Le point (France), 24/11/2025
3- APA,news Janvier 2026
4- El moudjahid, 31/10/2025
5- Le Monde du 16 janvier 2026
6- Journal officiel de la RADP, n°88 du 31 décembre 2025
7- Banque mondiale, Algérie. Rapport de suivi de la situation économique
8- La Voie de l’Algérie, 28 décembre 2025
9- Banque mondiale, rapport cité
10- FMI, Communiqué de presse 25/2265
11- Maghreb Emergent (opposition), 22 janvier 2026
12 El moudjahid, 14 janvier 2026
13- Trading Economics
14- Le jeune indépendant (DZ), 24 décembre 2025
15- El moudjahid, 22 janvier 2026
16- Le Matin d’Algérie, 10 janvier 2026
17- Le Matin d’Algérie, 18 janvier 2026
