/image%2F1405552%2F20260131%2Fob_a9486b_622352916-1426725716022021-72306039845.jpg)
El Moudjahid
30 janvier 2026
« La présidente de l’Association France-Algérie, (AFA), Mme Ségolène Royal, s’est dit impressionnée par l’évolution de l’Algérie.
Lors d’une conférence de presse, qu’elle a animée jeudi soir à l’hôtel El-Aurassi, dans le cadre de sa visite, à l’invitation de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), Mme Royal elle a affirmé avoir «rencontré des entreprises, des start-up et des jeunes en formation dans les grandes écoles».
«Je me suis ainsi rendu compte de l'évolution de l'Algérie, qui n'est plus la même que celle d’il y a 10 ans, quand je suis venue précédemment en tant que ministre de l'Environnement, en 2016», a-t-elle soutenu. Avant de retourner en France, la présidente de l'Association France-Algérie (AFA) a rencontré le journaliste Christophe Gleizes, dans son lieu d’incarcération. « J'ai demandé à Monsieur le ministre de la Justice, garde des Sceaux, de me permettre de rendre visite à Christophe Gleizes. Il m’a autorisée à le faire et je l'en remercie. Je lui rendrai visite vendredi à l’établissement pénitentiaire où il se trouve», a-t-elle révélé, lors de la rencontre avec la presse. Elle a estimé que le seul fait d’avoir été autorisée à rencontrer Christophe Gleizes «est vraiment l’aboutissement d’une visite réussie, c’est important comme signal». Elle a également rendu hommage à l’attitude de la famille du détenu, affirmant que «le comportement de ses parents et de son avocat a beaucoup joué et pesé pour cette décision positive».
«Je vais essayer de convaincre Macron»
Sur un autre volet, et réagissant aux critiques d'une partie de la presse française contre sa visite en Algérie, Mme Royal répond sans détour : «C'est la peur de la vérité et de ma liberté de parole.» Et de poursuivre : «C’est quand on voit, justement, qu'il y a des réactions de violence et de méchanceté qu'on se rend compte de la difficulté de la réconciliation. Et ça donne encore plus de force, parce que cette réconciliation, qui passe par la reconnaissance de ce qui s'est passé, est facile à faire pour la France.» Elle persiste et signe : «Ce serait tellement simple que la France fasse un geste de reconnaissance, qui se traduirait formellement par la restitution des biens culturels, des archives, du canon d'Alger, des dépouilles qui sont encore au musée de l'Homme, pour qu'ils soient correctement inhumés, et, bien sûr, du dossier sur les essais nucléaires.»
La restitution par la France officielle des archives et des biens culturels de l’Algérie «peut se faire en 24 heures», a encore insisté Mme Royal. «Je vais essayer de convaincre le Président Emmanuel Macron de faire ce geste (…) Il ne s’agit pas seulement de rendre des objets, c’est plus profond que ça. Le fait de restituer des objets qui appartiennent à l'Algérie, c'est un signe de reconnaissance par rapport à ce qui s'est passé», a-t-elle dit. En outre, elle fait observer que les attaques et critiques qui l’ont ciblée depuis l’Hexagone «ont porté leurs fruits», et que sa visite à Alger a fait bouger les lignes. «Bizarrement, il y a des dossiers qui s'accélèrent», a-t-elle commenté, confortant son propos par le vote, au Sénat français, de la loi sur la restitution des biens culturels.
«Cela faisait des années que cette loi traînait, et les sénateurs y étaient farouchement opposés», a-t-elle révélé. Sur ce cette question précise, Mme Royal souligne qu'il n'y a pas besoin de la loi tout de suite, parce que sinon, elle prend du temps. «La bonne solution juridique, c'est le dépôt des objets dans les musées, dans les institutions que l’Algérie choisira, pour remettre ces objets», a-t-elle dit. La deuxième accélération de l'histoire, c'est le vote, jeudi dernier en France, d'un amendement parlementaire sur l'ouverture des dossiers concernant les essais nucléaires dans le Sahara. «Tiens ! Je suis là parmi vous, j'en parle depuis plusieurs jours. Ça a été voté ce matin», s’exclame-t-elle.
«Enfin, c’est la première fois qu'un amendement parlementaire donne un délai de six mois au gouvernement, pour communiquer toutes les informations sur les conséquences des essais nucléaires, parce qu'il y a encore des problèmes de santé publique», a-t-elle ajouté. Et d’en tirer une première conclusion : «Vous voyez, je crois que les choses vont avancer, c’est difficile, mais ça avance dans la clarté, dans la parole libre, dans le travail approfondi, pour dire les choses vraies, justes, bien calibrées.» Insistant sur «le bilan très constructif de sa visite en Algérie», elle ne fera pas secret de sa conviction selon laquelle «le Président et le gouvernement algériens ne demandent qu'à renouer ce dialogue, précisément pour régler les questions en suspens et passer à autre chose».
«Je les ai trouvés (les Algériens, ndlr) vraiment très mobilisés sur l'avenir de la jeunesse, et c'est mon cas aussi», a-t-elle argué. Elle en tire, à ce propos, une seconde conclusion : «Il y a une volonté presque affectueuse de continuer à faire des choses avec la France, ceci est un trésor, les liens d'affection qui lient nos deux pays sont un trésor. En dépit d’une histoire d'une grande violence. C'est une chance pour la France d'être encore aimée par les Algériens.»
«C’est à la France de faire le premier pas»
«Notre responsabilité, c’est la transmission», a enchaîné Mme Royal, faisant observer que les jeunes aspirent à la tranquillité et à l’apaisement de la relation entre l’Algérie et la France. « Et c’est à la France de faire le premier pas», assène-t-elle, catégorique. «C’est la France qui a été la puissance coloniale, et que les autres puissances coloniales l’ont fait, des autres pays coloniaux l'ont fait, pourquoi pas nous ? Il faut le faire, c'est simple.
La vraie question, c'est pourquoi ça n'a pas été fait plus tôt ? Ce n'est pas grave, recommençons les efforts, pour que les choses soient faites, et qu'on puisse, justement, tourner la page et passer à autre chose, parce qu’on aura posé cette reconnaissance», a-t-elle expliqué. «L’une des idées du Président Tebboune, poursuit-elle, c'était de faire en sorte que le travail de la commission mixte — qui avait été mise en place et qui ne se réunit plus depuis de longs mois — puisse finaliser son travail. Je vais m'y employer, je vais m'investir personnellement, pour finaliser le travail et l'écriture de l'histoire sur lesquelles les historiens français et algériens ont travaillé.»
Répondant à une autre question sur la faillite présumée de la politique algérienne prônée par la Ve République française, souvent décrite comme une perpétuation de rapports néocoloniaux, d’ingérence et de provocations, Mme Royal affirme : «C'est vrai que si les choses ne vont pas bien, cela prouve que ça n'a pas été une grande réussite, pour employer un euphémisme.» Et elle a immédiatement recentré le débat sur l'avenir. «Ce qui est important, ce qu'on fait aujourd'hui et comment on renoue les fils d'une histoire positive qui va renforcer nos deux pays et qui va faire plaisir à nos deux jeunesses», a-t-elle affirmé. Elle a évoqué les millions de personnes en France concernées par l'Algérie, «victimes d'islamophobie et d'algérophobie», et plaidé pour des «projets positifs» et un règlement rapide de la question mémorielle par le Président français. «Je suis sûre qu'il a envie de le faire (le Président Macron, ndlr), en tout cas, je vais l’en convaincre», a-t-elle appuyé.
Elle dit aussi avoir informé le Président Macron de sa visite en Algérie : «Bien sûr je l'en ai informé, je suis quelqu'un de très poli, qui respecte les institutions, et, en même temps, je suis libre. À mon retour, je vais lui donner les éléments dont je dispose et lui faire part de ma conviction qui est la mienne, à savoir qu’au-delà de péripéties des autres, il y a l'intérêt de nos deux pays, et c’est cette nouvelle alliance qu'il faut vraiment faire avancer.» Mme Royal a estimé par ailleurs que «si l'extrême droite occupe un espace en France, c'est parce qu'en face, il y a trop de faiblesse par rapport à l’approche du futur, à l’égard d’un projet enthousiasmant en lien avec la mise en valeur ou la déconstruction d'un certain nombre de contre-vérités qui nuisent.
Chacun doit faire son travail là où il est, pour contrer des idées toxiques et qui sont contraires aux intérêts de la France». Abordant le volet des relations économiques, la présidente le l’AFA a estimé que «là aussi, il y a une rupture depuis deux ans», indiquant que le président du CREA, Kamel Moula, «est disposé à recevoir le président du Medef à Alger». «J’appellerai le président du Medef et je dirai vous allez à Alger et vous allez discuter pour savoir quelles sont les relations économiques que vous pouvez nouer.» Mais ce qui est important, estime encore Mme Royal, «c’est que l’Algérie ne va pas attendre la France, elle diversifie ses partenariats.
Donc, c'est aussi à la France de se rendre compte que les choses avancent et que si elle veut continuer à être dans ce partenariat, il faut qu'elle se bouge, il faut qu’elle vienne ici». «Et, donc, j'ai bon espoir aussi que chacun prenne conscience de ses responsabilités et puisse avancer dans la bonne direction», a-t-elle conclu.
K. A
