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Près de 8 électeurs sur 10 se sont abstenus
Le Conseil constitutionnel, ce 18 juillet 2026, vient de valider les résultats de l’élection législative du 2 juillet 2026. La participation électorale a été officiellement de 21,24% en Algérie et de 10,75% à l’étranger, contre 23,02 % en 2021 ; 35,37 % en 2017 et 43,14 % en 2012. C’est la participation la plus basse de toute l’histoire de l’Algérie.
Alors que davantage de partis politiques présentaient des candidat.es
Les partis politiques du Pacte démocratique (FFS, RCD, PT, etc) qui, dans le prolongement du hirak, avaient boycotté l’élection de 2021, présentaient des candidat.es le 2 juillet 2026. Au total, 34 partis étaient présents (majorité présidentielle, opposition, indépendants) contre 28 partis en 2021 et 54 partis en 2017.
Quels sont les gains et les pertes ?
Les députés indépendants ne sont plus que 32. Ils étaient 84 depuis 2021.
M. Foudil Djoudi domicilié à La Grand’Combe (Gard) , tête de la liste indépendante Algérie unie est élu député de la zone Sud de la France qui comprend 7 circonscriptions : Bordeaux, Saint-Etienne, Lyon, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice.
Partis du centre et de centre-droit
-Le Front de libération nationale (FLN) recule de 100 à 90 sièges aujourd’hui.
-Le Rassemblement national démocratique (RND) progresse de 60 à 73 sièges.
-Le parti El-Moustakbel progresse de 49 à 59 députés.
-Le Parti Voix du peuple (PVP), progresse de 3 députés à 17.
-El-Fadjr El-Djadid progresse de 2 à 6 députés.
-Le Parti El-Karama progresse de 1 à 5 députés.
-Le Parti de la liberté et de la justic1 (PLJ) progresse de 2 à 6 sièges.
-Le Front de l’Algérie nouvelle conserve 1 siège.
-Le Front des citoyens libres (Mme Boudina, présidente) entre à l’Assemblée avec 1 siège.
Les partis islamistes
- Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) recule de façon importante de 66 à 43 députés.
-Le mouvement El-Bina recule légèrement de 40 à 38 élus.
-Le Front de la justice et du développement (FJD) progresse de 2 à 4 sièges.
-Ennhada revient avec 2 sièges.
- Le Parti du renouveau algérien fait son entrée avec 1 siège.
L’opposition démocratique
-Le Front des forces socialistes (FFS) revient à l’Assemblée nationale avec 12 députés au lieu de 14.
-Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) est de retour avec 4 sièges au lieu de 9.
-Le Parti des travailleurs retrouve également les bancs de l’Assemblée, avec 3 élus au lieu de 11.
-Jil Jadid, progresse de 1 à 3 députés.
- L’Alliance républicaine revient avec 1 siège.
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Quelques éléments d’analyse
Au fait sans précédent de l’abstention de près de 8 électeurs sur 10, il convient d’ajouter un nombre important de bulletins nuls, 910.230 en Algérie et 12 630 à l’étranger. Quelque 3 000 candidat.es avaient été récusé.es par l’ANIE en vertu de l’article 200 de la nouvelle loi électorale (1) pour suspicion d’actes délictueux, parfois sans preuve selon certains partis.
Le nombre de femmes élues députées passe de 32 à 23.
Selon Le Matin d’Algérie (3 juillet 2026), cette désaffection du corps électoral est « un désaveu cinglant pour le régime ». Le parti historique FLN perd en effet des sièges mais ses alliés le RND et El Moustakbal en gagnent et ensemble avec 222 sièges sur 407 ils conservent la majorité au parlement. Par ailleurs, de nouveaux partis que l’on peut qualifier de pro-Tebboune apparaissent ou progressent.
Les deux principaux partis islamistes El Bina et surtout le MSP régressent mais de nouvelles formations qui se réclament d’un islam libéral font leur entrée au parlement ou progressent.
Les partis de gauche (à l’exception des Communistes qui boycottent toutes les élections) sont à nouveau présents dans l’Assemblée nationale populaire mais moins nombreux qu’en 2017, mis à part Jil Jadid qui progresse sur un contenu plus anti-système. Le Front des forces socialistes qui ne perd que deux sièges est à gauche le parti le plus important. Le Parti des travailleurs (PT, trotskiste) est celui qui perd le plus de sièges.
L’analyse du quotidien Le Matin d’Algérie
« Le résultat de ce scrutin n’est pas une contestation bruyante, mais un Hirak silencieux. Les Algériens ne croient plus à l’utilité du vote, ni à l’honnêteté du processus, ni à la capacité du pouvoir à accepter autre chose qu’une reproduction de lui-même. Le verdict est sans appel. […] Le 2 juillet 2026, les Algériens ont choisi le refus. Refus de cautionner des élections aux accents de mascarade. Refus de servir de décor à une démocrature de mauvais goût. Ce refus est peut-être silencieux, mais il est d’une clarté redoutable. »
L’opinion de Lakhdar Amokrane, le président de Jil Jadid
Dans un texte publié le 6 juillet, loin d’y voir un simple désintérêt des citoyens, il y décèle une rupture de confiance profonde entre la société et ses institutions. « La véritable crise de la participation électorale n’est pas celle de citoyens qui se détournent de la politique ; c’est celle d’une politique qui ne parvient plus à convaincre les citoyens de son utilité. […] Depuis plusieurs années, la société algérienne connaît des mutations profondes. Elle est plus instruite, plus connectée au monde, plus exigeante envers les institutions publiques et plus attentive aux standards internationaux de gouvernance. […] Le citoyen contemporain n’aspire plus uniquement à exercer son droit de vote. Il souhaite participer à la décision publique, être écouté, constater que les institutions disposent d’une réelle capacité d’action et que son engagement produit des effets concrets sur les politiques publiques. »
Pour Jil Jadid, cette reality ne justifie ni le renoncement ni le boycott. Au contraire, elle renforce la nécessité de poursuivre le combat démocratique à l’intérieur des institutions.
« La reconstruction de la confiance suppose aujourd’hui un projet national de réforme politique fondé sur plusieurs priorités : l’élargissement des libertés publiques, le renforcement de l’indépendance des institutions, la valorisation du rôle du Parlement, l’égalité des chances entre les acteurs politiques, la consolidation de l’État de droit, ainsi qu’une implication beaucoup plus forte de la jeunesse, des compétences et de la société civile dans l’élaboration des politiques publiques. »
L’éditorial du quotidien (semi officiel) El Moudjahid répond-il à ces demandes?
« Forts de leur poids numérique et de leur cohérence politique, le FLN, le RND et le Front El Moustakbal sont donc en mesure de défricher la voie au Président Tebboune pour la nomination d’un Premier ministre, conformément à l’article 105 de la Constitution. Ce dernier disposera alors de la responsabilité de lui proposer un Gouvernement et d’élaborer un plan d’action pour la mise en œuvre du programme présidentiel, qu’il soumettra au Conseil des ministres. » EL MOUDJAHID, 3 juillet 2026
C’est la démarche d’un régime présidentiel
C’est également le régime de la France depuis 1958. L’Assemblée nationale, les représentants élus par le peuple n’élaborent pas la politique à mettre en œuvre dans le pays, leur rôle se limite à approuver ou à voter contre la politique décidée par le Président de la République élu au suffrage universel. Cela a pour effet de décrédibiliser les assemblées et les élus, et à favoriser l’abstention des électeurs/trices.
Nous observons la même dérive en France où le % d’abstentionnistes aux élections législatives a évolué de la façon suivante : 2002 : 35,78% ; 2007 : 39,58% ; 2012 : 42,78% ; 2017 : 51,3% ; 2022 : 52,49%. Depuis 2017, moins de la moitié des électeurs/trices inscrit.es votent.
Le phénomène est amplifié en Algérie en raison de l’histoire. Contrairement à la France qui l’a instauré le 11 aoùt 1792 (et ne l’a accordé aux femmes qu’en 1944), le droit de vote date en Algérie du 21 septembre 1947. Imposé par l’Etat français colonial en lieu et place des assemblées traditionnelles (djemaa), il accordait le même nombre d’élus à 1 million de Français d’Algérie et aux 9 millions de « musulmans ». Et il a systématiquement été manipulé par les autorités coloniales. C’était là une des manifestations du « rôle positif de la présence française »(2). Les Algérien.nes n’ont historiquement pas confiance dans le suffrage universel. Il existe une seule exception : les 75,69% de votants pour l’élection en 1995 du Président Zerroual. L’attrait de la première élection pluraliste de l’Algérie indépendante.
Que nous réserve l’avenir ?
J’entends parfois dire : « Les Algérien.nes sont résigné.es ». Dans leur histoire, ils/elles n’ont jamais cédé. Les 130 ans de colonisation ont été jalonnés d’importantes révoltes et l’indépendance a été arrachée au prix du sang. Ce refus de vote ne m’apparait pas comme une manifestation de lassitude. Comme l’écrit Le Matin d’Algérie, il me semble que : « ce scrutin n’est pas une contestation bruyante, mais un Hirak silencieux. ». En référence au grand mouvement populaire de 2019, le plus important depuis l’Indépendance. Le peuple algérien se cherche et l’avenir peut nous réserver bien des surprises. Sous quelles formes et pour quels objectifs ? C’est au peuple algérien d’en décider.
Bernard DESCHAMPS
18 juillet 2026
1-Article 200 (idem article 184 APC). Lire dans « Chroniques algériennes, 2020-2024 », Bernard Deschamps, page 111.
2-En référence à l’alinéa 2 de l’article 4 supprimé dans la Loi française N° 2005-158 du 23 février 2005.
