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20 juillet 2026 1 20 /07 /juillet /2026 07:03

 

Il a été lu 6 082 fois sur mon blog entre le 10 et le 18 juillet, et autour de 500 fois sur les réseaux sociaux. La plupart des commentaires sont approbateurs. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés. C’est pour moi un encouragement. Certains – peu nombreux – sont  méprisants ou injurieux. Je les ignore. Par contre, un nombre appréciable conteste ma prise de position en argumentant sur le fonds. Cela mérite que l’on s’y arrête.

Ai-je eu tort de faire référence à la montée du nazisme et à « la faute tragique du Parti communiste d’Allemagne » ? Certes les contextes historiques sont  différents, « La République de Weimar n’est pas la France de 2027 »,  mais dans les deux situations, les Communistes doivent affronter la montée de l’extrême-droite raciste, antisémite et xénophobe. En Allemagne, le KPD qui, jusqu’alors avait prôné et pratiqué la politique du « front unique » contre le capital, va mettre sur le même plan ce qu’il définit comme le « social-fascisme » du parti socialiste SPD et le « national-socialisme ». Dans l’insistance de certains de mes interlocuteurs sur la différence des contextes historiques, je perçois en outre, bien qu’ils le nient, une sous-estimation de la dangerosité du Rassemblement national. Sous-estimation clairement affirmée par contre dans la phrase suivante : « Imagine-t-on Hitler ou Mussolini aux portes du pouvoir au bout de 55 ans d'échecs, d'attente (depuis que le FN existe, je crois)?! Cela n'a aucun sens. » Et assumée dans celle-ci : « Tu fais partie de cette minorité chez nous qui, par peur de voir advenir le RHaine au pouvoir est prêt à tout pour l’éviter. Ce souci est apparemment « de bon sens », mais il n’est qu’apparence. »

Ce qui a le plus retenu mon attention est l’argumentation suivante : « Les stratégies successives d’union de la gauche, du Programme commun au NFP, n’ont pas empêché l’affaiblissement du mouvement ouvrier ni la progression continue du Front national puis du Rassemblement national. » Or c’est la politique d’union du PCF en 1936 qui a permis d’imposer les conquêtes sociales que l’on sait. C’est la politique d’union du PCF au sein du Conseil national de la Résistance qui est à l’origine entre autres de la Sécurité sociale. C’est la politique d’union du PCF avec le Programme commun qui a arraché les mesures positives des deux premières années du quinquennat de Mitterrand (35h, 5e semaine de congés payés, droits nouveaux des salarié.es dans les Comités d’entreprises, etc). Le coup d’arrêt du « tournant de la rigueur » de 1983 n’a pas été le fruit amer de l’union, mais la rançon de l’insuffisance du mouvement populaire. Enfin plus près de nous, la NFP a permis l’élection de député.es communistes et empêché que le RN gagne la majorité à l’Assemblée nationale. C’est chaque fois une question de rapports de forces. Le rassemblement est incontournable dans les luttes et dans les élections. N’opposons pas ces deux moments complémentaires de l’intervention populaire.

Un de mes interlocuteurs ajoute : « on ne vaincra durablement l’extrême droite qu’en reconstruisant une conscience de classe et en redonnant au socialisme sa crédibilité comme alternative historique au capitalisme ». Une conscience de classe ne se forge pas en quelques mois. Or le danger fasciste est immédiat. Il faut y faire face immédiatement en regroupant toutes les forces qui lui sont hostiles. « Quand les blés sont sous la grêle/ Fou qui fait le délicat/ Fou qui songe à ses querelles/ Au coeur du commun combat », écrivait Aragon en 1943.

Enfin, mais c’est un autre débat : pour moi, l’alternative au capitalisme c’est le communisme.

Un mot pour terminer à l’adresse de mon camarade Dominique. L’être humain est à la fois pétri d’intelligence et de sentiments. Je suis pour ma part Communiste à la fois de cœur et de raison.

Bernard DESCHAMPS

20 juillet 2026

Suite:

Le rapport des forces politiques (mouvement populaire et élections) est  déterminant. Mais dans le passé nous avons eu à combattre cette idée qu'il faudrait attendre d'avoir un rapport des forces suffisant pour conclure des accords avec les autres partis de gauche. Comment mesurer AVANT que le rapport des forces est suffisant ? Lors des législatives de 1936, le PCF avait obtenu 15,23%, la SFIO 19,18% et le parti radical 15,17%. En tout état de cause, quel que soit le rapport des forces, entre deux maux il faut choisir le moindre et éviter le pire. Le pire aujourd'hui est le RN.
BD

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commentaires

L
Cher Bernard,<br /> <br /> Merci pour ta réponse et pour la qualité du débat que tu contribues à nourrir. Je crois que nous partageons un point essentiel : le danger que représente le RN est réel et il ne peut être combattu par l’indifférence ou le repli. La question qui nous sépare n’est donc pas celle de l’urgence, mais celle de la stratégie permettant réellement de l’empêcher d’accéder au pouvoir durablement.<br /> <br /> Tu poses une question importante : le Parti communiste français doit-il attendre d’être en position dominante pour conclure des alliances ? Je crois que ce n’est pas exactement le sujet.<br /> <br /> L’histoire du mouvement ouvrier ne montre pas que les communistes ont attendu d’être majoritaires pour agir avec d’autres forces. Elle montre en revanche que les alliances efficaces ont toujours reposé sur une force communiste autonome, capable de peser sur leur contenu.<br /> <br /> En 1936, le Front populaire n’a pas été rendu possible par l’effacement du PCF derrière la SFIO. Il a été rendu possible parce qu’un Parti communiste en progression, implanté dans les classes populaires, avec un mouvement syndical combatif, a contribué à créer un rapport de force nouveau. De même, le CNR et le Programme commun ne furent pas de simples additions électorales : ils correspondaient à des moments historiques où existait une dynamique populaire permettant d’imposer des transformations sociales.<br /> <br /> C’est pourquoi je crois que la question n’est pas « union ou autonomie », mais « quelle union et au service de quel projet ? ».<br /> <br /> Une alliance peut être un formidable outil de conquête sociale lorsqu’elle repose sur des forces organisées et des rapports de force favorables. Elle devient un problème lorsqu’elle conduit à demander au Parti communiste de renoncer à porter son propre projet pour se ranger derrière une orientation définie par une autre force. Mélenchon ne veut pas de groupe communiste à l'assemblée nationale et avoir des députés LFI, le doigt sur la couture du pantalon pour suivre la ligne qu'il décidera seul et de manière autocratique.<br /> <br /> Le 40ᵉ congrès a tranché cette question.<br /> <br /> À 73,1 %, les communistes ont adopté une orientation affirmant le socialisme comme horizon stratégique, et à 65,5 % ils ont validé le principe d’une candidature communiste à l’élection présidentielle. Cette décision engage le Parti communiste. Comme dans toute organisation démocratique, le débat est nécessaire avant la décision, mais la décision collective doit ensuite être mise en œuvre par tous. La discipline militante n’est pas un refus du débat ; elle est la condition pour qu’une organisation politique existe réellement.<br /> <br /> J’ajoute un point sur l’argument des sondages. L’histoire récente devrait nous inviter à la prudence.<br /> <br /> En effet, Jean-Luc Mélenchon a bénéficié du soutien du PCF en 2012 et 2017, puis d’une dynamique de « vote utile » en 2022. Cela lui a permis d’obtenir des scores importants, mais pas d’accéder au second tour.<br /> <br /> Cela montre que la question n’est pas seulement celle du rassemblement des appareils ou du transfert mécanique des voix communistes. Une candidature ne crée une dynamique populaire que si elle rencontre une base sociale mobilisée. Or, l'orientation de LFI est une orientation sociale-démocrate (un PS populiste).<br /> <br /> D’ailleurs, si l’argument du meilleur score possible dans les sondages devait être le seul critère, il faudrait aller au bout du raisonnement : si un candidat de gauche mieux placé dans les enquêtes était battu au second tour par le RN, faudrait-il alors appeler à soutenir un candidat social-libéral ou même un candidat de droite pour « faire barrage » au RN ? Ce raisonnement conduit à une impasse permanente où le peuple de gauche est toujours appelé à choisir le moindre mal, sans jamais pouvoir construire une alternative.<br /> <br /> La progression du RN ne tombe pas du ciel.<br /> <br /> Elle s’inscrit aussi dans une crise sociale profonde, dans la désindustrialisation, l’affaiblissement des services publics et une politique de classe menée depuis des années. Comme l’ont analysé des auteurs comme Michel Clouscard ou Pierre Serna, l’extrême droite prospère aussi sur les contradictions produites par un système qui refuse de répondre aux aspirations populaires. Le documentaire "Un pays qui se tient sage" a également montré que les tensions démocratiques et sociales ne sont pas seulement une menace future : elles existent déjà dans le rapport entre pouvoir et société. On ne peut reporter la besogne sine die.<br /> <br /> C’est pourquoi je crois que la réponse au danger RN ne peut pas être seulement électorale. Elle doit être sociale, populaire et idéologique. Elle suppose de reconstruire une conscience de classe, de reconquérir les milieux populaires et de redonner une crédibilité au socialisme comme alternative au capitalisme.<br /> <br /> La Présidentielle est le moment institutionnel pour cela. C'était l'objectif du "Front de gauche" qui a été abandonné par Jean-Luc Mélenchon qui a préféré l'éphémère M6R puis le mouvement LFI et qui depuis 2022 ne cesse de donner des gages aux sociaux-libéraux du PS et aux sociaux-démocrates écologistes.<br /> <br /> Certes, le rassemblement ne doit pas être abandonné. Le front unique perdure. Mais il ne peut être durable que si chaque force assume son identité et mobilise sa propre base sociale. Marcher séparément, frapper ensemble disait-on. Tu dois t'en rappeler j'en suis sûr. En 1936, les ouvriers communistes ont mobilisé les ouvriers révolutionnaires, les radicaux ont mobilisé leur électorat, les socialistes les ouvriers réformistes. Ainsi, le Front populaire est né de cette convergence, pas de la disparition d’une force derrière une autre.<br /> <br /> Enfin, une dernière interrogation : si la priorité absolue avait été uniquement d’éviter la droite au premier tour, Jean-Luc Mélenchon aurait-il dû se retirer en faveur de François Hollande en 2012 ? L’existence de candidatures différentes n’a pas empêché ensuite des accords lorsque les circonstances l’exigeaient.<br /> <br /> Jean-Luc Mélenchon écrivait sur son blog le 10 décembre 2010 : "Madame Le Pen, comme son père est une diablesse de confort au service du système. Elle fonctionne comme la clef de contact qui met en route la machinerie du « vote utile », talisman électoral de l’UMP et du PS. Grâce à elle, et à ses provocations à deux balles, rien ne changera jamais. On venait de passer trois mois sur les thèmes sociaux comme le droit à la retraite, à mettre en cause la droite et les banques et voilà la vieille ritournelle de retour : l’islam, l’incompatibilité des vérités révélées, l’identité française et ainsi de suite. Là où je propose le clivage peuple-oligarchie, la famille Le Pen ramène le débat islam et identité nationale. Aussitôt la diabolisation permet de profitables raccourcis. L’UMP peut sauter comme un cabri et jouer la peur d’une élimination au deuxième tour en cas de dispersion des voix. Et le PS de même ! Pas besoin de programme, pas besoin de débats, pas de démonstrations, juste de la trouille et de l’injonction culpabilisante. Madame Le Pen est un agent au service du vote contraint pour l’UMP ou le PS." Nous pourrions dire les macronistes ou la LFI aujourd'hui. <br /> <br /> L'enjeu est de sortir la France, par la souveraineté populaire, de la procédure de déficit excessif qui a engendré la dissolution de 2024. La LFI n'en dit rien. Son groupe européen joue le jeu de ce système.<br /> <br /> Notre divergence reste donc bien stratégique : faut-il reconstruire une force communiste autonome capable de peser sur le rassemblement, ou considérer que le rassemblement électoral est la condition préalable à toute reconstruction ? Le 40ᵉ congrès a choisi démocratiquement la première voie.<br /> <br /> Fraternellement,
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L
Cher Bernard,<br /> <br /> Je viens de prendre connaissance du tweet du 4 août 2026 de Jean-Luc Mélenchon. Sa lecture met le doigt sur une contradiction stratégique réelle chez Mélenchon.<br /> <br /> Son message du 4 août accomplit simultanément trois choses :<br /> -Il condamne une ingérence russe (quid des ingérences des Etats-Unis etc.).<br /> -Il se solidarise avec Raphaël Glucksmann, qui est précisément l’un de ses concurrents directs dans l’espace de la gauche social-démocrate (anti-communiste et opposé au socialisme comme projet politique).<br /> -Il propose une coopération avec l’ensemble des forces politiques pour protéger la présidentielle de 2027, donc y compris la droite.<br /> <br /> Et cette troisième dimension est nouvelle. Le mot important de son tweet est « front commun ». Le trotskiste anti PCF Mélenchon est donc prê d'ores et déjà t au « recul », comme son vieux, sur les libertés individuelles et publiques. C’est donc tout sauf une perspective contre la fascisation.<br /> <br /> Mélenchon semble désormais intégrer dans sa stratégie la possibilité qu’il lui faille, pour conquérir l’Élysée, disposer d’une relation politiquement praticable avec une partie du bloc central, soit la bourgeoisie financière. Il prend d’ores et déjà un virage « cocardier » européiste opportuniste.<br /> <br /> S’il arrive au 2ème tour, il lui faudra obtenir une masse considérable de voix qui ne seront pas spontanément radicales. N’ayant construit aucun rapport de classe et produit aucune conscience de classe et ceci depuis 2012-2017, il devra alors convaincre et avoir le soutien des atlantistes :<br /> une partie de l’électorat socialiste ;<br /> une partie des écologistes ;<br /> une partie des classes moyennes ;<br /> une partie de l’électorat républicain modéré ;<br /> et probablement une partie de l’électorat du centre.<br /> <br /> Or son problème est précisément que son discours de rupture avec le « système », est pourtant très réformiste et déjà très modéré, voire en recul, par rapport à celui du PCF. Il est juste construit pour mobiliser et surtout épuisé la gauche au 1er tour et la livrer ensuite au Capital son 2ème tour.<br /> <br /> Mélenchon est d’ores et déjà engagé dans une stratégie d’élargissement du périmètre de sa légitimité présidentielle : après la NUPES, le NFP et le « front républicain », voici désormais le « front commun » contre les ingérences, jusqu’à l’affichage d’une solidarité avec Raphaël Glucksmann et les forces du centre. Le message est limpide : « Vous ne nous avez pas soutenus quand nous étions attaqués ; nous, nous vous soutenons maintenant. » C’est à la fois une main tendue et un rappel de dette. Surtout, cela installe Mélenchon dans la posture du candidat capable de dépasser ses intérêts électoraux immédiats au nom d’une règle commune, précisément pour devenir acceptable au-delà de son propre socle. Mais cette prétention à l’« anti-impérialisme » mérite d’être confrontée à ses choix réels : le 4 octobre 2023, il soutenait la position de Rabat sur le Sahara occidental, alignée sur celle de Washington et participant à la dynamique de rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv. Son appropriation opportuniste de la cause palestinienne pour les élections européennes de 2024 ne saurait davantage masquer l’absence de rapports politiques avec les forces progressistes israéliennes et palestiniennes. Alors que le bloc Washington-Tel-Aviv-Rabat se trouve aujourd’hui en opposition avec Madrid sur plusieurs de ces questions, Mélenchon risque d’être, s’il arrive en tête, politiquement plus à droite que Pedro Sánchez. Car son objectif n’est plus seulement de conquérir la gauche : il est désormais de devenir acceptable pour les forces du Capital qui lui permettront d’exercer le pouvoir. Et pour cela, il lui faudra faire ce que font tous les gouvernements confrontés au réel des rapports de force : rassurer le Capital, rassurer les institutions européennes, rassurer l’appareil d’État, rassurer l’OTAN et rassurer les marchés. Cela signifie qu’une fois la victoire acquise, il lui faudra se débarrasser de ce qui, à gauche, pourrait encore entraver cette liberté de manœuvre — à commencer par les communistes — pour disposer d’un espace politique entièrement dégagé. Le précédent de Mitterrand est ici éclairant : après avoir dénoncé le « coup d’État permanent » et promis la « rupture avec le capitalisme », il a accompagné l’intégration européenne et l’ancrage atlantique et il a opéré le tournant de la rigueur. Les rapports électoraux, institutionnels et économiques l’avaient finalement conduit à appliquer une politique du Capital contre le Travail. Mélenchon nous prépare-t-il à la même conversion ? Tout indique en tout cas que son pari présidentiel porte déjà en lui cette contradiction : conquérir le pouvoir au nom de la rupture pour pouvoir ensuite gouverner au nom de l’acceptabilité. Après Mitterrand, belote et rebelote. Marx disait que l’histoire se répète : une première fois comme tragédie, une seconde comme farce.<br /> <br /> Fraternellement,

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