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21 octobre 2025 2 21 /10 /octobre /2025 13:50

Nous étions inquiets. Comment le public allait-il réagir après sept ans d’interruption du Panorama ? Qui plus est, dans un climat de haine attisé par l’extrême-droite et les dirigeants de l’Etat français. La soirée d’ouverture avec la commémoration du massacre du 17 octobre 1961 nous a d’emblée rassurés. Particulièrement suivie et attentive aux allocutions de haute tenue de M. Najib Boukhatem, Consul d’Algérie à Montpellier, de M. Christian Bastid, Vice-président du Conseil départemental du Gard au nom de la Présidente, Mme Françoise  Laurent-Perrigot,  après les paroles d’accueil, sensibles, émouvantes et…poétiques *, d’Oucine Benchouyeb, le Président de notre association France-El Djazaïr.

Fait sans précédent, qui témoigne de la volonté des autorités algériennes de surmonter la crise qui secoue nos deux pays, l’ensemble des responsables du Consulat de Montpellier, Consuls-adjoints et Chefs de services, étaient présents aux côtés de M. Najib Boukhatem : Mesdames SIHAML EL FERROUDJI et  Ratiba MANSOUR ; Messieurs Ameur BENSAHRAOUI, Abdelrezak LALEM, Kamel SOUICI et une quinzaine de fonctionnaires.

Le public de ce 12e Panorama a été bouleversé par RESISTANTES (Fatima Sissani); dubitatif devant MARIN DES MONTAGNES (Karim Ainouz) ;  en colère en découvrant VENT DE SABLE et LA BOMBE DE DE GAULLE (Larbi Benchiha) ; admiratif à l’égard de Pierre CHAULET (Saïd Mehdaoui); ému par les combats de FRANTZ FANON (Abdenour Zahzah) ; conquis par le  couple Gilberte et William Sportisse dans DEUX VIES (Jean Asselmeyer,et Sandrine Malika-Charlemagne). Un public participatif et enchanté des débats animés par Jean Asselmeyer, Larbi Benchiha et Jean Delpuech. Avec des moments forts, comme la lecture d’un poème * de Maître Khadija Aoudia par Abdallah Zekri ou l’intervention de Mme Rachida Ziouche ancienne journaliste d’Alger républicain et de La Marseillaise (Nîmes).

Parmi les personnes qui nous ont fait l’honneur de leur présence, citons : M. Jean ASSELMEYER, réalisateur ; M. Christian BASTID, Vice-président du Conseil départemental du Gard ; M. Larbi BENCHIHA, réalisateur ; Mme Murielle BLACHERE, secrétariat départemental du PCF ; M. Vincent BOUGET, Conseiller municipal de Nîmes, Conseiller communautaire et Conseiller départemental ; Mme le Docteur Hélène BRUN-YOUSFI, gynécologue ; M. Alain CLARY, ancien député-maire de Nîmes ; M. Jean DELPUECH, psychologue ; M. Frédéric DESCHAMPS, secrétariat départemental du PCF ; M. le Professeur Guy DUGAS, Professeur émérite de Littérature générale et comparée (domaine méditerranéen) de l’Université Paul Valéry de Montpellier. Fondateur et responsable le du  Fonds Patrimoine méditerranéen ; M. André GENOT, ancien « appelé » anticolonialiste en Algérie ;  M. Jean-Luc GIBELIN, Vice-président du Conseil régional d’Occitanie ; M. le Docteur Nazih EL CHAMI ; Mme Françoise GRANIER, secrétaire de Viv’Alto (Lasalle, 30) ; Mme Martine HERVE, responsable  nationale des retraités CGT de la Poste ; M. Pietro TRUDDAIU, Président de La Table Ouverte (Nîmes) ; M. Abdallah ZEKRI, Vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Ce 12e Panorama du Cinéma Algérien fut un grand cru et une contribution importante à la lutte pour la vérité sur la réalité de l’Algérie, tout à l’honneur de France-El Djazaïr et de son Conseil d’administration composé de Oucine BENCHOUYEB, président, Aziz ZITOUNI, vice-président, Bernard DESCHAMPS, secrétaire, Viviane ABROUK, Jean ASSELMEYER, Madjid DEGHMOUS, Martine HERVE, Saïd MEZGHENNA, Monique TËTEFORT, Ali TOURKI et l’aide de Mme Hélène BRUN-YOUSFI.

Bernard DESCHAMPS

21 octobre 2025

* Je le publierai demain.

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L’ALLOCUTION D’OUVERTURE DU PRESIDENT OUCINE BENCHOUYEB

Monsieur Najib Boukhatem, Consul d’Algérie,

Monsieur Christian Bastid, vice-président du Conseil départemental.

C’est avec un immense honneur et une profonde gratitude que nous vous accueillons aujourd’hui à l’occasion de ce double événement (la commémoration du 17 octobre 1961 et l’inauguration du 12emme Panorama du cinéma algérien).

Votre présence à nos côtés témoigne de l’intérêt et le soutien que vous portez à la promotion de la culture et aux événements historiques, nous vous en remercions sincèrement.

En acceptant de prendre la parole à cette cérémonie d’ouverture, vous conférez à notre événement un éclat particulier et vous nous encouragez à donner le meilleur de nous-mêmes pour la réussite de cette édition. Nous vous souhaitons la bienvenue parmi nous et exprimons toute notre reconnaissance pour votre disponibilité et la bienveillance avec laquelle vous accompagnez nos initiatives.

Chers invités, chers amis du cinéma,

C’est avec une grande émotion, un profond honneur et un immense plaisir que je prends la parole aujourd’hui pour inaugurer ce 12° Panorama du cinéma algérien. Cet événement n’est pas simplement une rétrospective d’œuvres cinématographiques : c’est une fenêtre ouverte sur notre mémoire collective, un miroir de notre société, un témoin de notre histoire, et une célébration de notre créativité.

Permettez- moi, tout d’abord de remercier chaleureusement tous ceux et celles qui ont rendu cet événement possible : En premier lieu Jean Asselmeyer notre directeur artistique, Bernard Deschamps fondateur de France El Djazaïr et de son Panorama, à ce propos, notre ami Bernard Deschamps dédicacera pendant les entr’actes, son dernier livre « Chroniques algériennes 2020/2024 ». Une promotion est faite à l’occasion de ce Panorama. Vous aurez deux livres pour le prix d’un. Merci aux institutions partenaires, les organisateurs, les réalisateurs, les techniciens, les acteurs et actrices, les archives et à sa Directrice Mme Corinne Porte, les distributeurs, et bien entendu vous, le public, sans qui le cinéma ne serait qu’un écho dans une salle vide.

Aujourd’hui 17 octobre, je souhaite évoquer une page sombre, mais essentielle de notre histoire contemporaine : celle du 17 octobre 1961, une date trop longtemps passée sous silence, qui nous rappelle la violence du passé colonial et les dérives de la répression d’Etat.

Ce jour- là, en pleine guerre d’Algérie, plusieurs dizaines de milliers d’algériens vivant en région parisienne ont décidé de manifester pacifiquement contre le couvre-feu discriminatoire imposé uniquement aux « algériens » par le préfet de police Maurice Papon. Ils réclamaient simplement le droit à l’égalité, à la dignité, à la justice.

La réponse des autorités fut d’une brutalité extrême. La répression policière fut massive, brutale et meurtrière. Des manifestants furent battus, arrêtés arbitrairement, certains jetés dans la Seine. Des dizaines, peut-être des centaines de personnes ont trouvé la mort ce soir-là. Le chiffre exact reste flou, car l’Etat français a longtemps étouffé l’affaire. Les médias, censurés ou complices, n’ont relayé que partiellement les événements.

Pendant des décennies, ce drame est resté dans l’ombre. Il a fallu attendre les années 90 pour que des historiens, des militants, et des témoins brisent le silence. Et ce n’est qu’en 2012, 50 ans après les faits, que le président François Hollande a officiellement reconnu la responsabilité de l’Etat français dans cette répression sanglante.

Mais une reconnaissance politique ne suffit pas. Le 17 octobre 1961 doit faire pleinement partie de notre mémoire collective. Pas pour raviver les haines, mais pour comprendre. Comprendre comment, dans une démocratie, la peur, le racisme et l’impunité peuvent mener à l’inacceptable. Comprendre aussi que la mémoire n’est pas un fardeau ni une rente, mais une condition de justice.

Rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961, c’est refuser l’oubli. C’est reconnaitre que la France, comme toute nation, doit affronter toutes les facettes de son histoire, y compris les plus douloureuses.  C’est aussi affirmer notre engagement à défendre les droits humains, ici et maintenant.

En nous souvenant de cette date, nous rendons justice à ceux qu’on a voulu effacer, et nous affirmons qu’aucune vie, aucun combat pour la dignité ne mérite d’être réduit au silence.

Chers amis,

Comment, en cette occasion, ne pas évoquer l’horrible drame qui se poursuit en Palestine où un génocide est en cours.

Les images nous hantent d’enfants faméliques aux yeux agrandis par l’horreur, et des ombres à la recherche d’un être cher enseveli dans les ruines de Gaza, tandis qu’en Cisjordanie, des colons israéliens tuent, pillent et s’emparent des terres palestiniennes.

Des sanctions doivent être prises contre l’Etat d’Israël et son gouvernement d’extrême-droite. La France et l’union européenne doivent suspendre les accords commerciaux avec Israël, et conformément aux décisions de l’ONU approuvées ces dernières semaines encore par 158 Etats du Monde, l’Etat de Palestine souverain doit être reconnu dans les frontières d’avant 1967 et vivant en paix aux côtés de l’Etat d’Israël.

Notre 12° Panorama est aussi une contribution à ce combat.

Depuis l’indépendance de l’Algérie, le cinéma algérien s’est imposé comme un acte de résistance, un outil de libération, un geste artistique et politique d’une puissance rare. Très tôt, des figures comme Mohamed Lakhdar Hamina, Merzak Allouache, Rachid Bouchareb, ou Tarik Teguia ont utilisé la caméra comme une arme pour raconter, dénoncer, et reconstruire.

Pensons à Chroniques des années de braise, Palme d’or à Cannes en 1975.Ce n’était pas simplement une consécration artistique : C’était une déclaration d’existence, une preuve que l’Algérie avait une voix et une vision, que ce pays savait se raconter avec beauté, intelligence et courage.

Le cinéma algérien, dès ses débuts, a mêlé la poésie au politique, la douleur à la dignité, la mémoire à l’imaginaire.

Ce Panorama est aussi l’occasion de souligner la diversité des regards qui composent le cinéma algérien. Un cinéma qui ne se résume pas à un genre ou une époque. Nous avons connu le cinéma militant des années 60-70, les comédies sociales des années 80, les récits introspectifs des années 90-2000, marqués par la décennie noire, et aujourd’hui, une nouvelle génération émerge avec des films audacieux, personnels, parfois expérimentaux, mais toujours porteurs d’une quête identitaire et d’une volonté de dialogue.

Ce qui unit tous ces films, toutes ces démarches, c’est cette volonté de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas toujours, de montrer l’Algérie dans toute sa complexité, dans ses douleurs comme dans ses espérances.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de cinéastes algériens porte un regard différent, parfois critique, souvent lucide, toujours sincère. Ils ou elles posent des questions sur la jeunesse, l’exil, la place des femmes, l’environnement, la religion, et l’avenir.

Des noms comme Sofia Djama, Yasmine Chouikh, Hassen Ferhani,ou encore Karim Moussaoui ont su imposer leur voix avec une force remarquable, et leurs œuvres circulent aujourd’hui dans les plus grands festivals internationaux. Ils ne cherchent pas à plaire : Ils cherchent à dire. Et c’est précisément cela que le cinéma doit faire.

Mais soyons lucides : malgré la richesse de sa production et l’immense talent de ses créateurs, le cinéma algérien reste fragile. Il souffre d’un manque de financement, de structures de diffusion limitées, d’un accès difficile au public, et parfois même d’un manque de reconnaissance dans son propre pays.

Les salles ferment, les archives se perdent, les jeunes cinéastes peinent à trouver des soutiens. Il est donc de notre devoir, à tous les niveaux (Etat, collectivités, institutions culturelles, professionnels, citoyens) de protéger ce patrimoine, de le soutenir, et de le transmettre.

Car le cinéma n’est pas un luxe. Il est une nécessité. Il est une forme de pensée, un espace de mémoire, un outil de dialogue entre les générations et entre les peuples.

Le cinéma algérien, depuis toujours, a parlé du peuple et pour le peuple. Il a raconté l’histoire des maquisards, des mères en deuil, des ouvriers, des jeunes désoeuvrés, des exilés, des rêveurs, des combattants. Il a mis en lumière des visages oubliés, des voix étouffées, des douleurs longtemps passées sous silence. Il a dit l’indépendance, il a dit la guerre, il a dit la violence, mais il a aussi dit l’amour, l’humour, la beauté des gestes simples, l’espoir des cœurs battants. Ce panorama, que nous ouvrons aujourd’hui, est une invitation à redécouvrir cette richesse, à s’en nourrir, à la questionner, à l’aimer, et surtout, à la faire vivre.

Chers amis, chers passionnés,

Inaugurer un panorama du cinéma algérien, c’est plus qu’un événement culturel : c’est un acte d’engagement, un geste de transmission, une promesse de mémoire et de renouveau.

Que cette manifestation soit un espace de rencontre, un lieu de réflexion, un temps de partage.

Que les films projetés nous parlent, nous émeuvent, nous réveillent. Qu’ils nous rappellent d’où nous venons, qui nous sommes, et ce que nous pouvons devenir.

Merci

Nîmes, le 17 octobre 2025

 Oucine BENCHOUYEB

 

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