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« Agis dans ton lieu, pense avec le monde », c’est sur ces paroles d’Edouard Glissant, l’auteur de « l’identité généreuse » que s’est ouverte mercredi 13 mai, la vingt-cinquième édition du Festival international du film documentaire de Lasalle profondément ancré dans un territoire, les Cévennes et ouvert sur le monde avec ses drames, ses luttes et ses espoirs.
Et la foule était à nouveau au rendez-vous, diverse, bariolée, joyeuse, passionnée, questionneuse, animant Lasalle d’une effervescence bon enfant.
Les sept films que j’ai vus ne reflètent certes pas la richesse de ce festival mais ils en donnent cependant une idée.
Mais où-va-t-on coyote ? (2025) du réalisateur d’origine libanaise Jonah Malak, nous transporte à quelques kilomètres au Nord de la frontière des États-Unis et du Mexique, où des bénévoles – les Aigles du désert – recherchent des migrants en difficulté pour les secourir ou les inhumer. Ils sont tributaires, avec les risques que cela comporte, de passeurs – les coyotes – qui dépendent des cartels maffieux de la drogue. Ces bénévoles d’une extrême modestie, considèrent que leur démarche va de soi. Ils évoquent avec pudeur des scènes terribles comme celle de cet enfant qui désespéré appelle sa mère disparue.
La République réalisé en 2009 par Denis Gheerbrant nous ramène en France, à Marseille, Rue de la République, une artère haussmannienne majestueuse, habitée par des locataires de condition modeste qui vont subir les pressions des agences immobilières pour les contraindre à quitter les lieux afin de transformer ces immeubles en appartements de luxe. Les témoignages sont éclairants des méthodes illégales et brutales employées. Certains locataires, souvent âgés, résistent et organisent des actions de masse ou intentent des procès, d’autres partent. Le savoureux parler populaire des Marseillais. Le récit de vie d’un ancien voyou désormais rangé des affaires et membre du PCF qui a appris à faire le couscous auprès de sa mère. La longue séquence d’une maman dont l’enfant a été traumatisé et marqué psychiquement par les brutalités d’un huissier qui a démoli la porte d’entrée en son absence. Une rue-monde.
Selon variations d’Erwan Ricordeau.
Les Variations Goldberg par le jeune virtuose Jean Rondeau qui, à 35 ans, est considéré comme le meilleur interprète mondial de Jean-Sébastien Bach au clavecin. « Jean Rondeau, accompagné de son clavecin personnel et du camarade musicien Florian Donati, spécialiste chargé de l’accordage, dans un vrai road-movie. Durant deux mois et quelque vingt concerts, la caméra suit le voyage, les aléas des transports, de l’installation ou de l’accordage. », nous dit Françoise Schmid-Granier dans son commentaire pour le catalogue du Festival. Une interprétation de JS Bach détachée de toute influence antérieure, brillante, intellectuelle, très différente de celles de Glenn Gould qui mariaient une précision métronomique et une extrême sensibilité, très suggestive.
Mallé en son exil (2017) de Denis Gheerbrant.
Malé Doucara, noble soninké d’un petit village du Mali, exilé, agent d’entretien, vit dans un foyer de la région parisienne. Cultivé, parlant un français sans accent, évoquant son épouse et sa famille restées au Mali, son discours passéiste sur la soumission des femmes, l’excision, la polygamie, déconnecté de l’histoire et de la complexité sociologique du Mali qui ne sont pas évoquées, donne une fausse image du peuple malien héritier, par-delà les évolutions actuelles, des riches traditions révolutionnaires de la guerre d’indépendance. Dommage.
Entre les couleurs (2026) de Mélanie Schaan et Corentin Leconte
« Des hommes et des femmes vêtus de collants hauts en couleurs avec cagoules ou autres couvre chefs tournent autour d’un château. Pendant quatre semaines, la caméra suit la création d’une pièce du Moyen Âge. » Les acteurs sont des personnes handicapées ou simplement atteintes de fragilités, capables de mémoriser un texte tout en ayant des ruptures, des absences, des mouvements incontrôlés, des surgissements, des réactions inattendues. Ne pas stigmatiser, donner confiance, valoriser. Loin de l’hospitalisation psychiatrique, de la mise à l’écart, de l’enfermement. On ne sort pas indemne d’un tel film car nous avons tous des fragilités, mais son optimisme est réconfortant. Ces troubles continuent cependant de faire peur et contrairement aux autres séances, le public était peu nombreux.
Un pays de papier (2024) de Marion Boé
Ayant été en charge de l’Aide sociale à l’enfance au Conseil général du Gard et l’une de mes petites filles étant avocate, j’étais curieux de découvrir ce film consacré aux entretiens d’une avocate avec de jeunes immigrants non accompagnés dont l’âge est contesté par les services départementaux. Depuis les lois de décentralisation des années quatre-vingt, leur accueil et leur accompagnement relèvent jusqu’à 18 ans les Conseils départementaux. Par-delà le professionnalisme de l’avocate filmée et son empa thie pour les jeunes qu’elle reçoit dans son cabinet, le film émouvant par ailleurs, constitue une charge contre les Conseils départementaux sans mise en cause de l’Etat qui leur transfère toujours plus de dépenses sociales alors que les crédits affectés de l’Etat diminuent en pourcentage.
Collapse (2026) d’Anat Even
« Comment parler d’un enfer qui est à portée de main ? » : Anat Even, la réalisatrice de Collapse a grandi dans un kibboutz proche de la frontière avec Gaza. Peu après le 7 octobre 2023, elle
retourne dans ce qui était autrefois sa maison, là où, enfant, elle labourait les champs.
Anat correspond avec Ariel, un ami qui vit à Paris. « Salut Ariel, je longe en voiture la frontière avec Gaza... Les champs agricoles sont devenus des camps militaires... Les israéliens comme moi qui sont contre cette guerre et contre toutes les autres, sont vus comme des fous dangereux… »
Ce film m’a bouleversé. Jamais je n’avais vu des images aussi terribles, glaçantes, du génocide en cours en Palestine, filmées par une cinéaste israélienne. Une preuve supplémentaire qu’il existe en Israël des pacifistes qui louttent contre la politique de Netanyahu. Cela me conforte dans ma conviction que la solution préconisée par l’ONU de deux Etats vivant en paix côte à côte, est possible, dans la perspective future d’un Etat unique dans sa diversité ethnique, sociologique, idéologique.
Le Temple affichait complet pour cette séance. Une belle manifestation pour la Palestine.
Bernard DESCHAMPS
19 mai 2026
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GAZA avant et GAZA après les bombardements israéliens.
