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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 15:00

 

Ebauche de réflexion à l’issue des élections municipales de mars 2026

Par Bernard DESCHAMPS

(Dernière mise à jour, le 10 avril 2026 à 11h.30)

Merci chères lectrices et chers lecteurs de bien vouloir compléter si nécessaire, éventuellement corriger. BD

51,04%  des électrices et des électeurs inscrit.es ont voté au 1er tour et 57,86 au second, pratiquement le même pourcentage qu’au plan national, 57,47%. En ces temps de forte abstention qui témoigne d’une perte de confiance dans les élections et d’un doute sur les « élites », l’élection de Nîmes est significative et assez représentative des différents courants d’opinions dans lesquels se reconnait la population nîmoise.

La liste de gauche l’emporte avec 40,97% des suffrages. L’extrême-droite réalise 37,52%. La droite  classique rassemblée au 2e tour, obtient 11 550 voix soit 21,51%, alors que les deux listes de droite avaient obtenu ensemble au 1er tour, 16 646 voix soit 35,10%. On peut penser que les 5 990 voix qui leur manquent sont allées sur l’extrême-droite, à l’image du glissement observé à l’échelle nationale qui témoigne d’une porosité croissante entre droite et extrême-droite. Les voix de la France insoumise qui avait plafonné à 4,46% au 1er tour et qui n’était donc pas présente au second, se sont partagées entre abstention et vote pour la gauche.

Ces résultats perpétuent la tradition nîmoise d’alternance entre droite et gauche qui remonte loin dans l’histoire. Pour ne citer que cet exemple, à Jean-Antoine Courbis, maire montagnard  (1793-1794), succéda la Terreur blanche de 1795 et la seconde Terreur blanche en 1815 au retour de Louis XVIII.

Mais comment expliquer l’élection d’un maire communiste aujourd’hui ?

Bien sûr, l’orientation, le style et l’ampleur de la mobilisation impulsés par la liste Nîmes en commun, sur la base du discrédit de la droite  qui était à la tête de la municipalité de Nîmes depuis  vingt-cinq ans,  ont été décisifs, j’y reviendrai. Mais plusieurs facteurs sont à prendre en compte qu’on ne saurait hiérarchiser et qui tiennent à l’histoire, à la composition sociale de la ville, au souvenir laissé par les anciens maires communistes, Léon Vergnole, Emile Jourdan et Alain Clary.

Alors que l’influence du PCF est en recul au plan national, elle perdure à Nîmes qui a élu en 2021, deux Conseillers départementaux, Christian Bastid et Vincent Bouge, dans deux cantons sur six, sur la base d’une activité de terrain permanente des Communistes dont les structures de base (section, cellules) ont été maintenues. Le rayonnement culturel des Cercles animés par des Communistes, Le Prolé et le Cercle de l’Avenir, très prisés par les nîmoises et les nîmois, en sont également le reflet.

Nîmes est profondément marquée par le protestantisme. « La Rome française » à cause de la beauté de ses monuments antiques, est aussi, comme Genève, une Rome protestante, une métropole de la spiritualité huguenote », notait André Chamson dans la France Protestante. Et, bien que, selon Le Figaro, les personnes qui se réclament du protestantisme ne soient plus que 11% au lieu de 30% il y a cinquante ans, les valeurs portées par ce courant de pensée et entretenues par des réseaux très militants sont toujours vivantes. Les noms de Bernard Lazare (contre l’antisémitisme), de Jean-Paul Rabaut Saint-Etienne (pour la liberté de conscience et  l'égalité entre les hommes blancs et les hommes de couleur), de Louis Rossel (le Communard de 1871) sont présents dans la mémoire des nîmoises et des nîmois.

Plus près de nous, le sacrifice des jeunes Résistants communistes Jean Robert et Vincent Faïta assassinés par les nazis, est  rappelé chaque année lors de cérémonies commémoratives.

Au plan sociologique, Nîmes fut longtemps une ville ouvrière. Selon une étude d’Hector Rivoire *, les premières manufactures de draps et d’étoffes de soie dateraient d’une autorisation royale de 1498, mais ne virent réellement le jour qu’à partir de 1557. La soie et les manufactures qui l'employaient formèrent dès lors, une branche importante de l'industrie de Nîmes qui fut dopée par l’introduction de la culture du mûrier à Nîmes à partir de 1564. D’après une étude de Jean Paulet, Nîmes comptait en 1773, 3 000 métiers pour les étoffes auxquelles s’ajoutera la fabrication de tapis. Enfin, la Statistique du Département du Gard  indique pour l'année 1840 le chiffre de 3 600 métiers battants. Dans les années 1960-70, Nîmes comptait encore des usines importantes telles qu’Albaric,  Eminence (145/167 salariés en 1977),  Cacharel (320/510 en 1977), Deloustal… avec un salariat essentiellement féminin. En outre, dans les années 1970, la SNCF, EDF, les PTT, etc,  comptaient encore un nombre important de salariés fortement syndiqués notamment à la CGT. Ce n’est pas si vieux et cela laisse des traces dans les mémoires.

Enfin il y a l’orientation et le style de la campagne électorale impulsée par Vincent Bouget. Celle-ci, rompant avec une longue tradition de centralisation : parti, programme, propagande, a fait le choix de partir des électrices, des électeurs et de leurs aspirations. Des tentatives avaient déjà été tentées avec le Front de gauche en particulier, mais celles-ci privilégiaient encore le rôle des partis politiques et les accords d’états-majors. Vincent Bouget et les directions locales du PCF ont fait le choix dès le départ, très en amont des élections, de privilégier l’union et, pour impulser en commun la campagne, de réunir  les militant.es des partis de gauche, des syndicats, de la société civile (1/3 du Collectif de campagne) avec comme objectif de rencontrer le plus grand nombre possible d’habitant.es, dans leur diversité sociologique et idéologique, afin de solliciter leur avis, sans cadre préalable, la parole étant libre,  en veillant à ce que les représentants des partis n’imposent par leurs analyses et leurs propositions . Dix partis politiques ont d’emblée adopté cette démarche : le Parti socialiste (PS), les Ecologistes, L’Après, Debout, Génération·s, la Gauche républicaine et socialiste (GRS), le Parti communiste français (PCF), Place Publique, le Parti radical de gauche, le Parti Occitan, à l’exception de la France insoumise qui a privilégié une démarche partisane.

Plusieurs milliers de personnes ont été rencontrées dans les différents quartiers de la ville.  3 000 questionnaires ont été remplis. Les meetings de la liste ont réuni chaque fois plus de 1 000 participant.es. Le programme électoral de la liste Nîmes en commun a été élaboré à partir des propositions ainsi collectées. Le Collectif pluraliste de campagne s’est réuni  dans ce but, régulièrement chaque semaine. Ce n’est donc pas le programme des Communistes qui sera appliqué mais le programme décidé en commun. Cette démarche a permis de surmonter la défiance à l’égard des  partis politiques et des « élites », en faisant la démonstration concrète d’une réelle volonté démocratique. Vincent Bouget, devenu maire et ses colistiers se sont engagés à poursuivre dans cette voie au cours de leur mandat.

C’est une démarche exigeante qui rompt avec des décennies de pratiques de sommet.

Comme en toute chose, elle n'est pas sans contrepartie. Les personnes  consultées n'ont pas toutes conscience de la réalité dans toutes ses contradictions. C'est le cas en particulier concernant la situation internationale qui impacte de plus en plus la vie nationale et locale. Lors d'une élection municipale peut-on ignorer la situation à Gaza, en Palestine, en Ukraine; la militarisation croissante des économies; les risques qui pèsent sur la paix mondiale, ou encore l'ampleur  des mouvements migratoires ? J'avais adressé le 12 novembre 2025, une correspondance en ce sens à Vincent Bouget. Celui-ci, lors d'une rencontre publique à Pablo Neruda, interpelé par France Palestine Solidarité, s'était prononcé clairement pour un Etat palestinien souverain dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, aux côtés de l'Etat d'Israël et vivant en paix avec lui. Le programme de la liste se prononce pour la Paix dans le Monde, et pour faire de Nîmes une ville méditerranéenne ouverte sur le l'Europe et le Maghreb, ce qui laisse la porte ouverte mais sans en préciser le contenu.

Cette démarche ne réduit pas le rôle des partis politiques en tant que structures de réflexion et d’action. Elle enrichit au contraire leur rôle en évitant le repli sur eux-mêmes et en s’ouvrant à la complexité des situations et à la diversité des aspirations populaires. Elle implique évidemment des choix en fonction des valeurs qui les animent, mais ces choix sont alors motivés et explicités à partir des interrogations enregistrées.

C’est une démarche à bien des égards innovante qui peut être utile à la réflexion de notre parti actuellement en recherche dans la préparation de son 40e Congrès qui se tiendra en juillet prochain.

Bernard DESCHAMPS

Ancien député

Ancien membre du Comité central du PCF

7 avril 2026

         

 

*Hector Rivoire, 1853. Extrait des Mémoires de l'Académie de Nîmes 1852-1853 , pages de 268 à 297

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