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24 mars 2026 2 24 /03 /mars /2026 07:43

 

 

(Dernière modification, le 8 avril 2026 à 7h.)

Mercredi 25 février

Nous partons en Finlande le pays d’Ann-Charlotte. 

La Finlande, limitrophe de la Russie, de la Norvège et de la Suède, compte 5,56 millions d’habitants pour une superficie de 338 462 km2. Jusqu’alors pays neutre, la Finlande a adhéré à l’OTAN le 4 avril 2023 à la suite de l’agression de l’Ukraine par la Russie. Longtemps gouvernée par des majorités socialdémocrates, une majorité de droite a été élue au Parlement en 2022 et le gouvernement présidé par le conservateur Patteri Orpo comprend le Parti des Finlandais (extrême-droite), le Parti populaire suédois et le Parti social-démocrate (SDP).

.Neuf ans après mon dernier voyage (2017), je me retrouve dans un des pays dominés par l’extrême-droite comme en Italie, en Hongrie, en République tchèque.

 

Jeudi 26 février

Nous avons quitté un soleil printanier à Nîmes. Il neige à Helsinky. Avec Cécilia et Charles, nous prenons la route pour Sidéby au sud de Kristinestad, à 400 km, sur la rive est du golfe de Botnie. C’est le matin, il fait encore nuit. Un épais manteau blanc recouvre la campagne d’où émerge ici ou là la silhouette rouge de maisons isolées. La route n’a pas été déneigée. Elle fonce toute droite au milieu de la masse vert sombre  de la forêt de sapins. Une atmosphère ouatée pleine de mystère nous entoure. Le dépaysement est complet. En cette saison, contrairement à l’été peuplé de chants d’oiseaux, c’est le silence, l’immobilité que souligne la chute silencieuse des flocons de neige.

A midi, il est onze heures en France, nous faisons une halte dans une de ces petites boutiques si nombreuses en Finlande, à la fois épicerie et buffet.

 

A l’issue de ce long périple en voiture sur une route verglacée, nous retrouvons au milieu des arbres la jolie villa traditionnelle  en bois qu’Ann-Charlotte a hérité de sa tante institutrice (Photo n°1). Annélie, Adil, Anna-Sofia et Naël qui nous avaient devancés nous accueillent. Je me réjouis de ce séjour avec mes arrière-petits-enfants.

Je vais sans doute découvrir des facettes de leur personnalité que j’ignore.  Ils changent tellement vite à cet âge. Observer minute par minute leurs jeux, leurs réparties, leurs réactions. Découvrir en ces temps de mutations rapides, la génération d’aujourd’hui, celle des ordinateurs, des téléphones portables que les enfants apprennent très jeunes à manipuler, des échanges décomplexés sur les réseaux sociaux, de la télévision et des informations du monde entier en temps réel. Une génération  si différente de celles que j’ai connues quand la traction à cheval était plus répandue que l’automobile, quand à l’école on apprenait à écrire avec un porte-plume et que l’on levait son béret pour saluer les personnes âgées.

Anna-Sofia, si spontanée jusqu'à l'âge de trois ans, s'étaient peu à peu repliée sur elle-même. Depuis qu’elle est en 6e au collège, elle s'épanouis. A l’évidence, ce régime scolaire plus varié, moins vertical, lui convient. Elle a pris confiance en elle. Elle parle. Elle raconte. Elève studieuse, elle lit pendant ces vacances l’Appel de la forêt que lui a recommandé sa prof. Naël, qui a besoin de se dépenser, multiplie les dribbles dans le salon ou regarde des vidéos avec Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo, ses idoles. A 8 ans, il est déjà  un bon joueur. Son vocabulaire me bluffe. A ma question sur le sens du mot « concentré » qu’il vient de lire (il lit couramment), il réfléchit deux secondes et me réponds immédiatement « attentif ».

 

Vendredi 27 février

A 5h.30 quand je me réveille, il fait déjà clair. Est-ce l’effet de la neige ? J’écris devant la fenêtre de ma chambre. La silhouette grise des arbres et des buissons dénudés se détache sur le sol d’une blancheur immaculée. En fond, les maisons voisines rouges, les fenêtres encadrées  de blanc. Derrière les vitres, une bougie encore allumée. Un paysage figé. Aucun oiseau. C’est encore l’hiver, bien qu’aujourd’hui il ne gèle pas, alors que le thermomètre, il y a deux jours, indiquait moins 9°.

« Tu me lis une histoire ? », me demande Naël. J’ai apporté Sans famille que je lisais à Annélie et Cécilia petites. Nostalgie. Cette histoire de Rémi recueilli d’abord par Mère Barberin puis par Vitalis accompagné de ses chiens savants, me touche par son humanité. Anna-Sofia et Naël sont attentifs. Notamment Anna-Sofia qui est surprise lorsque je leur dis, qu’à leur âge, comme Rémi, je gardais  une vache sur un chemin herbu où elle pouvait brouter. Des mots oubliés de nos jours, comme autant de témoins d’un passé révolu,  les accrochent que je dois expliquer : la huche, une lieue, un lambrequin…Lorsque je leur proposerai de  poursuivre la lecture, l’air gêné, ils ne donneront pas suite. Une histoire sans doute trop éloignée de leur sensibilité. Je n’insiste pas.

 

Samedi 28 février

La neige des toits a fondu pendant la nuit, mais ce matin le thermomètre indique 0°. J’aide Naël pour ses devoirs. J’ai des difficultés à m’adapter aux fiches. Je dois faire appel aux explications d’Anna-Sofia. C’est elle déjà qui m’avait appris la nouvelle façon de faire les divisions. Naêl accroche avec le S de « tu marcheS » et sur le Nous de ‘NOUS mangeons ». Nous répétons, nous répétons. En raison de mes insuffisances, je laisse à Ann-Charlotte, sa mamie, la tâche de lui faire réciter le poème en anglais.

La neige tient encore au sol pour nous permettre de belles batailles. Nous partons nous promener. Les arbres immobiles s’effacent dans la brume. Le silence est oppressant. Le sentiment de débarquer sur une planète déserte et glacée.

Je retrouve le clocher jaune cubique de l’ancienne église datant de 1780 (Photo n°2) et le tronc du Pauvre homme où les fidèles déposent leur aumône. Plus loin, l’école où Ann-Charlotte, enfant fut scolarisée. Rares sont les maisons entourées d’une clôture, contrairement à la France atteinte du syndrome sécuritaire. Au retour, arrêt obligatoire à la petite épicerie. Lieu incontournable de Sideby. Heij ! Nous achetons de la limonade. Retour à la maison. Changement d’ambiance, Anna-Sofia nous accueille avec du rap.

 

Cette journée qui avait si bien commencé dans la chaleur de l’affection familiale, se termine avec l’annonce tragique des bombardements israélo-américains en Iran.

 

Dimanche 1er mars

Le 28 février 2026 restera dans l’histoire comme la date d’entrée dans une nouvelle ère de violence décomplexée.

Le parti Tudeh des communistes iranien « condamne fermement l’attaque agressive du gouvernement criminel israélien et de l’impérialisme américain, tout en rappelant leur ferme opposition au régime des Mollah ». Et il mentionne les représailles iraniennes contre les bases américaines au Bahrein, au Qatar, à Abou Dahbi, au Koweit, en Jordanie, en Arabie saoudite. Les communistes iraniens appellent à unir les efforts en ces moments sensibles et décisifs, avec toute leur puissance, pour instaurer la paix et mettre fin à cette agression d’Israël et de l’impérialisme américain contre l’Iran souverain.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a condamné les frappes  américaines et israéliennes. Il a également condamné les représailles de l’Iran.

Dans la nuit, ont été confirmées par l’Iran, la mort du Guide suprême Ali Khamenei, de sa fille, de son gendre et de sa petite fille. Trump annonce que les frappes dureront toute la semaine.

La télé iranienne a également confirmé la mort du chef d’Etat-major des armées et celle du ministre de la Défense ainsi que du chef des Gardiens de la Révolution.

L’Union africaine exprime sa préoccupation et appelle les parties au respect du droit international.

« Le chef de la diplomatie algérienne a exprimé « la solidarité totale » de l’Algérie avec les États arabes ayant subi des agressions militaires. Il a réaffirmé le rejet « catégorique » de toute atteinte à la souveraineté nationale de ces pays, à leur intégrité territoriale ainsi qu’à la sécurité de leurs populations. Le ministre a, par ailleurs, souligné la constance de la position algérienne en faveur du respect du droit international et de la non-ingérence, rappelant l’attachement d’Alger à la préservation de la stabilité régionale. Dans le même esprit, le communiqué insiste sur la nécessité d’un arrêt immédiat des formes d’escalade et appelle à privilégier le dialogue et la retenue. L’Algérie plaide pour des efforts diplomatiques susceptibles d’éviter une extension du conflit et de contenir ses répercussions sur la sécurité régionale et internationale. » Le Matin DZ, 1er mars 2026

Le Maroc condamne les représailles sans se prononcer sur l’agression israélo-américaine.

Le secrétaire général de la Ligue arabe se prononce pour la désescalade.

 

A Sideby, la neige est de nouveau tombée. Ce qui devrait être un jour de joie, est pour moi, dans la situation mondiale actuelle, vécu avec tristesse. Les flocons coulent du ciel comme des larmes. Les fenêtres cernées de blanc de l’atelier d’Henrik, comme de grands yeux, me regardent. Anna-Sofia au piano, égrène des trilles qui me mettent un peu de joie au cœur.

 

L’épicerie est le lieu de rendez-vous des habitants de Sideby et des alentours. C’est un lieu chaleureux avec ses rayons bien achalandés de conserves, de soupes, de gâteaux, de pain, de poissons en boite ou sous cellophane, ses produits d’entretien…qui évite d’aller s’approvisionner au supermarket le plus proche à quelques dizaines de kilomètres. Mais ce qui fait surtout son charme, c’est son coin café. Quelques tables en bois. Au mur, des dessins et des tableaux peints d’artistes locaux. Des photos d’habitants du village…et des chaussettes multicolores tricotées par la grand’mère de l’épicière. (Je ne résiste pas j’en achète une paire). Au plafond de belles lampes ouvragées style art déco. Le coin café permet de se servir soi-même à volonté après être passé à la caisse. Aujourd’hui nous sommes seuls. Il n’y a pas les vieux messieurs habituels, le bonnet enfoncé sur les yeux, se racontant leurs exploits de jeunesse. Un lieu à l’image de la Finlande qui marie tradition et modernité. Je paye avec ma carte bancaire. L’écran s’allume en français…

 

Lundi 2 mars

Le thermomètre indique 0°. La neige tombée hier reste sur les toits. Il est six heures. Personne n’est encore levé. Je bois mon café face à la fenêtre décorée d’un petit drapeau finlandais bleu et blanc, témoignage d’attachement à la patrie finlandaise dont l’autonomie puis l’indépendance ont été si chèrement acquises et défendues face à la Suède à l‘ouest et contre la Russie à l’est que sépare une frontière de 1 300 km. Saint Pétersbourg (Léningrad) n’est qu’ 906 km.

Le 6 décembre 1917, la Finlande devenait indépendante après 65 ans de domination suédoise et plus de 100 ans de pouvoir russe. Mais la côte ouest notamment de la Finlande demeure suédophone,  et parle un dialecte spécifique toujours actuel comme en témoigne la conversation entre Ann-Charlotte et Viviane son amie d’enfance qui pourtant l’une et l’autre ont suivi des études et parlent plusieurs langues. Les Finlandais sont majoritairement protestants, de l’Eglise évangélique, luthériens, austères, à l’image de la campagne finlandaise.

 

Je prends donc mon petit déjeuner face à la fenêtre de la cuisine. La vue donne sur le long batiment-atelier d’Henrik, où il répare les moteurs de bateaux. Les murs en bois peints en rouge tranchent sur la blancheur de la neige. C’est un petit déjeuner nordique, sur mon  assiette, des tartines de pain de seigle, recouvertes de tranches de fromage et de rondelles de concombres et parfois de tranches de saumon fumé. Nous faisons une grande consommation de saumon fumé. J’adore.

 

La situation au Moyen-Orient est présente en permanence à la télévision. Toutes les chaînes françaises ont la même orientation : seules sont évoquées les frappes iraniennes sur les bases américaines dans les pays du Golfe. Les effets des frappes israélo-américaines ne sont mentionnés  que pour se réjouir de l’élimination de 48 dirigeants iraniens. Ce sont certes des criminels, mais leur exécution sans jugement est illégale. Jamais ne sont évoquées les pertes humaines et les terribles souffrances des civils, contrairement à celles des pays du Golfe.

L’Iran a-t-elle bombardé l’escadre américaine, notamment le porte-avion à propulsion nucléaire Abraham Lincoln ? Ce n’est pas confirmé.

La presse internationale met l’accent sur le recul de l’influence de la Russie qui, après la défaite de Bachir Al Assad et l’enlèvement de Maduro, perd un allié, Ali Khamenei tué hier par une frappe israélienne.

L’Egypte met en garde contre le risque de chaos total dans la région et condamne les attaques contre les pays arabes. Rien sur l’agression israélo-américaine.

Selon El Moudjahid, le ministre Attaf « rejette catégoriquement l’atteinte à la souveraineté des pays arabes ». Il a appelé à un arrêt immédiat de toute escalade, sans mentionner l’agression israélo-américaine.

 

Je ne résiste pas au plaisir d’aller marcher dans la neige fraîche. Le crissement feutré de mes pas trouble à peine le silence profond qui nous enveloppe. La vie pourtant existe, je croise des traces de pattes de lièvres. Au bord du chemin, d’impressionnants containers pour le carton, le verre, les métaux et les ordures ménagères. Ces derniers payants. Le tri sélectif est ici, plus respecté qu’en France, et tout le monde se déclare écologiste. J’entre bientôt dans la forêt. De part et d’autre du chemin, les arbres dressent vers le ciel comme des bras leurs branches nues saupoudrées de blanc. Les sapins sont habillés comme pour une fête.

 

Dans une déclaration datée du 1er mars, le Mouvement de la Paix (France) dénonce : « le risque d’embrassement total du Moyen-Orient […] avec la possibilité de centaines de milliers de morts et le risque accru d’une utilisation des armes nucléaires et d’une extension mondiale de la guerre. »

Nous allons à Kristinestad à 35 km faire des courses. Je retrouve les vieilles ruelles bordées de jolies maisons aux couleurs pastel. La vieille église Ulrika Eleonora. Et la mer gelée sous un ciel bleu entièrement dégagé. Les cristaux de glace étincellent sous les rayons du soleil.

Au Supermarket, j’achète un vin rouge Moulin Teyroud de Château neuf du Pape que je paye 36,44€ au lieu de 37,40€ sur internet.

 

Il semblerait que le porte-avion Abraham Lincoln n’ait pas été touché par un tir iranien, car protégé par un bouclier anti-missile et par un sous-marin évoluant sous sa coque. Macron et les médias français préparent l’opinion publique à un engagement de la France aux côtés des Etats-Unis et d’Israël.

 

Mardi 3 mars

Israël envahit le Sud Liban et les frappes se sont intensifiées dans la nuit contre Téhéran. Des manifestations pour la paix se déroulent à New York.

 

Ce matin à Sideby – où nous avons du mal à imaginer la guerre – je déguste les croissants achetés hier, 0,59€ les deux. Bien moins chers qu’en France.

Avant la pluie qui est annoncée nous partons en forêt avec Naël. Je tire la luge sur le sol glacé. Le vent s’est levé. Les sapins agitent leur chevelure poudrée et nous parlent. Nous disent leur surprise de voir des étrangers s’aventurer ici en cette saison désertée par les bucherons et nous souhaitent la bienvenue. Au cours de la balade nous croisons un djinn que j’ai pu photographier (Photo n°3).

 

Les communistes israéliens ont condamné l’agression de l’Iran par leur pays et les USA.

 

Sous le ciel bas et sombre, en plein après-midi les lampes sont allumées dans l’atelier d’Henrik. Je reste à la maison. Annélie et Adil – les avocats bricoleurs – poursuivent inlassablement au grenier leur chantier de pose d’un parquet. Je lis dans ma chambre le dernier roman de Kaouther Adimi, La joie ennemie. C’est la plus belle chambre de la maison. Les enfants m’ont gâté. Au mur une tapisserie à fleurs stylisées dans les tons gris vert. Au plafond, au-dessus de mon lit, un lustre style années 30, entouré de bougies, suspendu par des chaines ouvragées qui soutiennent un globe de verre surmonté d’un abat-jour en porcelaine. Deux fenêtres à double vitrage pour se protéger du froid, donnent, l’une sur la route dont nous sommes séparés par une large bande herbue actuellement couverte de neige ; l’autre sur la silhouette d’une maison rouge d’un parent d’Ann-Charlotte.

Donc, je lis dans ma chambre. J’aurai l’occasion de revenir sur le roman de Kaouther Adimi sous-titré Ma nuit au musée qui est un va-et-vient entre une exposition de Baya et ses souvenirs d’enfant pendant la décennie noire en Algérie. Un clin d’œil à Mohammed Dib et à ses allers et retours entre l’Algérie et la Finlande.

 

Mercredi 4 mars

La nuit dernière, la lune éclairait la neige d’une clarté mystérieuse. Ce matin le thermomètre indique 2°. Alternance de nuages et de soleil. Un vent désagréable abrège ma promenade. Mais Kaouther Amidi m’attend, et Alger et la mer : « Les rues s’entremêlent, se séparent. Les corps se frôlent. Le soleil m’aveugle. Et la mer, la mer, difficile de la manquer. Je respire fort, très fort. Je respire toujours ainsi chez moi. »

Et je joue avec mes petits. Ils m’initient à des jeux dont j’ignorais l’existence.Aujourd’hui, Le serpent qui se mordait la queue. Sur un carton comportant des cases numérotées de 1 à 100, on déplace un pion en fonction du chiffre obtenu en lançant un dé. Des échelles permettent de gagner des places si nous tombons sur un bon numéro et, au contraire, de reculer en queue si nous tombons sur la tête du serpent. On peut s’interroger sur le caractère éducatif d’un tel jeu qui privilégie le hasard au détriment de la réflexion tactique. Mais c’est amusant. Il y a aussi Kimble qui se joue avec des Moumines, une famille de gentils trolls ressemblant à des hippopotames, créés par la Finlandaise suédophone Tove Jansson. C’est également un jeu de hasard qui permet de manger l’adversaire si l’on tombe sur le bon numéro.

 

Jeudi 5 mars

Il fait ce matin un soleil magnifique. La température est de 1°, mais la nuit dernière, il a gelé. Le sol est glacé. Je fais des photos du village. Mona-Lisa nous attend à la cabane pour la pêche. La « pêche blanche », spécialité nordique qui se pratique sur la mer gelée (Photos n°4 et 5), de préférence, en février-mars.

A cent mètres du rivage, dans la glace épaisse de 60 cm, Henrick, à l’aide d’une tarière, a percé deux  trous de 40 cm x 40 cm, distants de 20 mètres, entre lesquels un filet va être tendu.

Nous nous avançons prudemment sur la glace. A l’horizon, une ligne blanche, au-delà de laquelle la mer n’est pas gelée. Mona-Lisa est accroupie au bord d’un des trous (Photo 5) et tire le filet pour recueillir le poisson pris au piège. Cette fois, il s’agit d’un gros saumon qui ; en raison de son poids, ne pourra être extrait du filet qu’à l’aide d’un crochet.

Mais comment ont-ils pu installer ce filet ? C’est pour moi un mystère. Ce sera le sujet de longs échanges avec Henrtick, le soir, au cours du lunch préparé par Mona-Lisa.

Selon la photo et le dessin ci-contre, la planche (Photos ci-dessous), à laquelle est fixé le filet, plongée dans un des trous et appuyée horizontalement à la paroi interne de la glace, est reliée au pêcheur par une corde (a).  En tirant celle-ci, le pêcheur fait remonter une tige de fer (d) qui actionne une lamelle de bois (f) arrimée à la planche. Cette lamelle armée d’un long clou (b), en remontant, accroche ce dernier à la glace et, centimètre par centimètre, fait ainsi progresser la planche vers le second trou où elle sera recueillie ainsi que son filet par un second pêcheur.

 

Vendredi  mars

Je suis réveillé par un appel de Lucrèce Tébani qui m’apprend le décès de son mari Lakhdar et qui me demande un texte destiné à être  lu pour son inhumation au cimetière de Soudorgues.

J’ai connu Lakhdar dans les années 90, au Conseil d’administration de l’Office départemental d’HLM (Habitat du Gard aujourd’hui) dont il était membre en qualité de contrôleur financier de l’Office. Lakhdar était né à Aït Atelli en Grande Kabylie. Arrivé » en France en 1962 avec sa mère, il avait été interné au camp de l’Ardoise près de Bagnols-sur-Cèze. Grâce à sa mère il suivit une scolarité studieuse et poursuivit des études qui lui permirent d’accéder à des postes de responsabilité dans l’administration française. Il termina sa carrière comme Directeur des Ressources humaines de l’Office HLM du Gard. Quand je l’ai connu, l’Office traversait une période difficile due à une gestion qui se révèlera délictuelle. Lakhdar dénonçait cette gestion, à contre-courant de la majorité du Conseil d’administration. De plus, Algérien d’origine il se heurtait à un certain racisme larvé. Nous étions peu nombreux à le soutenir, admirant son courage. Lakhdar, adhérent de la CGT comme son épouse, resta jusqu’à la fin fidèle au syndicat.

Dans le texte que j’ai adressé à Lucrèce, je soulignai l’apport précieux de ce Français intelligent et honnête issu de l’immigration, à la mise en oeuvre d’une politique sociale soucieuse des des deniers publics et assurai Lucrèce et sa famille de ma profonde amitié.

 

Samedi 7 mars

Nous rentrons. Notre séjour nordique se termine alors que le printemps cette année est en avance. J’ai retrouvé, neuf ans après mon dernier séjour, un pays dont le niveau de vie est un des plus élevé d’Europe. Des magasins bien achalandés de produits de qualité à des prix inférieurs aux prix français. Des restaurants très fréquentés à des prix abordables. Un habitat bien entretenu. Des routes en parfait état malgré les basses températures. Les statistiques officielles en témoignent. Selon le FMI, le Produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Finlande était en 2025 de 66 512 dollars. Celui de la France était à la même époque de 48 982 dollars. Dans les deux pays le taux d’inflation oscille autour de 2%. Que va devenir ce pays avec un gouvernement de droite extrême ? Bien que désormais membre de l’OTAN, il interdisait la présence d’armes nucléaires sur son sol, une loi vient d'autoriser celles-ci ,  entraînant une mise en garde de la Russie.

Notre retour s’effectue par Amsterdam. Nous quittons le magnifique et fonctionnel aérogare d’Helsinsky (Photo 6) digne de la réputation de la patrie d’Alvar Aalto. Celui de Marseille, en arrivant, nous paraîtra bien triste…

Bernard DESCHAMPS

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