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(Christophe Giovaninetti, photo Journal La terrasse)
Les 170 chaises étaient pratiquement toutes occupées pour ce second concert. Par contre les organisateurs sont déçus qu’il ait eu peu de monde hier soir à Valleraugue.
Le grand public connait les noms, sinon les œuvres, de Dvorak, Janacek et Smetana, mais le nom de Bohuslav Martinu est pratiquement inconnu en France, sauf des mélomanes. Nous avions la chance de découvrir ce soir ce grand compositeur né en 1890 et décédé en 1959 qui, dans les années 30, fuyant la Tchécoslovaquie occupée par les nazis, se réfugia à Paris, puis en zone libre et, après un séjour aux USA, revint en France et en Suisse.
Christophe Giovaninetti au violon et Pierre-Henri Xuereb à l’alto, accompagnés de Pascal Mantin au piano, nous offrirent le Duo n°2. Dans le premier mouvement, allegro, qui peut être ressenti comme une noce villageoise ou comme une sarabande de joyeux garçons interpellant les filles afin qu’elles se joignent à leur ronde endiablée, l’influence du folklore tchèque est perceptible. Le second mouvement, lento, est une rêverie. Le troisième mouvement, allegro poco, est comme un appel, un cri, « Et après ? »
De la Tchécoslovaquie, nous sommes passés à l’Allemagne avec Beethoven, par la grâce de Christophe Giovaninetti et de Pascal Mantin, avec la Sonate, opus 12, n°1 en Ré majeur. Le violon, en dialogue avec le piano, déroula un chant à la fois joyeux et plein de délicatesse.
Les accents graves et profonds de l’alto de Zhen Su ouvrirent l’adagio expressivo du Lament de l’altiste et chef d’orchestre post romantique anglais Frank Bridge (1879-1941) qui eut Benjamin Britten parmi ses élèves. Comme le titre l’indique, il s’agit d’une lamentation du compositeur pacifiste bouleversé par les horreurs de la Première guerre mondiale, traversée par les cris de douleur de l’alto de Pierre-Henri Xuéreb.
La Sonate pour violon et piano de Claude Debussy couronnait cette soirée. Plus exactement, la soirée a été couronnée par le jeu éblouissant de Ybin Li au violon, remarquablement accompagnée par Pascal Mantin au piano.
Composée vers la fin de la Première guerre mondiale, peu avant la mort du compositeur, cette ouvre que j’ai vécue comme une réflexion intérieure émaillée de souvenirs surgis du tréfonds de l’être, traversée par des accents douloureux et angoissés, est néanmoins « pleine d’un joyeux tumulte.
Une ovation prolongée salua la prestation des deux artistes.
Bernard DESCHAMPS
Les Horts de Soudorgues
21 août 2025
