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29 avril 2026 3 29 /04 /avril /2026 14:07

 

C’est, chaque fois, comme un retour aux sources. Les pavés mouillés du Paris de mon enfance. Paris si triste sous la pluie, mais dont les immeubles haussmanniens resplendissent sous le soleil en cette fin d’avril. Offrant à notre regard ébloui les moulures des fenêtres aux reliefs accentués par la lumière. Et le métro que je fréquenterai plus tard et dont je retrouve les escaliers, les longs couloirs inondés de publicité et ses passagers pressés.

Ce furent trois journées intenses à l’occasion du 100e anniversaire de la création de l’Etoile nord- africaine. J’en profitai pour aller voir trois expositions qui me tenaient à cœur, Matisse au Grand Palais, le Douanier Rousseau au musée de l’Orangerie, un passage obligé au Musée Picasso et surtout d’intenses moments de bonheur avec ma petite-fille Cécilia et mon nouvel arrière-petit-fils en devenir.

Un colloque d’historiens et de témoins était organisé à l’initiative de plusieurs associations et de la CGT-Paris,  à la Bourse du travail, boulevard du Temple, pour commémorer la création de l’ENA. J’y retrouvai avec plaisir deux historiens amis, Gilles Manceron et Alain Ruscio qui présentèrent chacun une communication devant une assistance de plusieurs centaines de personnes. Evidemment le rôle que joua la diaspora et celui de Messali Hadj furent longuement  évoqués et beaucoup découvrirent la voix de ce dernier lors d’un meeting dans les années trente, mais l’aspect le plus novateur fut sans doute la mise en lumière d’Hadj Ali Abdelkader dont le souvenir a été occulté par celui de Messali. Hadj Ali qui était membre de la direction du jeune Parti communiste français fut en fait, en application de la 8e condition imposée par l’Internationale communiste,  le véritable fondateur de l’ENA parmi les algériens notamment les ouvriers algériens présents en France. La recherche historique et des témoignages permirent de préciser son parcours et sa personnalité, commerçant, marié à une française, revendiquant ouvertement l’indépendance de l’Algérie bien qu’ayant obtenu la nationalité française.

L’exposition Matisse qui se poursuit jusqu’au 26 juillet était annoncée comme l’évènement culturel de ce printemps. Les quelque 300 œuvres présentées, certaines provenant de l’étranger et exposées pour la première fois en France, datent de la dernière période de la vie d’Henri Matisse, singulièrement prolifique et au sommet de son art. Je suis une nouvelle fois bouleversé par la fluidité de son trait, par l’explosion des couleurs et la permanence en perpétuel renouvellement de son vocabulaire aquatique et végétal. Par sa dextérité aussi, armé de longs ciseaux, dans  le découpage des feuilles pour ses collages.

Au fil des salles, je flache sur La danse (1910, orange, verte et bleue) ; La blouse roumaine (1940, blanche et délicatement fleurie) ; Jackie (1947, une présence d’une remarquable pureté) ; Nus bleus (1952) ; La gerbe (1953, feuilles digitales) et sur ses groupes métissés de femmes qui témoignent de son sens de l’altérité.

Quel est chez un artiste, la part de l’originalité personnelle, de ce que l’on appelle son style et ce qui est l’aboutissement d’une recherche ? L’onde que dégage une oeuvre et qui nous touche est-elle naturelle ou est-elle le fruit du travail ? Pour aboutir au portrait d’Aragon épuré, remarquablement présent, Matisse a effectué pas moins de 12 esquisses qui sont exposées.

Je suis également interpelé par ses vitraux de l’église du Rosaire de Vence et en particulier par Saint Dominique qui rayonne d’une foi sereine que Matisse bien que libre penseur a su exprimer.

 

 

 

 

 

Dans le Jardin des Tuileries  redessiné par André Le Nôtre en 1664 sous Louis XIV, le Musée de l’Orangerie accueille plusieurs expositions dont une rétrospective d’Henri dit Douanier Rousseau. Ce n’était pas un naïf, contrairement aux jugements d’une certaine critique et à l’aspect enfantin de certaines représentations. Ses tableaux, ses portraits-paysages situés dans des sites arborés, sont très travaillés.

Un petit film montre l’évolution, les transformations apportées par l’artiste à La Noce (1905). Ainsi le chien noir ajouté à la place des pieds de la mariée. J’aime ses paysages, ses portraits individuels ou de familles, un peu guindés pendant la pose. Le charme des vieilles photos qui restituent une époque révolue. Ou ses rêves exotiques, une femme nue dans un décor floral, Le Rêve (1910).

Dans une salle à côté, en opposition avec les images sages et familières d’Henri Rousseau, les corps douloureux d’Echaïm Soutine.

Un passage obligé par le Musée Picasso, d’autant qu’est programmé Les métamorphoses de Guernica en réalité virtuelle. C’est une expérience singulière. Un opérateur m’installe sur un tabouret et me coiffe d’un casque. Je suis au milieu des immeubles effondrés, des avions approchent dans un vrombissement angoissant et je suis assourdi par le fracas des bombes. Je suis ensuite dans l’atelier du peintre à Paris que je visite en tournant la tête.

Une immense toile est tendue sur laquelle l’artiste esquisse les motifs et commenté par Dora Maar, nous suivons les étapes de la création : une tête de cheval hennissant ; un taureau ; une femme les bras levés vers le ciel ; une autre la bouche ouverte dans un cri déchirant ; un corps allongé mort…Bouleversant.

Je ne quitte pas le musée sans aller faire un tour dans les salles du premier étage auquel on accède par un magnifique escalier monumental. Et revoir, le regard étonné de l’Auto portrait à la mèche (1907) et celui passionné de Dora Maar (1937).

 

 

Ce soir, après ces trois journées intenses, je rentre à Nîmes.

Bernard DESCHAMPS

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