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Ci-dessous les notes que j'avais préparées pour le débat à Alès sur le film de Mathieu Rigouste "Un seul héros le peuple".
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Les manifestations d’Algérien.nes, qui durent plus d'une semaine du 9 au 16 décembre 1960, en réponse aux manifestations des ultras de l’Algérie française, s'étendent à plusieurs villes, Alger, Oran, Chlef, Blida, Constantine, Annaba et autres.
Le général De Gaulle autorise l’armée à ouvrir le feu sur les manifestants, tuant au moins 260 personnes. (Davantage selon les responsables algériens).
Le contexte politique :
- Un an après la déclaration du 16 septembre 1959 de De Gaulle sur le droit à l’autodétermination de l’Algérie et quelques mois avant le référendum du 8 janvier 1961.
- Quelques mois après la Semaine des barricades (24 janvier-1er février 960) dressées à Alger par les ultras de l’Algérie française.
- Quelques semaines après la déclaration du 5 septembre 1960 de De Gaulle sur « l’Algérie algérienne ».
- A la veille d’une assemblée générale de l’ONU qui allait voter par 63 voix POUR, 8 contre et 27 abstentions la résolution historique du 20 décembre 1961 reconnaissant « le droit du peuple algérien à la libre détermination et à l’indépendance ».
- A l’occasion du voyage de De Gaulle en Algérie à partir du 9 décembre.
Le contexte militaire
- Le rouleau compresseur du Plan Challe appliqué de février 1959 à avril 1961 a entraîné la perte des 2/3 des effectifs de l’ALN. 26 000 combattants ont été mis hors de combats. Sur 50 000, il n’en reste que 8 000 y compris les moussebiline et les mounadiline (auxiliaires)
Hirak 2019, Décembre 1960, similitudes et différences
Similitudes :
- Immense mouvement populaire spontané à l’origine.
- Aucun leader.
- Soulèvement pacifique.
- La joie. L’enthousiasme
Différences :
- 1960 : Pour l’indépendance. Soutien au FLN.
- 2019 : Contre un 5e mandat du Président Bouteflika.
- 1960 : répression féroce, des centaines de morts.
- 2019 : L’armée sous la direction du Général Gaïd Salah n’intervient pas.
- 1960 : Permanence des objectifs politiques du mouvement.
- 2019 : Evolution vers la recherche d’un nouveau cours politique.
- 1960 : Sans instruction du fait de la colonisation.
- 2019 : Participants majoritairement jeunes et instruits.
- 1960 : Attachement à un Islam tolérant.
2019 : Présence du FIS et du GIA (terrorisme islamique) rejetés des
cortèges en 2019, tolérés en 2020.
1960, une année singulière dans le Bassin minier des Cévennes
- Le bassin compte encore à cette époque quelque 15 000 mineurs dont 1 100 mineurs algériens très engagés dans le combat pour l’indépendance de leur pays. C’est d’autant plus courageux de leur part que c’est sur le territoire du pays colonisateur. Mais ils sont assurés du soutien de l’immense majorité des autres mineurs comme l’avait montré la solidarité dont ils avaient bénéficiée lors de la Grève de huit jours du 28 janvier au 5 février 1957, suivie par 91 à 98% selon la police.
- Dans leur combat, ils ne s’attaquent pas à la population, mais uniquement aux forces armées et à la police, et, à partir de 1958, à quelques installations stratégiques comme l’usine à gaz et un dépôt de carburant à Alès, qu’ils feront exploser. Ils collectent l’ichtirak – l’impôt patriotique – que verse chaque mineur algérien et qui est destiné à financer l’aide aux familles victimes de la répression et la lutte armée en Algérie.
- A Alès se trouve le centre de commandement clandestin de la zone 1 qui comprend le Gard, l’Hérault, le Vaucluse, la Lozère et une partie de l’Ardèche, de la superzone de la Fédération de France du FLN qui va de Perpignan à Saint Nazaire en Loire atlantique.
- C’est dire le rôle important que jouent les mineurs algériens du Bassin minier. Selon les rapports de police que j’ai consultés, l’organisation du FLN du secteur d’Alès compte en 1960, 250 cotisants hommes et 222 cotisantes femmes. La branche militaire (katiba), 32 fida’iyûn à Alès, 14 à Saint-Florentg-sur-Auzonnet, 8 seulement à La Grand’Combe qui a été démantelé par la police.
- Le 9 juin 1960 précisément, police et gendarmerie vont procéder à une grande rafle. 73 militants dont deux femmes vont être arrêté.es notamment à Alès, La Grand’Combe, Saint-Jean-de-Valériscle, Le Martinet, Les Salles-du-Gardon, Saint-Martin-de-Valgalgues…Parmi eux les principaux responsables, Kacimi Slimane, le superzonal, qui était dans le Gard venant de Paris depuis le 20 mars, Salem Bellabas (Marinelli), le zonal d’Alès. Ahmed Bouzeghina, le chef militaire de la superzone, réussit à s’échapper.
- Quelqu’un les a vendus. Mais la tâche de la police avait été facilitée par sa connaissance des noms des militants du FLN qui avaient tenu les piquets de grève lors de la Grève de huit jours de 1957. Cet acte héroïque avait à l’époque été critiqué par certains responsables du FLN, car il révélait au grand jour la personnalité de ses militants.
- Deux jours plus tard, le 11 juin, le Préfet du Gard informe les gendarmeries du département : « l’organisation spéciale du FLN se préparait à l’exécution de sabotages…parmi les objectifs visés figure le Centre atomique de Marcoule » Un Rapport manuscrit dont on pense qu’il a été rédigé par Ahmed Bouzeghina lui-même, saisi le 9 juin, confirme 7 objectifs militaires parmi lesquels ne figure pas Marcoule. - CA 1361, Gendarmerie n°288, 25 juin 1960 : « découvertes de dépôts d’armes…photographies de barrages hydroélectriques »
- Alors que le 31 juillet, des attentats ont lieu dans plusieurs régions de France, il n’y en aura pas dans le Bassin minier des Cévennes où la puissante organisation du FLN a été démantelée. Sérieusement affaibli mais il «réorganisera ses cadres de direction » selon les RG (CA 1361, 5/11/ 1960
Le 9 juin et les jours suivants dans le Bassin minier…
- C’est dans la presse le silence complet sur ces arrestations. La police les a gardées secrètes. La population du Bassin n’en sera pas informée. Seul fonctionne le bouche à oreilles, à partir notamment de Suzanne Fiévée une des deux femmes arrêtées, mais qui a réussi à s’échapper.
- La Marseillaise du 9, fait état d’un arrêt de travail des métallos de Tamaris et publie un communiqué « Vers la réalisation d’un front syndical commun sur les problèmes de la guerre d’Algérie » signé par le SNES, la CGT, le SGEN, la CFTC, le SNI (Ferret, Bourderon, Alméras, Saurel) qui se prononce pour « l’application loyale du droit à l’autodétermination » mais ne fait aucune allusion aux arrestations qu’à l’évidence ils ignorent.
- A aucun moment, les jours et les semaines suivantes, elles ne seront évoquées par la presse qui pourtant publie de nombreux textes de soutien au combat pour le droit à l’autodétermination en faveur duquel De Gaulle s’était prononcé quelques mois plus tôt, le 16 septembre 1959.
- Le 11, se tient à Paris un Congrès national qui réunit de nombreuses organisations « Pour la Paix en Algérie »
- Le 13, La Marseillaise relate longuement le procès d’Alger contre l’épouse de Maurice Audin.
- A partir du 22 juin, elle évoquera quotidiennement la venue annoncée du président du GPRA, Ferhat Abbas, en France pour négocier avec le gouvernement français (ce sera la rencontre de Melun du 25 au 29 juin, Boumandjel, Morice).
- Le 29, se déroulent dans toute la France, de puissantes manifestations pour « la Paix en Algérie », des milliers à Nîmes, Alès et le Bassin. -Octobre 1960 : Les foot-ballers algériens Mohamed Bouricha (Nîmes olympique) et Amokrane Oualiken (gardois jouant à Montpellier) ont quitté clandestinement la France pour rejoindre à Tunis la Glorieuse équipe de foot du FLN.
- RG Alès n°3112, 10/10/1960 : « Pour une durée de 24 heures, les 73 détenus de la Maison d’arrêt d’Alès arrêtés en juin et juillet dernier et appartenant à l’organisation politico-administrative ou à l’organisation spéciale du FLN font la grève de la faim. » (en solidarité avec deux exécutés de Mostaganem).
Transférés à Saint-Hippolyte-du-Fort et internés dans l’Ecole des Enfants de troupe, je découvrirai que certain.es y sont interrogé.es sous la torture à l’eau et l’électricité, ce qui me sera confirmé par Fatima Krim et par Abderrahmane Djoudi qui nous fait également l’honneur d’être parmi nous ce soir.
Ils seront condamnés, et parmi eux Fatima Krim et Abderrahmane Djoudi, à de lourdes peines de prison, le 24 février 1961 par le Tribunal des forces armées de Marseille. Trois avocats du Barreau d’Alès les défendront, Raymond Dussargues qui sera par la suite, de 1965 à 1989, un des adjoints à Roger Roucaute, le maire d’Alès, assisté de Maîtres Brun et Artigues.
Pour vous donner une idée du climat politique qui régnait alors, le 21 janvier 1961, une charge de plastic avait explosé, 18 bis rue Ernest Renan à Nîmes, au domicile de l’ancien Résistant-déporté gaulliste, le Dr. Georges Salan, le frère du général putschiste de l’OAS Raoul Salan avec lequel il était en profond désaccord.
Décembre 1960 dans le Gard
-Les quotidiens régionaux, La Marseillaise (communiste), Midi Libre (centre), Le Méridional (extrême droite), Le Provençal (socialiste) relatent abondamment les manifestations de décembre en Algérie, par des gros titres en page 1 et en pages intérieures. Les travailleurs algériens en sont donc largement informés, mais je ne trouve aucune mention, dans aucun journal, de manifestations de soutien, contrairement à la Grève de huit jours des mineurs algériens de 1957.
- La Marseillaise, le 11 décembre « Scènes de violence ultra »
- Le 12 : « Dimanche sanglant à Alger. Paras et ultras tirent sur les Musulmans qui par dizaines de mille m. 61 morts. »
- Le 13 : La Marseillaise est saisie et ne parait donc dans aucun kiosque.
- Les jours suivants, La Marseillaise continue cependant d’informer sur les manifestations d’Algérie.
- Prises de position des organisations gardoises CGT, CFTC, FEN, Fédération des œuvres laïques, FNDIRP, Ligue des droits de l’homme pour « le droit à l’autodétermination du peuple algérien » « la négociation avec le GPRA »
- Le 20 décembre : meeting du PCF à Alès avec Marcel Ferrier, Gilberte Roca et joseph Sanguedolce pour le NON au référendum du 8 janvier et « pour la paix négociée en Algérie »
- Le 29 décembre, débat organisé à Nîmes par de très nombreuses organisations (Mt. de la Paix, CGT…) pour « la négociation avec le GPRA ».
- Des mères et des épouses de soldats manifestent à Nîmes pour la Paix en Algérie à l’appel de l’Union des femmes françaises.
Bernard DESCHAMPS
13 février 2026
