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Par Bernard Deschamps
Les 22 et 23 novembre 2025, s’est tenu pour la première fois en Afrique, à Johannesburg (Afrique du Sud), la vingtième réunion du Groupe des vingt (G20) sur le thème « Solidarité, Égalité, Durabilité ». « Enfin, l’Afrique à la table des grands », écrit le média Jeuneafique (21 novembre). Le G20 est en effet constitué des pays suivants Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Russie, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume Uni, Turquie et l’Union européenne. Il représente 85% du PIB mondial et environ les 2/3 de la population.
En comptant les invités hors G20 (dont l’Union africaine et l’Algérie), 49 pays étaient présents dont 18 du G20. Le sommet était boycotté par Donald Trump (USA) et par Javier MIlei (Argentine).
« Le continent saura-t-il faire de ce moment symbolique le levier d’une transformation durable ? » s’interrogeait Jeuneafrique.
Le président Cyril Ramaphosa, dans son allocution d’ouverture au nom de l’Afrique du Sud, puissance invitante, a déclaré qu'un « consensus avait été trouvé pour adopter une déclaration commune «. « Le G20 met l'accent sur la valeur et la pertinence du multilatéralisme. Il reconnaît que les défis auxquels nous sommes tous confrontés ne peuvent être résolus que par la coopération, la collaboration et le partenariat", (Les Echos, 22 novembre).
Le président en exercice de l’Union africaine, l’Angolais João Lourenço a pour sa part mis l’accent sur « le manque de financements abordables [le] plus grand obstacle à l’ambition africaine » et il a appelé le G20 à « soutenir la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui représente un marché de 3 400 milliards de dollars. » (APAnews عربية, 22 novembre) dont la réalisation dans les conditions actuelles est problématique et ne serait- pas sans danger pour les pays africains les plus en difficulté. (Pierrette Essama Mekongo, Senior Université de Yaoundé II, site The Conversation le 21 juillet 2019).
Dans une remarquable intervention – à mon sens, la plus progressiste de toutes – le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb représentant le président Abdelmadjid Tebboune a procédé à
« une analyse critique du système financier international », livré « une vision stratégique pour la paix et la prospérité en Afrique, soutenue par des chiffres et des actions concrètes, ainsi qu’un plaidoyer pour des réformes profondes afin d'alléger le fardeau de la dette souveraine. » « Le chef de l’Etat a ensuite planté le décor d’un monde en proie à des défis d'une extrême complexité, tant politiques qu'économiques. […] Il a affirmé avec force qu’il était indéniable que « la pauvreté, le chômage, les inégalités et les disparités de développement, particulièrement en Afrique, conjugués aux crises nées du changement climatique, aux pénuries d'énergie, aux questions de sécurité alimentaire et aux niveaux d'endettement inédits, constituent des risques majeurs pour la communauté internationale […] En ce sens, il a rappelé qu’à moins de cinq ans de l'échéance de 2030 pour les Objectifs de Développement Durable, ceux-ci demeurent largement hors de portée, avec seulement 12 % en cours de réalisation et la moitié confrontée à des difficultés requérant une mobilisation accrue ».
« Il a aussi mis en avant les progrès significatifs de l’Algérie dans la réalisation des objectifs de développement et son soutien constant aux pays du Sahel via des projets de développement dotés d'un budget consistant. « L’Algérie n'a jamais manqué de tendre la main aux pays du Sahel africain dans le cadre de la coordination régionale et internationale, et à travers l’Agence Algérienne de Coopération et de Solidarité Internationale via des projets de développement, pour lesquels mon pays a alloué un budget substantiel ». Abordant par ailleurs les priorités inscrites au Sommet du G20, le chef de l’Etat a articulé sa position en quatre points essentiels. Il a d’abord associé l’Algérie à l'appel de l'Afrique du Sud pour un traitement urgent du fardeau de la dette de son service pour les pays en développement et les plus pauvres, prônant l'effacement partiel ou la conversion en investissements directs et viables. En guise d'action concrète, il a rappelé que l'Algérie « soucieuse de contribuer à trouver des solutions à cette problématique, a pris l'initiative d'effacer la dette de 18 pays africains afin d'alléger le fardeau de l'endettement de ces pays frères […] l’Algérie se joint aussi, affirme le président de la République, aux voix réclamant une réforme des organisations financières internationales. Il a plaidé pour une révision des mécanismes décisionnels afin d'assurer une représentation juste et équitable des pays en développement et de l'Afrique, tenant compte de leur poids démographique et économique croissant. Troisièmement, dans le domaine des énergies renouvelables, il a affirmé que l'Algérie n'a cessé de plaider pour la mobilisation de financements et de ressources afin d'aider les pays pauvres dans leur transition vers l'énergie verte.[…] Quatrièmement, l’Algérie a exprimé son soutien à toutes les initiatives visant à augmenter les financements pour la prévention des risques majeurs et la réponse rapide aux catastrophes. […] Le Président Tebboune a souligné que solidarité et responsabilité collective sont essentielles, appelant à réformer les institutions financières internationales et alléger la dette des pays en développement ».( El Moudjahid, 22 novembre)
L’Afrique du Sud avait défini les priorités suivantes :
-Résilience aux catastrophes – renforcer la coordination internationale des réponses aux catastrophes naturelles et liées au climat.
-Viabilité de la dette – soutenir l’amélioration des mécanismes d’allégement de la dette et la transparence pour les pays à faible revenu.
-Financement de la transition énergétique – mobiliser des fonds pour les énergies renouvelables.
-Minéraux critiques – promouvoir un développement durable et localement bénéfique des ressources minérales.
-Priorité 1 – Croissance économique inclusive, industrialisation, emploi et réduction des inégalités
-Priorité 2 – Sécurité alimentaire
-Priorité 3 – Intelligence artificielle et innovation au service du développement durable »
A la lecture de la Déclaration très générale adoptée par le Sommet, on peut avoir le sentiment d’être loin des objectifs ci-dessus que s’était fixés l’Afrique du Sud. Le jugement pessimiste du président français, Emmanuel Macron, rapporté par l’AFP (22 novembre) serait-il confirmé ? : « Le G20 arrive peut-être à la fin d'un cycle (...) On vit un moment de notre géopolitique où nous avons beaucoup de mal à régler autour de cette table (...) les grandes crises internationales ». Ce n’est pas l’opinion du Sunday Times, l’hebdomadaire de Johannesburg, du 23 novembre : « Coup dur pour Trump. Les dirigeants du G20 réunis en Afrique du Sud se sont accordés sur une déclaration finale allant à l’encontre des vœux du président américain ». Ni l’opinion de la presse officielle chinoise ( French.china.org.cn,22 novembre) qui fait siennes les paroles du président Ramaphosa : « L'adoption de la déclaration du sommet envoie un signal important au monde : le multilatéralisme peut et doit produire des résultats ».
Ce sommet est en effet une étape sur la voie d’un développement pacifique du Continent au service de tous les Africains. Mais une étape importante.
Bernard DESCHAMPS
24 novembre 2025
