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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 15:26

Photo wikipédia

El Moudjahid

Lundi 30 Mars 2026

De son ralliement, très jeune, au sein de l’Armée nationale populaire, à sa dernière apparition publique, le 19 octobre 2023, lorsqu’il avait participé à une marche de solidarité en soutien à la population de Ghaza, que de chemin parcouru par le défunt Liamine Zeroual. Un homme qui a assurément marqué l’histoire de l’Algérie de par son aura, ses prises de positions fermes et son intégrité incontestée, couplées à un patriotisme de première heure, comme en témoigne son engagement dans la guerre de Libération nationale alors qu’il n’avait pas encore atteint 16 ans.[…]

Après avoir fait valoir ses droits à la retraite, en 1989, et occupé brièvement le poste d’Ambassadeur de l’Algérie en Roumanie, Liamine Zeroual s’est en effet, retiré complètement de la vie militaire et politique, mais il sera appelé par la patrie pour occuper le poste de président de l’Etat, à la suite de la conférence nationale, tenue le 30 janvier. Il remplacera Ali Kafi, suite à la dissolution du Haut comité d’Etat (HCE) et va ainsi assurer la période de transition. Le contexte de l’époque était très difficile et le pays était en proie à un terrorisme aveugle et barbare qui menaçait les fondements même de l’Etat algérien. En quelques mois, le défunt président Zeroual a su gagner l’estime du peuple algérien qui, rapidement, voyait en lui un homme intègre, droit, fidèle à ses principes et profondément attaché à sa patrie, tant bien qu’il sera brillamment élu président de la République, un certain 16 novembre 1995, dans ce qui sera connu comme étant la première élection présidentielle pluraliste de l’histoire de l’Algérie. Zeroual n’ira toutefois pas au bout de son mandat et organise des élections anticipées, en 1999. Humble et discret qu’il était depuis son enfance, il le sera jusqu’à son dernier souffle.

S. A. M.

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El Watan

30 mars 2026

Liamine Zéroual n’est plus. Le 28 mars 2026, à Alger, le «lion des Aurès» a poussé son dernier soupir, s’éteignant à l’âge de 84 ans après avoir lutté avec la même dignité silencieuse contre la maladie qu’il avait opposée, jadis, aux tempêtes de l’histoire.

Avec lui, c’est un pan entier de l’âme algérienne qui s’affaisse, une figure tutélaire, dont le nom seul incarnait une vertu rare en politique, le consensus né de l’intégrité absolue. Homme d’Etat à la stature de granit, il fut ce roc sur lequel la patrie, vacillante, put s’appuyer au pire de la tourmente.

Sa probité, érigée en sacerdoce, et son sens aigu de l’intérêt national, placé au-dessus des ambitions éphémères, lui valurent le respect unanime d’un peuple épris de justice. Pour comprendre l’homme, il faut remonter à la source, là où la roche se confond avec le ciel. Liamine Zeroual est né le 3 juillet 1941 à Batna, au cœur battant des Aurès. Il est le fils de cette terre berbère farouche, patrie des Chaouis et des Nememcha, ce bastion imprenable qui fut le berceau, le 1er novembre 1954, de l’insurrection libératrice. Grandir dans le Batna colonial, pour le fils d’un modeste employé des PTT, c’était respirer l’air raréfié de l’oppression, mais aussi le parfum enivrant de la révolte naissante. Fréquentant l’Ecole du Stand, l’enfant des Aurès s’imprègne très tôt d’un esprit de résistance qui coule dans les veines de la région.

Le paysage lui-même est un maquis. Les montagnes vibrent du souvenir de Mostefa Ben Boulaïd, l’architecte de l’insurrection. Les récits des premiers chouhada (martyrs) bercent son adolescence, tandis que les villages, dont celui de sa propre famille, subissent le joug des répressions et des fouilles incessantes. La brutalité du système colonial, les massacres et les déplacements forcés ne sont pas pour lui des concepts abstraits, mais une réalité quotidienne crucifiante. Le choix de l’engagement n’est pas une option, c’est une évidence éthique. En 1957, à seulement 16 ans, Liamine Zeroual franchit le pas décisif.

Il rejoint l’Armée de libération nationale (ALN), la branche armée du FLN. Quitter l’enfance pour la rudesse des djebels, alors que le plan Challe jette des dizaines de milliers de soldats français à la poursuite des «rebelles», témoigne d’une détermination et d’un courage exceptionnels. Affecté à la mythique Wilaya I (les Aurès), le jeune moudjahid plonge dans une guerre d’usure impitoyable. Il s’illustre dans cette guérilla des cimes où chaque grotte, chaque village perché devient un refuge et une forteresse.

Embuscades sur les axes stratégiques, sabotages, attaques de postes isolés… Zeroual apprend l’art de la guerre dans le relief escarpé qui l’a vu naître. Sous l’autorité de chefs légendaires, comme Si El Haouès, il survit aux ratissages massifs et aux pertes terribles qui déciment les rangs des maquisards à la fin des années 1950. Il devient le visage de cette génération de combattants stoïques, endurants face à la faim, au froid et à la traque permanente, portés par un sens du devoir absolu. A la fin de l’année 1961, aguerri par des années de combats au corps à corps, il rejoint les bases de l’ALN aux frontières, via la Tunisie.

L’architecte de la modernisation

Ce passage marque une métamorphose. Dans les centres d’entraînement de Tunis, il accède à une formation militaire structurée, étudiant l’artillerie et la tactique. En 1962, lors de l’offensive finale de l’Armée des frontières, il est déjà un jeune officier respecté. Lorsque le cessez-le-feu du 19 mars retentit, il n’a pas 21 ans, mais il porte déjà en lui la maturité d’un vieux soldat.

A l’indépendance, l’ALN se mue en Armée nationale populaire (ANP) sous l’égide de Houari Boumediène. Liamine Zeroual, fidèle à l’institution militaire qu’il considère comme l’épine dorsale de la nation, choisit la voie du professionnalisme, se tenant farouchement à distance des intrigues politiques du jeune Etat. Sa soif d’apprendre le conduit hors des frontières. Dès 1963, il se forme au Caire, avant de poursuivre un cursus prestigieux à l’Ecole militaire Frunze de Moscou, puis à l’Ecole de Guerre de Paris en 1969.

Ce parcours international, exceptionnel pour un officier issu des maquis, lui confère une double culture stratégique rare, mariant la rigueur doctrinale soviétique à la tradition opérationnelle française.

Ce bagage stratégique exceptionnel, mariant l’austérité doctrinale soviétique à la flexibilité opérationnelle française, ne fit que renforcer une conviction préexistante.

En effet, pour Liamine Zeroual, le métier des armes n’était pas une carrière, mais un véritable sacerdoce. L’uniforme n’était ni un attribut de pouvoir, ni un marchepied social, mais une aube laïque qu’il revêtait avec une gravité quasi-religieuse. De retour en Algérie, sa progression est constante, portée par sa compétence et sa discrétion.

Commandant d’unité à Batna au début des années 1970, il prend ensuite la direction de l’École d’application des armes blindées, où il œuvre à la modernisation cruciale de l’infanterie mécanisée. Les années 1980 l’élèvent aux plus hautes responsabilités. Directeur de l’Académie militaire de Cherchell, il façonne l’esprit de la nouvelle génération d’officiers.

En 1982, nommé à la tête de la vaste 6e Région militaire (le Sahara), il sécurise les infrastructures stratégiques et stabilise les frontières méridionales. Muté à Béchar, face au Maroc, il renforce le dispositif défensif dans un climat de tensions persistantes, affirmant sa maîtrise de la logistique en milieu désertique. En 1987, il prend le commandement de la 5e Région militaire à Constantine, une zone névralgique pour l’équilibre du pays. L’année suivante, il est promu général-major, puis chef d’état major des Forces terrestres en 1989.

A ce poste, il se fait le champion d’une professionnalisation accrue de l’armée, loin des soubresauts du politique. C’est paradoxalement cette exigence d’éthique et de neutralité qui le conduit, en décembre 1989, à quitter ses fonctions suite à des divergences avec la hiérarchie.

Après un intermède comme ambassadeur en Roumanie, il se retire dans ses Aurès natales, à Batna. Du maquisard adolescent au Général-Président, Liamine Zeroual aura incarné, tout au long de sa vie, une trajectoire de fidélité institutionnelle et d’amour inconditionnel pour la patrie. Avec sa disparition, une page se tourne, celle d’une génération de géants nés dans la guerre pour bâtir l’Etat. Le Lion des Aurès s’est tu, mais son rugissement silencieux résonnera longtemps encore dans la conscience de l’Algérie.

El Watan

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