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3 décembre 2025 3 03 /12 /décembre /2025 15:59

(Photo, l'Humanité)

 La grande guerre, 4 frères, 4 poilus qui revinrent tous de l’enfer, Alcide éditions, août 2025. C’est un petit ouvrage, très dense, très savant, et, bien que distancié, pétri d’affection pour son sujet. Car ces quatre frères, ce sont les oncles et le père de l’auteur. Et Collorgues dans le Gard, le berceau de la famille. Le Bas-Languedoc du XIXe siècle qu’en historien érudit, Claude nous restitue.

L’ouvrage s’ouvre sur un rappel du contexte de la « Grande guerre » et des pertes humaines monstrueuses qu’elle entraîna : 9,4 millions d’hommes tués dont 1 322 000 pour la France et 13 687 dans le Gard. 12 à Collorgues, 4,2% de la population…

Les quatre frères, Lucien, Armand, Albin et Georges, fils de Gaston Mazauric et de deux mères, l’auteur les a bien connus. Nés dans une « communauté villageoise […] dominée mais non exclusivement par une paysannerie enracinée dans le terroir, peuplée de familles gouvernées par des hommes mûrs, tous devenus citoyens d’une  France désormais solidement républicaine». Avant 1914, à Collorgues, « l’activité agricole était dominée par une polyculture semi-intensive, ouverte en partie au marché », facilitée  depuis l’ouverture, dans les années 1880, de la ligne de chemin de fer Alès-Beaucaire. Avec un vignoble important constitué des cépages Aramon et Carignan. La sériculture était en recul. La population était essentiellement composée de « petits propriétaires exploitants, plus ou moins dotés ». Il n’y avait alors « Pas de bureau postal et pas encore de relais téléphonique ». Pas, non plus, de « Pasteur de l’Eglise réformée en résidence permanente dans ce village pourtant à dominante très largement protestante ». Un village qui  s’animait le 12 novembre pour la fête votive.

Claude Mazauric retrace avec beaucoup de minutie le parcours de chacun des quatre frères, de leur pére Gaston et de leurs mères, Anaïs et Nancy, de leur naissance à leur décès, qu’il a reconstitué à partir d’une abondante documentation tirée des registres d’état-civil, des archives communales et départementale, des archives militaires, d’actes notariés, de témoignages oraux et  de souvenirs personnels.

Lucien né en 1878, suivit après son certificat d’études un apprentissage de sellier-bourrelier  profession qu’il exerça à Collorgues conjointement avec celle de propriétaire-exploitant du vignoble apporté par son épouse. Il avait 36 ans quand il fut mobilisé, dès le début de la guerre en 1914 ; sous-officier dans les chasseurs alpins et dirigé sur le front de Lorraine où il eut la main gauche déchiquetée par une rafale de mitrailleuse.

Armand né en 1880, après de bonnes études primaires, devint apprenti charron-forgeron, profession qu’il exerça dans le Vaucluse où il partit résider avant de revenir à Collorgues en qualité de charron-maréchal-ferrant  et forgeron, tout en cultivant quelques « carrés » de vigne. Il avait 34 ans en 1914, il fut mobilisé dès le début de la guerre et envoyé sur les fronts de Lorraine et en Champagne. Affecté au ferrage des chevaux et aux charrois, il sera le seul des quatre frères à ne pas être blessé.

Albin né en 1890, sorti de l’école sans le certificat d’études mais maîtrisant l’écriture, l’orthographe et le calcul, devint « un cultivateur avisé, persévérant et économe ». Il avait 24 ans en 1914, il fut mobilisé dans les chasseurs alpins, dirigé sur le front de Lorraine où il sera blessé de deux éclats d’obus et fait prisonnier en Allemagne où il fut soigné.

Georges né en 1896, ne passa pas le certificat d’études, en raison, selon son instituteur,  de « ses absences non- motivée, de ses lacunes scolaires et de son caractère jugé « fantaisiste ». Après divers petits boulots exercés à Paris, il est rappelé par son frère Lucien pour devenir « bayle » de la propriété de celui-ci. Il avait 18 ans en 1914. En 1915, il devança l’appel et fut mobilisé dans l’infanterie. Il sera blessé à Verdun d’une balle à la cuisse. Rétabli, il remontera au front. Il sera grièvement blessé au cours d’une reconnaissance effectuée par son commando.

Grâce aux archives qu’il a consultées, Claude Mazauric détaille avec minutie le déroulement des opérations militaires sur ces différents fronts, et nous fait découvrir – car personnellement je n’en avais jamais entendu parler – l’Ecole des mutilés de Nîmes.

Un chapitre entier, le chapitre 6 est consacré à cette  Ecole créée sous forme associative par le Conseil général du Gard en 1915 et qui sera dissoute en 1920. Quelques 400 mutilés y seront rééduqués et bénéficieront d’une formation scolaire et professionnelle. La discipline, militaire, y était particulièrement stricte, mais les résultats seront au rendez-vous, « une école de la réussite », indique l’auteur.

Le parcours après la guerre de Georges, le père de Claude, est retracé dans le denier chapitre. Il bénéficia d’un emploi réservé aux mutilés et il fut embauché en 1918  par les chemins de fer et affecté à la ligne Nîmes-Camargue. Il épousa civilement une jeune bergère rencontrée à Sylvéréal. Muté dans les Douanes, il exercera successivement dans le Nord, puis à Marseille et enfin à Thonon où naquit Claude, l’auteur qui faillit être prénommé Verdun…Georges Mazauric fut un militant syndicaliste et mutualiste très actif. Admirateur de Barbusse et de son ouvrage Le feu, il fut également très engagé dans les organisations d’anciens combattants, notamment à l’ARAC. Pacifiste, il vécut douloureusement la défaite de juin 1940 et il crut en  Pétain, contrairement à ses deux filles, Louise et Renée-Olympe, engagées dans la Résistance. Il termina sa carrière comme Inspecteur principal à la direction des Douanes de Chambéry. « Georges Mazauric est décédé le 26 novembre 1982 dans sa quatre-vingt septième année. »

J’aime, quand la « grande histoire » s’enracine ainsi dans la vie réelle des gens "d’en bas". Merci Claude.

Bernard DESCHAMPS

3 décembre 2025

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