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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 12:47

450px-Avignon - Chapelle Oratoire  Tel était le sujet du débat annoncé pour le 23 juillet à Avignon avec la participation du Père Henri Teissier, archevêque émérite d'Alger. Nous avions décidé, André, Guillaume et moi d'y assister et d'en profiter pour saluer le Père Teissier dont nous avions fait la connaissance à Alger en 2007.

  Le Père Teissier malheureusement n'était pas présent mais le débat fut néanmoins de qualité et  intellectuellement stimulant.

Dans la même période, le Diocèse catholique d'Avignon  présentait la pièce "Pierre et Mohamed" (c'était pendant le Festival) en hommage à Mgr. Pierre Claverie assassiné le 1er août 1996,  alors qu'il était Evêque d'Oran. Pierre Claverie, né à Bab El Oued, était de ceux qui restèrent en Algérie après l'Indépendance. On cite souvent cette   phrase extraite d'un de ses écrits : "découvrir l'autre, vivre avec l'autre, entendre l'autre, se laisser aussi façonner par l'autre". Au fil du déroulement du débat entre les quatre intervenants, on perçut très vite que c'était la démarche dont se réclamait chacun d'eux.

  Qui étaient les intervenants? Mme Danielle Hervieu-Léger, sociologue spécialiste des religions;, ancienne Présidente de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS); Azzedine Gaci, le jeune recteur algérien de la Mosquée de Villeurbanne, ingénieur de profession, Président du Conseil Régional du Culte musulman de Rhône-Alpes et qui se réclame de l'UOIF.; Jean-Jacques Pérennes, dominicain du couvent du Caire, biographe de Pierre Claverie qu'il a côtoyé durant une dizaine d'années, Secrétaire général de l'Institut Dominicain de recherches sur l'islamologie et la culture arabe (IDEO) et Thierry Becker, curé de la cathédrale d'Oran, ancien vicaire-général de Mgr. Claverie.

  Après une brève introduction du présentateur de la rencontre qui suggéra de partir de l'exemple de Pierre Claverie pour illustrer le thème du débat "Violences et religions", Mme Hervieu-Léger aborda directement et frontalement le sujet lui-même en posant la question: les religions monothéistes sont-elles par nature violentes ? La violence leur est-elle inhérente ? rappelant notamment le massacre de la St. Barthélémy en 1572. Selon elle , la violence a explosé en un moment critique. Ce sont les circonstances de l'époque - une situation de crise  depuis 1520 - qui ont engendré  la violence. Mme Hervieu-Léger souligne à cet égard le rôle des peurs,  des angoisses. La violence n'était pas en germe dans la religion catholique, mais celle-ci était potentielle dans la mesure où l'Eglise catholique pensait posséder le monopole de la vérité. Mme Hervieu-Léger conclue cette première intervention en affirmant avec force " Il n'y a d'humanité que plurielle"

  Interrogé sur la situation aujourd'hui au Caire, Jean-Jacques Pérennes répond que "tout est inflammable, car tout le monde est sous tension", alors que son propre vécu depuis qu'il vit en Egypte est la facilité des relations et de contact avec les musulmans. Il insiste sur le message de Pierre Claverie : "Etre avec..." Il pense que le discours de Ratisbonne de Benoît XVI, qui a été reçu comme une critique de l'Islam,  ne reflétait pas sa pensée. 

  Thierry Becker, curé à Oran, dans une interview récente déclarait être "au service du pays et non au service de l'Eglise". Dans le débat il fait état de la suspicion qui existe dans la population à l'égard des chrétiens. Selon lui, la liberté religieuse affirmée par l'Etat algérien, "n'est pas acquise dans la société [...] la peur d'être éclatée de l'intérieur si les conversions se multiplient [...]  or nous apportons une différence qui permet aux autres de se connaître [...] l'ignorance est énorme entre les uns et les autres". Et il fait cette réflexion:  " les musulmans doivent accepter de devenir chétiens". Mme Hervieu-Léger rappelle alors que "l'autonomie du sujet est une conquête récente des sociétés modernes [...] Ce n'est donc pas d'abord une affaire religieuse, une question qui renverrait à la nature de telle ou telle religion [...] avant 1962,  [concile Vatican II,   ndlr]  l''Eglise catholique condamnait encore la liberté de conscience."

  Azzedine Gaci indique que le Coran considère "la diversité religieuse comme  une volonté divine" et il préfère sur la notion de respect à celle de tolérance: "le respect de l'autre pour ce qu'il est ", ce qui implique la connaissance. Cette notion de diversité religieuse est, nous dit-il, "très bien perçue par le Gouvernement algérien" La démarche que chacun doit avoir est de "témoigner et non d'imposer". Mme Hervieu-Léger évoque la "déculturation religieuse" comme une des causes, selon elle, des obstacles à la compréhension mutuelle. Le Recteur de la Mosquée de Villeubanne se prononce pour "un Islam de France" (dans d'autres déclarations il s'est prononcé en faveur d'un Institut français de formation des imam, qui pourrait être implanté à Strasbourg en raison de son statut particulier de l'Alsace. En effet, cela remettrait en cause le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat .) Azzedine Gaci est réputé proche du Maire de la Ville de Lyon dont il donne en exemple la diversité des plats  dans les cantines scolaires et la liberté de choix donnée aux élèves afin de respecter les croyances religieuses.

  Je suis intervenu dans ces échanges pour dire combien ceux-ci avaient été enrichissants pour moi, athée. En effet, je considère que les religions sont des créations humaines et non d'essence divine.  A ce titre, tout ce qui est humain m'intéresse. Elles n'ont pas, selon moi, le monopole de l'intolérance et de la violence. Tout système d'idées qui prétend à la vérité absolue, à l'exclusion de tout autre, est potentiellement totalitaire. Les exemples abondent, n'est-ce pas, dans l'histoire? La conviction légitime d'être dans le vrai, doit s'accompagner d'une volonté de recherche et d'échanges. C'est ainsi que la connaissance progresse. Au présentateur qui s'entêtait  à mettre un signe égal entre la croyance en un dieu et ce qu'il appelait ma croyance en l'absence de dieux, je dus insister sur ma démarche intellectuelle qui ne découle pas d'une "croyance", mais d'une volonté de connaissance, d'approfondissement, de recherche.

  Ce débat témoignait d'une réelle volonté d'ouverture, dans le droit fil du concile Vatican II. Volonté incarnée hier par Mgr. Duval et par Mgr. Teissier. Formulons le voeu qu'elle perdure sous le pontificat de Benoît XVI.

 Une assistance nombreuse se pressait dans la Chapelle de l'Oratoire. Cet édifice du XVIIIe siècle achevé en 1749  fut le siège du Club patriotique. Les Oratoriens en effet étaient favorables à la Révolution. Il servit ensuite de dépôt de munitions avant d'être rendu au culte en 1825. La façade avec son grand portique est assez impressionnante et l'intérieur en forme d'ellipse est surmonté d'un dôme et entouré de chapelles voûtées en berceaux.

  Bien évidemment ce résumé est très subjectif. Il mérite d'être enrichi par André et Guillaume qui peut-être accepteront d'écrire, ci-dessous un commentaire.



 


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commentaires

Hémon 24/08/2011 22:59


en tant que croyant, j'ai surtout retenu les premières paroles de Mme Hervieux " La Vérité unique est source de
violence, tandis que la Vérité plurielle est source de Paix : on a pu le constater à travers tous les âges.


André Courcol 24/08/2011 15:49


La rencontre ''violences et religions'' était, en effet, bien intéressante. La réflexion devrait être poursuivie autour des notions de croyance et surtout de vérité qui peuvent empoisonner la vie
commune. Sans doute, Hervieu-Léger a montré que les monothéismes avaient un problème spécifique avec l'unicité de la vérité mais le phénomène religieux en général peut créer des difficultés en
participant d'un englobant. Si l'humanité n'existe qu'au pluriel, la vérité est inappropriable: elle ne consiste pas dans une vision du monde (pouvoir unilatéral de la conversion)mais dans la
qualité de la relation à l'autre: écoute/confiance solide et loyale/respect. La violence est échec de l'élaboration de ce commun pluriel. En écho, le succès inattendu du film ''les hommes et les
dieux'' réside peut-être dans le témoignage d'un impouvoir, d'une volonté de non-récupération, de présence simple et ferme.
André


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