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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:05

MEDEFOui, je le pense. Cette déclaration de François Hollande à Alger, n’est pas qu’un geste de propagande. Elle répond à une nécessité pour les groupes industriels et bancaires français, à une aspiration profonde du peuple algérien et à la personnalité du nouveau Président de la République.

Toute la question est de savoir ce que sera cet « âge nouveau ».

Avec l’approfondissement de la crise mondiale du capitalisme et l’aiguisement des concurrences, le capital est à la recherche de nouvelles sources de profit et les groupes à base française lorgnent les débouchés de leur pré carré africain, notamment de Algérie en raison de ses ressources, de sa solvabilité depuis qu’elle a apuré ses dettes auprès des organismes internationaux et de sa main-d’œuvre potentielle, nombreuse, jeune et instruite. Jusqu’alors, ils ne considéraient l’Algérie que comme un « dépotoir » pour leurs exportations, mais elle ne l’accepte plus. L’Algérie souhaite dépendre moins de ses importations et diversifier son économie dans la perspective – certes pas immédiate - de l’épuisement des hydrocarbures. Depuis le tournant libéral des années 90 et sa conversion à l’économie de marché, elle table pour ce faire en priorité sur le secteur privé, bien qu’elle ait conservé une partie du secteur public qui a vieilli et qu’elle s’efforce actuellement de réhabiliter. S’ils veulent vendre en Algérie, les groupes industriels français sont désormais contraints d’y investir et d’y créer des unités de production. Le cas de Renault est significatif. Alors que les ventes chutent en France en raison de la baisse du pouvoir d’achat induit par la pression sur les salaires et par les politiques d’austérité pratiquées par les gouvernements successifs, les importations algériennes de voitures ont augmenté de 40% (Renault + 60%)  depuis 2011, atteignant 416 665 véhicules. Mais pour pouvoir s’implanter en Algérie, il faut à la fois s’engager à respecter les règlementations nationales et se débarrasser de la morgue et des discours des anciens colonisateurs. Le peuple algérien qui a tant souffert de la domination coloniale et qui a conquis son indépendance au prix de sacrifices inouïs est révulsé par les propos racistes des revanchards de  "l'Algérie française ». Ceux-ci sont devenus contre-productifs pour le capital lui-même. Comme l’avait déclaré en 1959 le Général de Gaulle : « L’Algérie de papa est morte ». Définitivement. Il faut tourner la page. C’est pour le capital une question de vie ou de mort.

Sarkozy l’avait senti. Il était bien placé pour cela par ses liens familiaux et de classe. C’est ainsi que le 2 mai 2007, il avait en tant que candidat à la présidence de la République, répondu à l’interpellation de notre association France-El Djazaïr : « Jamais vous ne trouverez en moi un défenseur du système colonial… » Paroles aussitôt démenties par son discours de Toulon qui donnait des gages à l’extrême-droite. Une fois élu, le 5 décembre 2007, à l’université Mentouri de Constantine, il avait également eu des mots durs contre le système colonial. Puis il y eut le lamentable discours de Dakar. Sarkozy ne pouvait aller au bout de la démarche, tenu par sa base électorale et son choix tactique de droitiser son discours. François Hollande, par sa culture et son histoire personnelle (on dit qu’il s’est construit en opposition à son père partisan de l'«Algérie française ») est à cet égard l’homme qui convient à la grande bourgeoisie pour réussir l’ouverture en direction de l’Algérie. Son social-libéralisme assumé et la politique qu’il met en œuvre depuis son élection, sont en outre pour elle des garanties.

Dans l’immédiat, les paroles qu’il a prononcées au cours de sa visite d’Etat des 19 et 20 décembre, contribuent à modifier le regard des Français sur l’Algérie et les Algériens et elles confortent les Algériens dans leurs sentiments d’amitié à l’égard du peuple français. Ces déclarations de François Hollande sont une contribution à l’amitié entre nos deux peuples.

A terme, si les nouvelles usines (algériennes à 51%, françaises à 49%)  implantées en Algérie sont des délocalisations, ce sera évidemment au détriment des travailleurs français. Si ce sont de nouvelles unités de production, destinées à conquérir de nouveaux marchés comme on nous l’affirme, cela ne se fera pas au détriment des travailleurs français, mais sera tout bénéfice pour les groupes en raison du différentiel sur les salaires et de l’apport d’une nouvelle clientèle.

Pour l’Algérie, ce seront de nouveaux emplois et, à condition que les salariés fassent valoir leurs revendications, cela peut tirer vers le haut le niveau des salaires. Ce qui laissera malgré tout encore pour longtemps des marges confortables pour les entreprises.

Il me semble donc en effet qu’une page se tourne dans les relations entre l’Algérie et la France. Pour autant cela ne supprime pas les arrière-pensées dominatrices du capital et sa recherche effrénée du profit maximum. La lutte des classes est une réalité. Son attitude concernant le Mali est révélatrice. Le langage du nouveau pouvoir là aussi a changé. François Hollande, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian qui sont déterminés à intervenir militairement au Nord-Mali, nous affirment, la main sur le cœur, que, contrairement à Sarkozy en Libye, la France n’interviendra pas directement, ce sont les armées des pays africains qui seront engagées dans les combats. La France  apportera une aide logistique – en d’autres termes elle dirigera les opérations – et ce seront les Africains qui se feront tuer. Comme en d’autres temps. Pour l’heure, les dirigeants français intriguent pour faire échouer les négociations engagées par l’Algérie afin de trouver une issue pacifique et ils s’efforcent d’entraîner l’Algérie dans ce conflit. Attention danger !

Bernard DESCHAMPS, 7 janvier 2012.

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