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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 09:41

 


Pas de repentance, non ! Pas même de simples excuses non plus ! Ceux qui espéraient que François Hollande allait accomplir le geste épiscopal en sont pour leurs frais. Néanmoins, il a su prononcer les mots analgésiques qu’il fallait. En reconnaissant les souffrances du peuple algérien infligées par la colonisation, un système brutal et injuste, le président français a mis du baume sur les plaies encore béantes sous bien des formes, et régulièrement attisées par ceux qui, dont Nicolas Sarkozy et ses épigones sans compter l’extrême- droite revancharde, estiment que quelques kilomètres de bitume au profit du colonat rattrapent de la déstructuration systématique de l’Algérie et compensent des millions de pertes humaines. «Injuste», «brutal », «souffrances», «violences », «injustices», «massacres », «tortures», ces quelques mots mis bout à bout donnent une image lucide de la féroce colonisation que des maquilleurs d’aujourd’hui tentent de transfigurer en dame patronnesse répandant sur les barbares ses bienfaits. Dans la guerre des mémoires qui secoue la France, résumant et condensant d’autres conflits, politiques, économiques, il n’est pas anodin que ces mots aient été prononcés, sans que François Hollande s’oblige, exercice rituel dans son pays, à évoquer pour faire bonne mesure les harkis et les pieds-noirs, dans une confusion des séquences qui donne les conséquences de la guerre d’Indépendance pour les causes de toute la colonisation. L’importance symbolique de cette reconnaissance ne peut échapper à personne. Dans une France prompte à condamner le génocide des Arméniens en Turquie, celui du Rwanda et d’autres, reconnaître l’évidence de l’effet durablement destructeur et traumatisant de sa propre colonisation devenait plus qu’un tabou. Au contraire, on s’est mis à trouver du bon à ce système d’occupation par la force, de spoliations, d’inégalités. On a appelé ça «les bienfaits» de la colonisation, s’appuyant sur des présupposés d’ordre «racial», selon lesquels des peuples qui ne peuvent pas «accéder» par eux-mêmes à l’histoire ont besoin de la violence du colonisateur comme marchepied. C’est la théorie développée par Nicolas Sarkozy à Dakar sous l’infâme plume d’Henri Guano, qui récidive en continuant à commenter le voyage de Hollande à Alger comme quasiment une trahison des harkis et des pieds-noirs, seules victimes de la situation coloniale de l’Algérie. Donc, c’est vraiment une excellente chose pour les deux pays que cette reconnaissance. Cependant, il y a tout de même dans ce voyage des aspects moins visibles et sûrement beaucoup moins plaisants. Alors que Hollande se trouvait encore à Alger, l’hebdomadaire Le Point rapportait en exclusivité des confidences de Laurent Fabius à un petit nombre de journalistes. Parmi les informations sorties de cette rencontre avec le ministre des Affaires étrangères français, on retiendra celle-ci : la France et l’Algérie vont signer un accord permettant des recherches françaises sur le territoire algérien du gaz de schiste. Cet accord fait-il partie des «7 à 8 accords», annoncés par Abdelmalek Sellal à l’issue du voyage de Hollande en Algérie ? Si l’information est vérifiée, ça craint ! Les alliés Verts du gouvernement socialiste ne veulent pas de l’exploitation du gaz de schiste, carburant abondant et bon marché, dont la France regorge. Les plus grands gisements d’Europe y dormiraient. Les écologistes s’y opposent du fait des désastres occasionnés par son exploitation. Pollution des nappes phréatiques et des sols, émanation des produits toxiques dans l’atmosphère, réchauffement climatique… De fréquents accidents sont dénoncés aux Etats-Unis, au Canada, en Chine, où la fracturation hydraulique, la seule méthode connue jusqu'à présent, est pratiquée de façon massive. Elle consiste en l’extraction du gaz de schiste, emprisonné au sein de roches sédimentaires d’origine argileuse, par la réalisation d’un forage à travers lequel est injecté un liquide composé d’eau, de sable et d’additifs destiné à fracturer la roche. Le gaz emprunte des micro-fissures pour remonter à la surface, polluant au passage les nappes phréatiques. Aux Etats-Unis, des études ont montré la nocivité de cette méthode. En France donc où la conscience écologiste est traduite en force politique, l’exploration même à titre expérimental est interdite, en dépit de la pression des compagnies pétrolières comme Total qui essayent de minimiser les dégâts. Pourquoi l’Algérie accepte-t-elle ce que la France refuse ? Eh bien, comme dit l’autre, c’est qu’en France, ça râle et pas en Algérie ! Un extrait du communiqué de l’ONG les Amis de la Terre en donne un aperçu : «La France doit cesser de considérer l’Algérie et ses anciennes colonies comme ses laboratoires d’expérimentation en jouant à l’apprenti sorcier au détriment des conditions de vie des populations locales et de la préservation de leur environnement. Rappelons qu’entre 1960 et 1966, la France a réalisé de nombreux essais nucléaires dans le désert algérien, refusant pourtant encore aujourd’hui de reconnaître sa responsabilité dans la catastrophe environnementale et sanitaire dont elle est à l’origine.»
Arezki Metref

arezkimetref@free.fr

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