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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 12:30

DINET-ESCLAVE-D-AMOUR.jpgC’est le titre – sans le point d’interrogation – d’un petit livre de Naïma Rachdi édité par les éditions Chèvre-Feuille étoilée de Montpellier. Dans le même temps, le Musée d’Orsay (Paris) présente les planches des illustrations réalisées par Etienne Dinet (1861-1929) pour Antar, un conte héroïque de la période antéislamique.

Ma génération de militants anticolonialistes rejetait la peinture orientaliste que nous considérions comme illustrative du colonialisme, au mieux comme la bonne conscience occultant ses crimes. Et nous adhérâmes d’emblée aux créations de Mohammed Khadda (Merci Naget de nous avoir fait découvrir des œuvres que nous ne connaissions pas.), de M’hamed Issiakhem et des fondateurs de la peinture maghrébine moderne qui, l’Indépendance de l'Algérie acquise, renouvelèrent le regard porté sur leur pays en s’inspirant de ses traditions picturales populaires notamment de la graphie arabe.

En fait, un a priori idéologique –  dangereux dans les arts – nous empêchait de discerner la diversité que recouvrait l’appellation « peinture orientaliste ». Par contre, les autorités issues de l’Indépendance ne s’y trompèrent pas qui considérèrent Etienne Dinet comme représentatif de la culture algérienne. Personnage atypique, issu de la petite bourgeoisie parisienne, il devint amoureux de l’Algérie et de son peuple, en épousa la culture et la religion, se convertissant à l’islam et faisant le pèlerinage de La Mecque peu de temps avant sa mort en 1929. C’est Dinet, et non les ayatollahs iraniens comme le prétendent certain(e)s, qui inventa le terme islamophobie, cette maladie mentale qu’il combattit. Sa représentation des Algériens – dont il a parfaitement saisi l’âme (que l’on pardonne cette expression au mécréant que je suis) - est d’une profonde humanité et d’une grande sensualité. Les Algériennes qu’il peint doivent faire hurler de haine les intégristes religieux de tous bords. Comme quoi – contrairement aux affirmations des grands médias occidentaux - on peut se convertir à l’Islam sans pour autant devenir un terroriste. Voyez en médaillon la beauté et la joie de vivre dont rayonnent Abd-El Gerham et Nourri El-Aïn. La douceur de la main de Nourriel sur le visage de son amant et de la main de celui-ci sur le bras de Nourriel…

C’est le peuple algérien que donne à voir sa peinture. Aucun Européen n’y figure comme si la colonisation n’existait pas, alors que la conquête militaire était en cours. Comme s’il voulait immortaliser un mode de vie, une culture que l’occupant va s’efforcer de détruire. Dinet ne fut pas un indépendantiste mais son témoignage sur une civilisation disparue est saisissant.

Outre les dessins actuellement accrochés, le Musée d’Orsay possède une vingtaine de tableaux de Dinet dont un seul malheureusement est exposé en permanence. Il faut aller à Bou-Saâda où son habitation a été transformée en musée pour avoir une idée plus complète de son œuvre. Les voyageurs de France-El Djazaïr ont eu cette chance en 2012 sous la conduite de Michel et de Mireille Berthier.

Bernard DESCHAMPS

05/12/2014

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