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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 10:03

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Dans un texte récent, Patrice Bessac, dirigeant national du PCF, aborde ce qu’il appelle : « La racialisation du débat politique français. » Ce sujet est également repris dans le texte du Comité national du PCF soumis au 36e congrès. Sujet complexe rarement évoqué en dehors de cercles intellectuels restreints. Ce n’est pourtant pas une question secondaire donc mineure. En effet, selon que l’on considère les difficultés rencontrées, par exemple,  par les jeunes des quartiers populaires, comme étant le résultat d’une politique de classe ou comme le seul prolongement des politiques coloniales du passé, l’éventail des victimes ne sera pas le même, ni les responsables de ces difficultés. Dans un cas, on considère que tous les jeunes du quartier sont confrontés à la déscolarisation, au chômage, à la mal vie. Dans l’autre, que seuls les jeunes « issus de l’immigration » sont des victimes, ce qui restreint le champ des alliances et des  luttes.

Patrice Bessac note avec raison que : « à droite on ethnoculturalise la francité autour de la blancheur et de la chrétienté », ce qui nie les apports des populations nouvelles et encourage la xénophobie. De son côté, « l’abandon d’ambition [par le PS, ndlr] d’un profond changement social [provoque] le passage d’une lecture de classe de la société française » à une lecture ethniciste. « Cela répond à un besoin profond du capitalisme dans la situation actuelle […] Les individus sont enfermés dans des politiques identitaires » qui les divise et les affaiblit dans leurs luttes.

Les deux textes ont le mérite et le courage de mettre ces questions  sur la table afin que chacun s’en empare. Il était effectivement urgent de remettre la notion de classe au cœur de nos analyses.

Dans le même temps je m’interroge. En remettant l’accent sur la notion de classe, Patrice Bessac ne mord-il pas un peu le trait et ne sous-estime-t-il pas la dimension spécifique des discriminations à caractère racial. Le jeune immigré est doublement exploité, comme jeune issu du peuple et comme enfant de l’immigration. Les contrôles de police au faciès, les discriminations à l’embauche mais aussi dans certains lieux de loisirs, cafés, boites de nuit, etc, sont une réalité. Cela doit être pris en compte.

La notion d’égalité que recouvre le concept de citoyen, ne signifie pas le nivellement, le rejet des particularités, l’oubli des cultures traditionnelles transmises par les familles. Les immigrations italiennes, puis espagnoles ont apporté avec elles des sensibilités, des habitudes, des styles de vie, une démarche de pensée dont nous nous sommes souvent imprégnés et qui nous ont enrichis. Cela n’a pas favorisé le communautarisme. Pourquoi le refuser à l’immigration plus récente ? Parce qu’elle est majoritairement africaine, maghrébine et musulmane ?

Il faut jeter par-dessus bord les politiques multiculturelles, nous dit Patrice Bessac. Attention danger. C’est en niant le multiculturalisme que l’on encourage par réaction le communautarisme et la violence identitaire. « Puisque le voile est interdit, je vais le porter. » nous disent des jeunes filles et des femmes. Non seulement il ne faut pas interdire, mais dans certains cas, il faut encourager. Par exemple, il est très dommageable, y compris pour l’apprentissage du français, que la langue arabe ne soit pas enseignée dans nos écoles. Et il est très dommageable que l’histoire de la colonisation soit si peu et parfois si mal enseignée, car cela valoriserait aux yeux des enfants dont les parents sont originaires des anciennes colonies, leurs ancêtres si communément dévalorisés.

Le PCF a le mérite de soulever un vrai problème, mais, comme il se produit souvent quand on redresse la barre,  le risque existe de mordre le trait dans l’autre sens.

En résumé, la société est fondamentalement divisée en classes antagonistes, mais sur cette base ne nions pas les spécificités.

Bernard DESCHAMPS, 01/11/2012

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commentaires

Claudine Lacroze 01/11/2012 15:55

A mon approbation sans réserve de cette analyse, je souhaite ajouter un autre élément à priori peut-être sans rapport avec le sujet abordé ,mais avec lequel il y a pourtant des liens certains.
Je veux parler des identités régionales, des erreurs de l'école républicaine qui a interdit l'usage des langues.Notre société semble ne pas avoir tiré les leçons de ces positions intransigeantes
qui n'ont fait que radicaliser au fil du temps des formes de xénophobie de la part des identités régionales les plus riches, ces dernières se détournant par exemple de l'école publique pour créer
comme en Bretagne un enseignement associatif à caractère privé donc non conforme à certaines valeurs du service public.
Pourquoi attendre d'en arriver à de tels extrêmes alors qu'une prise en compte de la demande légitime d'une reconnaissance culturelle en temps voulu permettrait une réelle intégration - non une
assimilation,qui est la pire des choses à exiger d'un "étranger".
Ce matin France Culture a retracé un historique de la société face au protestantisme à travers JJ Rousseau et Voltaire:l'Histoire est un éternel recommencement, dit-on,au 18ème siècle régnait une
véritable terreur à l'encontre des protestants!
Sommes-nous en train de renouveler ces errances intolérantes?
Je me réjouis de ce que le PC se consacre à ce sujet , dans les termes de l'article que vous et moi venons de lire.

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