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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 13:08

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LEGUMES-3.pngEl Watan,le 16.12.14 | 10h00   

      

                                                      

Pour s’approvisionner en fruits et légumes, les marchands d’Alger et d‘ailleurs vont au marché de gros des Eucalyptus, au sud de la capitale.

C’est dans ce temple du commerce où argent, trafic et petits arrangements s’entremêlent, que s’échangent, chaque jour, des quantités astronomiques de produits agricoles frais. C’est aussi ce lieu qui sert de bourse de ces produits qui proviennent en majorité des champs de la Mitidja, de Aïn Defla ou de Relizane. La route qui mène aux Eucalyptus est particulièrement animée. Pourtant, les premières lueurs du soleil n’ont pas encore pointé à l’horizon. Il est 5h30 et, fait inhabituel en ce 14 décembre, le temps est clément. Un avantage pour les dizaines de camions de tous tonnages qui convergent vers ce marché qui alimente la région en fruits et légumes frais.

Sous le faible éclairage des lampadaires installés autour de l’enceinte se dégage une première surprise : le marché n’est pas aussi «sale» qu’on le pense. Le sol est bitumé, la cour est large, un parfum d’orange fraîche bouscule l’odeur des restes de la veille. Les 80 espaces qu’occupent les «mandataires» sont spacieux pour contenir le flux incessant de produits qui proviennent des quatre coins du pays.
Autre réputation surfaite : l’absence de sécurité. Quelques minutes à peine après notre arrivée, des agents de sécurité viennent nous «cueillir» en pleine discussion avec des marchands venus de la wilaya de Blida, distante de quelques kilomètres de là.

Les mandataires et les autres

En ce début de journée, les mandataires viennent tout juste d’ouvrir leurs locaux. Les premiers agriculteurs arrivent, suivis de près par les détaillants, reconnaissables à leurs petites camion nettes made in China. La mercuriale étant inexistante, les prix sont donc «libres». «Les oranges sont à 50 DA, voir 45 DA», répond Mohamed Medjber, mandataire et délégué de ces «commissionnaires» chargés de vendre la marchandise à la place des agriculteurs. «Mais le prix varie, il peut descendre comme il peut augmenter», ajoute-t-il, pendant que des ouvriers déchargent encore des caisses des camions stationnés à l’autre bout du local. Car ici, les mandataires ne font rien.

A part «vendre» la récolte et prendre au passage 6 à 8% de bénéfice sur le «prix de vente». Les autres charges sont assumées par les paysans eux-mêmes. Pourtant, l’orange se retrouve, à quelques kilomètres de là, exposé au double, voire plus, de son prix d’origine.
Autre mandataire, autres produits : Ahmed Brahimi vend des choux-fleurs et des agrumes. «Les choux-fleurs font 10 DA», dit-il. Pourquoi ce
légume coûte-t-il plus cher chez les détaillants ? Notre interlocuteur répond que cela relève «d’autres sphères».

Il accuse clairement les détaillants de surenchérir sur les prix. Une thèse que réfute Mohamed Boumerdasi, un marchand de fruits et légumes venant de Boumerdès pour s’approvisionner. «Je prends une marge importante parce que je paie des charges et j’ai des employés», se défend-il. Il avoue même que sur certains produits, comme les choux-fleurs, ses marges peuvent atteindre les 100%. Pourquoi ? «Parce que je nettoie les légumes !», répond-il sans conviction, avant de s’en aller «faire ses courses». Pourtant, en sortant du marché, le contraste est saisissant : le prix de ce légume de saison est affiché à plus de 50 DA dans la majorité des commerces de détail.

«Nous jetons l’excédent à la poubelle !»

A quelques mètres de là, Mohamed Kobane dispose du carreau le mieux fourni du marché. Ce mandataire, la quarantaine, emmitouflé dans son burnous, représente à lui seul un bon indice des prix de vente en gros des fruits et légumes.
Même bousculé par les demandes d’éventuels clients, il prend le temps d’annoncer les prix du jour. Ainsi, les carottes sont cédées à 40 DA avant de se retrouver à près de 100 DA chez les détaillants, les navets sont à 50 DA en gros pour finir dans le panier de la ménagère à 90 ou 100 DA, tandis que les fenouils sont à 40 DA, mais sont vendus 80 DA par les marchands de Belcourt ou Bouzaréah. Seuls les oignons (locaux) à 50 DA et l’inévitable pomme de terre à 50 DA échappent à cet enfer de la double tarification ; ils sont cédés à plus au moins 70 DA chez les détaillants. Pour comprendre l’état d’esprit des détaillants, nous en avons accosté certains, qui faisaient leurs emplettes. Tous disent se limiter à des marges «raisonnables».

C’est le cas de Mohamed. Ce jeune marchand de légumes de Kouba (Alger) jure qu’il ne prend «jamais plus de 20 DA sur un produit». Cette profession de foi est également celle d’un autre commerçant, travaillant lui aussi sur les hauteurs de la capitale. Au-delà de la mercuriale, le maître mot qui revient sur toutes les lèvres dans ce mythique marché est «mandataire». Des agents rencontrés sur place, mais également des revendeurs, désignent du doigt ces commissionnaires qui profitent de «la naïveté des paysans pour s’enrichir». «Ils ne font rien. Ils vendent les récoltes des fellahs et partent avec 8% de commission sonnante et trébuchante sans prendre le moindre risque», s’indigne Mohamed, qui propose ses services comme transporteur aux détaillants qui ne disposent pas de véhicule.

Pis, plusieurs personnes attestent que «lorsque les prix des fruits et légumes sont très bas, les mandataires préfèrent les jeter»... L’information est confirmée par Mohamed Medjber, représentant des mandataires.  «Oui, il nous arrive de jeter des produits qu’on n’arrive pas à vendre», répond-il sans hésitation. L’homme avoue même que les risques sont pris uniquement par les agriculteurs. Pourquoi ? «Je ne peux rien faire pour eux», dit-il sans hésitation. Et même lorsque nous demandons pourquoi ce ne sont pas les agriculteurs eux-mêmes qui vendent leur marchandise, l’homme répond sans gêne : «Leur travail est de cultiver la terre. Le nôtre est de vendre leur produit.»  Aux premières lueurs du jour, le marché des Eucalyptus grouille toujours du monde. Une autre journée commence tandis qu’à l’autre bout de la ville, certains détaillants affichent déjà des prix largement supérieurs à ceux d’achat.

Ali Boukhlef

 

 

 
 
 

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