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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 17:01

André Parant, « Monsieur Afrique » de Sarkozy, ambassadeur de France à Alger


494068.jpgDiplomate de carrière André Parant fera ses débuts au Maroc et en République centrafricaine avant de rejoindre le ministère de la Coopération en 1993 (cf. LDD Algérie 033/Lundi 7 mai 2012). En 1995, quand Jacques Chirac s’installe à l’Elysée, Alain Juppé à Matignon et Herve de Charrette au Quai d’Orsay, Parant rejoindra le cabinet du ministre des Affaires étrangères en tant que chargé de mission.

L’arrivée de Lionel Jospin à Matignon, à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale et de la victoire des socialistes aux élections législatives, en 1997, va le propulser à San Francisco comme consul général. En 2000, il reviendra à Paris où il sera nommé sous-directeur d’Egypte-Levant à la direction Afrique du Nord et Moyen-Orient. Il y restera jusqu’à sa nomination comme conseiller technique à la présidence de la République en octobre 2002. Au sein de la cellule diplomatique de l’Elysée (dirigée par Jean-Marc Rochereau de La Sablière), il sera chargé des dossiers Afrique du Nord, Moyen-Orient, Asie centrale, Amériques (il succédait alors à Jean-François Girault qui, lui, était plutôt un spécialiste du Moyen-Orient ; il sera par la suite ambassadeur à Damas).

Par décret publié au Journal officiel du 21 janvier 2005, Parant sera nommé ambassadeur de France au Sénégal. Il va débarquer à Dakar (où il prenait la suite de Jean-Didier Roisin) au lendemain de la visite officielle du chef de l’Etat français. En un temps où les relations entre Paris et Dakar s’étaient notablement améliorées après qu’Abdoulaye Wade, confronté à une réalité politique, économique et sociale qui trop souvent semblait lui échapper, ait compris, enfin, que les actions de Paris valaient mieux que les promesses de Washington. Par la suite, au début du printemps 2007, Parant sera nommé ambassadeur à Beyrouth. Mais il ne restera que peu de temps dans la capitale libanaise*. Par un arrêté publié au Journal officiel du 22 septembre 2009, il deviendra conseiller du président de la République, Nicolas Sarkozy, chargé des affaires africaines, rejoignant ainsi la cellule diplomatique présidentielle dirigée par Jean-David Levitte. A ce poste, il remplaçait Bruno Joubert nommé ambassadeur au Maroc.

Le voilà donc installé au 2, rue de l’Elysée, une adresse mythique pour tous ceux qui prétendent être dans le secret des Dieux de l’Afrique. Cet homme de « bonne famille » va donc devoir partager les « affaires africaines sarkoziennes » avec les « Dupont et Dupond » de la diplomatie parallèle française : Robert « Bob » Bourgi, éminence grise de l’Afrique noire, et Patrick Balkany, le petit blanc de « l’Afrique grise ». Il va devoir, également, s’activer pour empêcher une trop grande proximité entre Karim Wade, le fils du chef de l’Etat sénégalais, et Nicolas Sarkozy, une proximité à laquelle ne manque pas de contribuer Claude Guéant qui aime s’immiscer, en catimini, dans les palais présidentiels africains au prétexte qu’en Afrique « le facteur personnel joue beaucoup ».

Le 15 avril 2010, en « off » (mais relayé par Le Républicain Lorrain et donc, très rapidement, sur le net), à l’occasion d’un déjeuner organisé par l’Association de la presse diplomatique, Parant – qui n’est pas pour rien marié avec une journaliste – dira ce qu’il a à dire pour savonner les relations entre Guéant et Karim Wade : que la candidature de son père, Abdoulaye Wade, à la présidentielle 2012, « est la suite logique d’un projet de succession monarchique non avoué ». L’Elysée, ce jour-là, annonçait la couleur : l’alternance, à Dakar, devenait une priorité.

Voilà donc Parant qui débarque à Alger alors que Sarkozy est débarqué de l’Elysée. Et que la première manifestation officielle exprimant la victoire de François Hollande et la défaite du président sortant a été, ce matin, mardi 8 mai 2012, à l’Arc-de-Triomphe de l’Etoile, la célébration de la capitulation allemande et la fin de la Deuxième guerre mondiale sur le front européen : le 8 mai 1945. Mais, de l’autre côté de la Méditerranée, le 8 mai 1945, c’est « le jour où est née la guerre d’Algérie » (pour reprendre le titre d’un papier publié par Libération dans son édition du samedi 7-dimanche 8 mai 2005, soixantième anniversaire de cet événement dramatique). Ce jour-là, les manifestations pro-indépendantistes qui sont déclenchées à Sétif et vont s’étendre rapidement à Guelma et Kherrata puis au Constantinois seront sauvagement réprimées par l’armée française, marine et aviation bombardant les villages, et les milices civiles que l’administration a armées.

Le massacre fera 15.000 morts (les autorités algériennes évoquent le chiffre de 45.000) essentiellement du côté algérien. Il faudra attendre le 27 février 2005 pour qu’à Sétif, l’ambassadeur de France, Hubert Colin de Verdière**, proclame que « les massacres du 8 mai 1945 [sont] une tragédie inexcusable […] Certains pensent qu’il faut oublier le passé pour qu’il n’enterre pas le présent. Je ne partage pas cet avis » ajoutait notre ambassadeur. Cette déclaration intervenait dans un contexte particulier : le 23 février 2005, une loi stipulait que les programmes scolaires devaient reconnaître « le rôle particulier de la présence française en outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

Ce matin, à Alger, Abdelaziz Bouteflika, a appelé à une « lecture objective de l’histoire, loin des guerres de mémoire et des enjeux conjoncturels » afin de « transcender les séquelles du passé douloureux pour aller vers un avenir où règnent confiance, compréhension, respect mutuel et partenariat bénéfique ». Le message est clair. Et il était attendu du côté de François Hollande qui, dans le quotidien algérien El-Watan, avait rappelé, dès le 19 mars 2012 (à l’occasion du cinquantenaire du cessez-le-feu en Algérie au lendemain de la signature des accords d’Evian), que « la guerre d’Algérie, sombre période de la conscience nationale, sort ainsi des turbulences passionnelles et du traumatisme pour s’offrir, enfin, à l’examen de l’historien […] La France et l’Algérie ont un travail commun à mener sur le passé pour en finir avec la guerre des mémoires. Pour passer à une autre étape afin d’affronter les défis communs en Méditerranée. Pour que l’avenir se construise ensemble ».

En Algérie, au sein de la communauté française, Hollande a obtenu 87,28 % des suffrages exprimés lors du deuxième tour de la présidentielle (mais il n’y a eu que 24,42 % de votants ; il y a, au total, 23.000 électeurs inscrits en Algérie). C’est dire que, y compris au sein de la communauté française, la politique algérienne de la France sous Sarkozy n’apparaissait pas comme la plus adéquate. Est-ce à dire que Hollande pourra faire mieux ? Rien, jamais, n’est simple dans les relations entre Paris et Alger. Aujourd’hui plus encore qu’hier. Mais il y a, manifestement, du côté de Hollande, une volonté de changer la donne et une capacité d’écoute qui n’était pas en vigueur jusqu’à présent. Et, du côté algérien, une espérance qu’il convient de ne pas décevoir.

Mais si la France sait où elle est se trouve aujourd’hui, avec un nouveau président de la République élu pour cinq ans et, dans un mois, des élections législatives qui devraient définir la composition de l’Assemblée nationale, il n’en est pas de même en Algérie. Dans quarante-huit heures, le 10 mai 2012, des législatives y sont organisées dont l’enjeu est de connaître le poids politique des « islamistes » ; tandis que l’après-« Boutef » est encore un sujet tabou. C’est dire que le nouvel ambassadeur de France à Alger, venant d’où il vient, va avoir fort à faire pour « tirer son épingle du jeu » et permettre l’instauration d’une relation apaisée (et fructueuse) entre les deux rives de la Méditerranée. Ce n’est pas gagné. Loin de là.

* André Parant est marié avec une journaliste d’origine libanaise, Maya Siblini, qui travaille à France 24 pour le Proche-Orient après avoir collaboré à RFI.

** En décembre 2011, Hubert Colin de Verdière a été nommé par Nicolas Sarkozy coordonnateur des événements liés au cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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