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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 16:52

 

salvayre Dominique Faget AFPLes regards croisés de la mère de l’auteure (Lydie Salvayre, Seuil, août 2014) et de Georges Bernanos sur la cruelle guerre civile espagnole de 1936 à 1939. Ce récit nous touche particulièrement dans cette région dont la population accueilit de nombreux réfugiés qui firent souche après leur sortie des camps d’internement d’Argelès-sur-Mer, de Rivesaltes et de….Langlade dans le Gard.

Il faudrait toujours commencer la lecture d’un roman par la fin. Les impressions que l’on éprouve, l’opinion que l’on en a évoluent au fil de la lecture et le jugement définitif peut être sensiblement différent de celui que l’on avait au début. Les dernières pages du roman de Lydie Salvayre qui nous disent avec pudeur et émotion, la douleur de la Retirada  et l’amour profond qu’elle porte  à sa maman, incitent à la mansuétude et tempèrent quelque peu le malaise éprouvé devant ce qui apparait comme un parti-pris politique de l’auteure. Au fond c’est le ressenti de sa mère qu’elle a décrit et non le sien.

J’ai en effet été peiné et choqué de l’image qui est donnée des Communistes espagnols et étrangers qui se battaient contre Franco avec un esprit de sacrifice inouï. Diego, le maire communiste du village  est un être froid, raide, dogmatique, calculateur, faux, méfiant, en un mot inhumain. A sa décharge, l’auteure invoque son enfance. Né hors mariage, il fut placé dans une famille d’accueil fort peu accueillante où l’affection lui fit défaut. Ce qui expliquerait son évolution et son adhésion au parti communiste, alors qu’il était le fils d’un important propriétaire terrien. Il y a longtemps que je n’avais pas lu cet ersatz d’explication, à prétention psychanalytique, de l’adhésion au communisme pourvoyeur de monstres. Ainsi, les Communistes seraient des tarés, des refoulés ? Les anarchistes, les libertaires du POUM, de la CNT, etc, sont au contraire dépeints avec une sympathie communicative comme des êtres spontanés, généreux, enthousiastes. Ils n’ont que des qualités, au point de justifier les crimes de masse qu’ils ont commis contre des prêtres. Il est vrai que l’épiscopat espagnol se compromit gravement avec Franco et la Phalange. La première page du roman commence avec raison par cette description : « Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit, monseigneur l’évêque-archevêque de Palma désigne aux justiciers, d’une main vénérable où luit l’anneau pascal, la poitrine des mauvais pauvres. C’est Georges Bernanos qui le dit. C’est un fervent catholique qui le dit. » (P.11). Loin de moi l’idée de renvoyer dos à dos, l’assassin et sa victime. Cela n’autorisait pas pour autant de tuer  les curés.

J’ai par contre été sensible à la description enthousiaste du romantisme des libertaires, de Montse et de son frère José. Certes ils sont souvent irréfléchis et ils paient parfois cruellement leurs erreurs, mais leurs rêves utopiques ne sont pas sans intérêt. Il faut rêver ! L’utopie a souvent repoussé les limites du possible. Le livre cependant évolue peu à peu vers une convergence affective et politique entre Don Jaime le beau-père et Montse la bru ancienne Anar elle-même, vers un entre-deux que l’on pourrait qualifier de social-démocrate, Je vais être méchant : le réalisme-socialiste dans les arts, cher à Staline et à Jdanov a vécu. Vive le social-libéralisme !

Ayant dit le malaise que j’ai éprouvé, je voudrais maintenant dire le bien que je pense de ce roman. J’ai apprécié sa construction où se mêlent et se répondent le récit de la vie mouvementée de la maman de l’auteure et la relation que nous fait Georges Bernanos dans Les Grands Cimetières sous la lune, de sa découverte de la réalité des crimes franquistes. Il est bien écrit et agréable à lire. Les audaces et les inventions lexicales fusent. Le bonheur des mots et des expressions inventés (ou entendus): « elle portait dans ses yeux la bonté de son cœur » ; « ce projet lui harasse l’âme » ; « une intimation »…  N’étant pas hispanisant, je n’ai malheureusement pas pu apprécier toute la saveur des passages en espagnol. J’ai dû me contenter de la musique des mots qui contribue au charme du récit, devinant parfois le sens d’une invective ou la verdeur d’un propos. Je ne suis sans doute pas le seul dans ce cas. Qui m’aidera à apprécier pleinement cette belle langue?

Bernard DESCHAMPS

28/11/2014

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commentaires

Bernard DESCHAMPS 15/01/2015 21:27

Chère Marie-Rose.

Je viens de lire votre commentaire sur mon article à-propos du Prix Goncourt 2014.

C'est plus un commentaire sur l'histoire de la guerre civile que sur le roman. La

lecture que j'en fais, vous vous en doutez, est sensiblement différente. Non pas

concernant Staline: je suis assez d'accord avec vous sur ce point. Mais sur le PCE

qui ne se réduisait pas à Staline. C'était un grand, un très grand parti sous la

direction de Dolorès Ibarruri (la "Pasionaria") qui a joué un rôle majeur dans

la victoire de la République, puis ensuite contre Franco, y compris après la victoire

de celui-ci.C'est elle qui lança le mot d'ordre No pasaran qui fut très mobilisateur

au moment de la montée du franquisme.

Les communistes espagnols supportèrent l'essentiel de la résistance intérieure

et l'organisation de l'aide extérieure avec le soutien des communistes français

qui avaient été très nombreux dans les Brigades Internationales et acheminèrent

des armes à la jeune République espagnole grâce à la Cie France-Navigation créée par le PCF et qui compta plusieurs dizaines de bateaux et qui par la suite passèrent régulièrement

clandestinement la frontière pour livrer les tracts, les journaux...et le reste.
Parmi les militants communistes français des Brigades Internationales, nombreux devinrent des héros de la Résistance française au nazisme, comme Pierre Georges - le futur Colonel Fabien qui tua le premier Allemand au métro Barbès à Paris et qui enfant avait été colon à l'Enfance Ouvrière Nîmoise ou le Colonel Rol-Tanguy le chef des FFI de Paris et de la Seine.
Ce fut une belle page de notre histoire...
BD

Marie-Rose 13/01/2015 16:29

Ce sont les guerres intestines qui ont affaibli la République espagnole faible et chancelante .
Le PCE défend la propriété privée face aux tentatives de collectivisation de la CNT et du POUM partis révolutionnaires.
Au sein des Brigades Internationales pour ce que je crois en savoir les agents soviétiques s'occupent principalement d'éliminer ces dissidents anarchistes et trotskystes qui portent atteinte à l'autorité de Staline. En échange de l'or de la Banque d'Espagne qui lui fut livré par Negrin ministre des finances, Staline livra des armes très parcimonieusement aux Républicains les mettant sciemment en difficulté... Ces derniers probablement se battirent avec beaucoup de conviction et d'abnégation, chacun défendant la République à sa façon et y laissant sa vie tandis que les nationalistes recueillirent les fruits de leurs combats fratricides . Quant au point de vue de l'auteure, il est assez logique qu'elle embrasse le combat du frère de sa mère...Bien sûr qu'il ne faut pas généraliser, et que les deux personnages du roman ne caractérisent pas l'ensemble des anarchistes ni des communistes. Les lignes sont différentes et les hommes de bonne foi bien souvent manipulés...

Raffaelly Christian 30/11/2014 07:08

Bien d'accord; l'admiration pour les anarchistes est ridicule (scène des billets de banque brûlés sur les Ramblas par exemple)et le portrait des commissaires politiques est caricatural, quand on
connaît le sort du poète Miguel Hernandez ou du Cubain Pablo de la Torriente.

Gérard Martinez 30/11/2014 01:36

Bonjour Bernard,
Doit-on comprendre que d'après les propos de l'auteur le parti communiste joue pour cet homme (le maire) un rôle de thérapie?
Je l'ai dit un jour en ta présence dans un groupe, il me semblerait plus adéquat que les gens entreprennent une psychanalyse avant de s'engager politiquement, cela ferait sans doute moins de monde
au FN.
Par contre il n'est pas dit que toute thérapie soit efficace...il faut quand même y mettre un peu du sien; de même que je ne pense pas que le parti communiste puisse prétendre n'exister qu'avec des
êtres "normaux". Donc un "monstre" peut bien y trouver sa place, pourvu qu'il mette son énergie au service de la lutte contre le capitalisme et tout ce qui va avec!
Bon, tout ce que je dis là n'engage que moi,et il est vrai que j'ai eu cette chance de faire un certain chemin : OAS...psychanalyse...PCF. Bien amicalement Gérard

Bujard Alain 29/11/2014 09:03

Ton commentaire me comble! J'aurai pu l'écrire tant je partage ton ressenti. Les portraits caricaturaux que tu relèves me mettent mal à l'aise. Il est dommage qu'elle n'ait pas plus développé le
personnage de la mère dont la perception des évènements me semble plus nuancée. Il est certain que le mixte franco-espagnol de la langue apporte une dimension sensible intéressante.
Cordialement à toi,
Alain

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