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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 09:48

 


Qualifiant les essais nucléaires, effectués par la France dans la région de Reggane, de « crime contre l'humanité », le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'homme (CNCPPDH), M. Farouk Ksentini, a réitéré son appel, hier, à la révision de la loi Morin portant indemnisation des victimes des essais nucléaires français en Polynésie et en Algérie.

“La France est interpellée pour assumer son entière responsabilité dans les répercussions néfastes de ses essais nucléaires sur la santé des populations algériennes dans la région d'Adrar et dans d'autres localités du Sahara », a indiqué  M. Ksentini sur les ondes de la Chaîne III. Il a rappelé que les habitants des régions qui ont abrité ces essais « en portent encore les séquelles et souffrent de pathologies lourdes comme les cancers ». Il soulignera dans ce contexte que « le peuple algérien était en droit d'exiger des indemnités auprès des autorités françaises ». Et Me Ksentini ne mâche pas ses mots à ce sujet, « la France a commis un crime de manière froide contre l’humanité. Non seulement celle-ci doit s’excuser, mais indemniser les victimes », dit-t-il. « Elle aura à réunir des preuves et des indices qui permettront de saisir des instances judiciaires. » L’invité de la rédaction a appelé à la révision de la loi Morin portant indemnisation des victimes des essais nucléaires français en Polynésie et en Algérie, affirmant que « cette loi doit être étendue aux descendants des victimes au lieu de la limiter aux victimes qui ont été exposées aux radiations lors des essais ». Il espère qu’« un programme sanitaire spécifique pour les populations exposées aux irradiations soit de financé par l’Etat français pour la prise en charge sanitaire des concernés. » Il faut dire, que, comme il le précisera : « Les coûts des soins médicaux des populations du Sud algérien sont très, très élevés. » Les dégâts ont concerné autant les personnels militaires que les civils algériens. Des études réalisées dans cette région du Tanezrouft ont révélé que les cancers, les malformations sont plus fréquents qu’ailleurs. L’environnement a subi également de graves préjudices. La puissance de l’explosion a fait tarir des nappes phréatiques et les écosystèmes ont été profondément bouleversés. La fertilité de la terre n’est plus la même et des espèces animales et végétales ont totalement disparu. « Nous savons que de nouvelles formes de cancer inconcevables dans cette région sont apparues et le traitement a besoin de gros moyens que les Français doivent prendre en charge », ajoute Me Ksentini. Ce dernier fait le parallèle avec la position de l’Etat français qui a « reconnu sa responsabilité dans ce qui a touché la communauté  juive sous Vichy. » En somme, pour lui, « la France doit s’excuser et indemniser. »  En janvier 2010, une loi fut promulguée par le Parlement français pour indemniser les personnels militaires qui furent touchés au Sahara et dans les îles du Pacifique comme la Polynésie ou Tahiti.  Les civils algériens ne semblent pas encore concernés par le dispositif. En février 2007, s’était tenu un séminaire international à Alger autour de ces essais. Depuis, chaque année, une telle manifestation se renouvelle pour dénoncer ce crime et familiariser la société avec d’éventuelles démarches de nature à recouvrer leurs droits et découvrir ce qui se fait ailleurs en matière de décontamination.
Sihem Oubraham

Prise en charge médicale des victimes
Un dossier vraiment épineux que celui des essais nucléaires français en Algérie ; telle est la conclusion générale qu’ont du tirer les nombreux participants à la conférence débat, organisée par l’association culturelle Machaâl Echahid, hier, au centre de presse du quotidien national Echaâb, à l’occasion du 53e anniversaire du tir historique du 13 février 1960, près de Reggane. En effet,  les 17 essais nucléaires (4 aériens et 13 souterrains), effectués par les autorités coloniales au Sahara, de février 1960 à février 1966, d’abord à Hammoudia (Reggane) puis au niveau du site d’In Ekker (Tamanrasset), continuent jusqu’à l’heure actuelle de causer d’importants dégâts humains et dans le milieu naturel, sans susciter le moindre sentiment de sympathie et de solidarité en France ou dans le monde.
En effet, l’augmentation croissante des cas de cancer au sein de la population féminine de la wilaya d’Adrar, si elle interpelle les autorités publiques sur la nécessité accrue d’une prise en charge médicale des victimes des radiations atomiques, elle rappelle également à la France, ancienne puissance coloniale, ses responsabilités historiques dans ce crime contre l’humanité, et par conséquent, le versement de légitimes indemnisations aux victimes de ces essais nucléaires.
Prenant la parole à cette occasion, Dr Lahcen Zeghidi, de l’université d’Alger, a donné un bref aperçu historique des essais nucléaires dans le monde, avant de rappeler les circonstances politiques qui ont présidé à ces tirs aériens au Sahara algérien, en parlant de l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir  en France et de la stratégie diabolique qu’il a mise en place, pour anéantir la lutte de libération nationale menée par le peuple algérien. Dans ce contexte, il a rappelé que les essais se sont déroulés durant le mois de février, connu au Sahara par ses vents et ses tempêtes de sable, ce qui facilite la contamination de toute la région par les radiations atomiques.
Pour sa part, Dr Mansouri, chercheur au Commissariat national à l’énergie atomique (COMENA), a abordé le thème de cette rencontre en apportant une foule de précisions scientifiques et techniques qui imputent la responsabilité de la France concernant ces essais nucléaires et les énormes dommages occasionnés tant sur le plan humain que celui de l’environnement.
Mourad A.  

Pour lutter contre les radiations
Nettoyage du ‘‘point zéro’’
"Le nettoyage du ‘‘point zéro’’ du site ayant servi aux essais nucléaires effectués, en ce même jour de l’année 1960, par la France coloniale, est le moyen approprié pour lutter contre les radiations", a affirmé hier le chargé de la cellule d’accueil et d’orientation des cancéreux à l’établissement public hospitalier (EPH) de Reggane. Mettant en évidence les effets de l’exposition à la radioactivité sur les populations sahariennes, le Dr. Mustapha Ousidhoum, médecin à l’hôpital de Reggane, a relevé, avec des moyens de dépistage développé, 24 cas confirmés de cancer du poumon chez les hommes et de cancer du sein chez les femmes en 2012. 24 autres cas ont été dépistés l’année d’avant.
Ce médecin a préconisé, dans le souci d’une meilleure prise en charge des personnes irradiées, la création d’une structure spécialisée de dépistage et de traitement, en vue d’épargner aux victimes de la radioactivité nucléaire les déplacements, sur plus de 1.500 km, vers les centres spécialisés du nord du pays. Conscient de l’ampleur des dégâts et des séquelles occasionnés par ces essais nucléaires sur la santé humaine, M. Ousidhoum a appelé la population locale à plus de vigilance, en se rapprochant des structures de santé pour des dépistages précoces du cancer. Il s’est félicité, par ailleurs, de l’action de solidarité menée par la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) portant organisation de dépistages gratuits du cancer du sein pour les femmes, tout en plaidant pour l’élargissement de la mesure au dépistage d’autres cas de cancer.
Appuyant les propos du Dr. Ousidhoum confirmant les répercussions de l’exposition à la radioactivité sur les populations sahariennes, le directeur de l’EPH de Reggane, M. Abdallah Bahati, a indiqué que "les effets de ces radiations sont une vérité confirmée par les recherches médicales". L’EPH de Reggane mène des efforts de prévention, en fonction des moyens disponibles, consistant notamment en la vulgarisation des risques d’irradiation induits, notamment, par le lourd matériel abandonné par la France coloniale sur le site des essais nucléaires de Reggane et dont la population s’en est approché, par ignorance, les exposant à de véritables risques, en plus des vents saisonniers charriant les poussières irradiées des sites vers les centres urbains. M. Bahati a tenu à souligner que l’ensemble des cas dépistés tardivement sont difficilement pris en charge, car en phases terminales.

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