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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 14:15

Vue d'Alger la nuitSur son importance.

Cette élection a eu lieu sur la base de la nouvelle loi électorale votée en décembre 2011. Comme en 2007, il s'agit d'une élection à la proportionnelle intégrale, au plus fort reste. 44 partis dont 21 nouveaux partis agréés, ayant tenu leur congrès national avant le dépôt officiel des listes de candidats, y participaient. Pour la première fois les listes devaient comporter au moins 30% de candidates femmes. Des dispositions légales nouvelles étaient prises contre d'éventuelles fraudes: urnes transparentes; encre indélébile au doigt des votants; délégués des listes surveillant les opérations de vote ainsi que des délégués de la Commission Nationale de Supervision des Elections composée de 316 magistrats et de 7000 assistants-magistrats. Enfin 500 observateurs internationaux étaient répartis sur le territoire national, parmi lesquels 150 observateurs de l'Union Européenne dont le responsable a estimé que les quelques faiblesses constatées ne remettaient "pas en cause la crédibilité" du scrutin.

Néanmoins certains partis, tel le PADS (communiste orthodoxe) ont dénoncé avant le 10 mai, " l'arbitraire et le verrouillage de la vie politique" et les islamistes, furieux d'avoir perdu ces élections,   dénoncent des "irrégularités" et menacent d'une guerre civile.

La nouvelle Assemblée Populaire Nationale (APN) sortie des urnes le 10 mai aura notamment à élaborer une nouvelle Constitution pour l'Algérie, aussi cette élection était présentée comme ayant une importance exceptionnelle. Le Président Bouteflika qui a voulu les réformes en cours, s'est personnellement engagé dans son discours du 8 mai à Sétif, pour la commémoration du 8 mai 1945, appelant les Algériens à se rendre aux urnes. C'est à l'occasion de ce discours, s'évadant de son texte écrit (voir sur mon blog), qu'il a déclaré : " tabou djanera" (notre génération [a] fait son temps), ce qui a été relevé par toute la presse algérienne.

 

Sur la participation.

Avec 42,36 % de votants (44,38% en Algérie, beaucoup moins chez les Algériens de l'étranger), la participation est en hausse de 6% par rapport à 2007. "Une participation respectable" a estimé le Ministre de l'Intérieur M. Daho Ould Kablia. Il faut en effet apprécier ce pourcentage au regard de l'histoire de l'Algérie qui a connu peu d'élections libres (absentes sous la colonisation; faussées et truquées à partir de 1947; le parti unique de 1962 à 1991...) et dont les avancées ont toujours été le résultat d'insurrections, ce qui ne prédispose pas à croire au changement par le bulletin de vote...L'appel au boycott lancé par le RCD de Saïd Sadi (l'initiateur des manifestations avortées du samedi en 2011 pour le changement de régime) et les islamistes radicaux n'a pas été suivi. Ce qui a progressé en Algérie, c'est l'aspiration au changement dans le calme.

 

Sur les résultats.

Le FLN ( parti du Président) progresse ( 220 sièges soit 83 de plus). Le RND ( parti du Premier Ministre stagne (68 sièges soit 9 de plus, mais l'APN passe de 389 à 462 sièges. L'Alliance Verte (alliance de trois partis islamistes, dont le MSP (Hamas) qui avait un pied dans le Gouvernement et un pied dehors, recule et obtient 59 sièges, alors que le FIS (islamistes radicaux) est interdit. Ce recul des islamistes, qualifié de "bérézina" par la presse algérienne, est salué comme "l'exception algérienne" par rapport aux autres pays du Maghreb.  Ce résultat trouve sans doute son origine, à la fois dans l'expérience tragique de la "décennie de sang"; dans l'approbation par les Algériens de la politique de Réconciliation Nationale qui a rétabli la paix civile et aussi dans le jeu politicien du MSP qui a  participé au gouvernement et qu'il a quitté à l'approche des élections. Le FLN et le RND ont désormais la majorité à eux seuls au sein de l'APN. Curieusement, certains "démocrates" en Algérie et en France regrettent que les islamistes n'aient pas balayé le pouvoir en place. Claude Sérillon qui fait partie du staff de communication de François Hollande, jette lui aussi sa pierre à l'Algérie dans Midi Libre du dimanche 13 mai. Il nous avait habitués à mieux, notamment au moment de l'assassinat à Paris du jeune étudiant franco-algérien Malik Oussekine, au sujet duquel j'étais, pour part, intervenu le 13 décembre 1986 à l'Assemblée Nationale pour flétrir le comportement de Robert Pandraud et de Charles Pasqua. Les préjugés ont décidément la vie dure. J' espère qu'il n'exprime pas sur l'Algérie  la pensée du nouveau Président de la République française. J'avais indiqué, à la suite des  nombreuses conversations que j'avais eues en novembre dernier en Algérie, combien se trompaient ceux qui sous-estimaient la popularité du Président Bouteflika et les décisions adoptées depuis deux ans par le gouvernement algérien. Certains me l'avaient reproché. J'avais également dit que "l'islamisme politique" me semblait en recul dans ce pays cependant très attaché à l'islam pour des raisons historiques.

Au total, 27 partis seront présents dans la nouvelle APN. Le FFS (membre de l'Internationale socialiste), pour la première fois depuis 1991, avec 21 députés (7 à Bejaïa, 7 à Tizi-Ouzou, 3 à Boumerdès, 1 à Alger); le Parti de Travailleurs (trotskiste) aura 20 députés au lieu de 26, etc. A noter la percée significative des 19 députés indépendants, parce qu'élus en dehors des partis. Une précision à ce sujet. L'ancien Parti Communiste Algérien qui a joué un rôle très important pendant la guerre d'Indépendance et qui ensuite a été interdit, s'était transformé en PAGS qui  a éclaté, donnant naissance au MDS (favorable aux privatisations) et au PADS (orthodoxe) qui dirige le journal Alger Républicain. Le MDS s'est lui même transformé en MDSL qui s'est divisé en une tendance "participationniste" aux élections, en alliance avec l'ANR de l'ancien dirigeant historique Redha Malek et en "non participationnistes". Le PADS, pour sa part, opposé au boycott et à l'abstention, appelait à voter nul ou pour les candidats indépendants proches des travailleurs et qui défendaient tout ou partie de son programme électoral anticapitaliste, anti-impérialiste et  pour la démocratie. Combien de députés ont ainsi été élus dans la patrie de Larbi Bouhali, d'Henri Alleg, de Bachir Hadj Ali, de Maurice Audin ?

 

Une situation originale qui se distingue de celle des autres pays

de la région.

C'est ainsi. Et ce n'est pas à nous à porter un jugement. Le Ministre de l'Intérieur déclarait le soir du vote:"Ce n'est pas aujourd'hui qu'une force étrangère nous montrera ce qu'il faut faire. [...] Aucune partie étrangère n'a le droit de dicter sa loi à l'Algérie". Je partage cette remarque. Ce grand Peuple qui a beaucoup souffert et beaucoup lutté a toujours su trouver sa voie qui ne peut être qu'une voie originale. "Je suis fier de notre République" me disait, ce matin, un ami au téléphone.

Une remarque cependant qui n'est pas une ingérence. Depuis les années 1990, après une trentaine d'années de socialisme étatique, l'Algérie a fait le choix de l'économie de marché. Peu de gens en parlent. Beaucoup préfèrent détourner l'attention vers la corruption qui n'est cependant pas pire qu'en France, alors que la grande question de notre temps qui se pose à tous les pays, est: Comment s'affranchir de la dictature de la finance ? A réfléchir. A expérimenter. Chacun avec son expérience propre, son histoire, sa culture.

Bernard DESCHAMPS, dimanche après-midi.

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