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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 19:02


Actualités : CONTRIBUTION
VU DES PLATEAUX DES MÉDIAS
Décidément, la guerre d’Algérie n’est pas finie…


Par Ali Akika, cinéaste
Les guerres en Palestine, en Irak, en Afghanistan et ailleurs ont mis à rude épreuve le statut des médias. Au lendemain de la première guerre du Golfe, il y eut un frémissement chez les journalistes pour refuser dorénavant d’être «embeded» (embarqué) et de rapporter ce que veut bien leur montrer les armées d’occupation.
Avec la prise d’otages de In Aménas, les démons de la recherche du sensationnalisme conjugué à l’ignorance et aux préjugés semblent refaire surface. Je suppose que beaucoup de lecteurs ont comme moi regardé les télés et lu les journaux de l’autre côté de la Méditerranée. Inutile donc de faire un résumé. Essayons de cerner les ingrédients qui font revenir à la surface ces démons qui embrouillent, manipulent plus qu’ils n’informent. Le premier péché mignon de beaucoup de journalistes en Occident, c’est leur croyance en leur liberté d’expression que leur permettent leur conscience et la démocratie de leur pays. On peut les croire grosso modo quand il s’agit de couvrir la politique intérieure. Sauf que lorsqu’il s’agit par exemple de Palestine et d’Irak, et aujourd'hui l'Algérie, là ils foncent tête baissée pour reprendre les arguments les plus éculés de la propagande israélienne ou bien croire naïvement ou plutôt cyniquement aux armes de destruction massive inventées par leur Oncle Sam. Ils déblatèrent sans vergogne sur l’Histoire, le présent et même le futur des pays que l’Occident écrase de sa puissance de feu. Adossés à cette puissance, ils se croient détenir la même puissance intellectuelle qui leur donne le droit de faire des analyses qui lèvent le plus souvent le voile sur leurs préjugés si ce n’est leur inculture. Ainsi In Aménas a été l’occasion pour la plupart des journalistes et animateurs des médias de vêtir leurs uniformes de stratège ou d’anthropologue. Comme les vrais stratèges et hommes de terrain ne vont pas dans leur sens, ils reviennent à la charge pour leur arracher un jugement qui conforte leurs préjugés tout en masquant leur ignorance. Même la parole de leur président est malmenée quand il a déclaré que la réaction de l’armée algérienne était la mieux adaptée à la situation. Ils lui préfèrent leurs propres explications qui se résument, je cite : «La brutalité, le manque de compétence de l’armée algérienne est le fruit des méthodes de ces anciens maquisards et de ceux des forces spéciales du KGB.» Quand on entend ce genre de propos, on ne peut que déduire que l’information est entrée en Occident dans une ère de la pensée unique. On en viendrait presque à regretter l’époque de l’idéologie dominante car la domination laisse un peu de la place à la réflexion, au courage et à l’espoir. Cette idéologie dominante n’a pas empêché les peuples colonisés de se révolter, pas plus qu’elle n’a abruti totalement les peuples en Europe puisqu’ils descendent par millions, en Grèce, en Espagne mais aussi en France pour affronter les dégâts de la finance internationale. Le deuxième péché mignon de cette presse est d’une certaine façon son refus de saisir et d’analyser le présent, ce qui est une sorte de déni du réel en mouvement, un comble pour le journalisme, cette littérature du présent. Cette presse, enfant de la pensée unique, choisit la fuite en avant. Elle préfère anticiper et définir les contours du paysage alors que la guerre bat son plein. Ainsi dans le cas de In Aménas en pleine bataille, beaucoup de journalistes avaient conclu en nommant le gagnant et le perdant et certains ont même poussé leur culot jusqu’à prédire le basculement de l’Algérie dans la guerre que fait la France au Mali. Ce déni du réel et cette propension à définir le futur en le sculptant selon leurs désirs avec des outils de leurs indécrottables préjugés sont la preuve que ces journalistes coupent la branche sur laquelle repose ce beau métier. Ces journalistes n’ont pas cessé de parler de confusion lors de la prise d’otages. Jamais aucun d’eux n’a questionné le sens de ce mot. Est-ce la confusion dans le réel ou bien la confusion dans les infos qui tentaient de rapporter la dynamique de ce réel. Le réel était pourtant limpide, il opposait deux forces bien identifiées et chacune d’elles avait un objectif précis. Et la confusion était dans la tête des journalistes pris entre le feu des infos distillées par les preneurs d’otages et les propos forcément partiels d’otages libérés ou bien les rumeurs qui fleurissent dans ce genre de situation. Ces journalistes confondent confusion et stratégie de communication. On peut porter un jugement sur la stratégie des deux adversaires mais le mot confusion ne cerne nullement le réel. La stratégie des preneurs d’otages était d’amplifier au maximum leur action. C’était leur seule arme. Quant à la stratégie d’un Etat, elle repose sur des facteurs aussi nombreux que complexes. Pourquoi ces journalistes qui parlent de confusion, de méthodes du KGB obéissent comme des enfants quand les gouvernements américain, israélien et français leur ordonnent de taire ceci ou cela pour des raisons de sécurité nationale. Ces mêmes journalistes ont tu les noms et le nombre de Français otages parce que leur gouvernement le leur a demandé. Ils floutent les visages et ne diffusent pas des vidéos pour ne pas faire le jeu des ravisseurs. Ce qu’ils se permettent pour eux-mêmes, pourquoi le refusent- ils pour les autres ? Ils se croient tout permis dès lors qu’il s’agit de leurs ex-colonies. Eh bien à l’avenir ils prendront leurs précautions avant de nous faire croire que leurs désirs sont des ordres. Depuis le 5 juillet 1962, ils auraient dû comprendre que le drapeau tricolore ne flotte plus en Algérie. Ceci dit pour que ces donneurs de leçons ne reviennent pas à la charge, un débat dans le pays est nécessaire et même vital pour saisir et maîtriser le vacarme des médias dans un monde où l’inflation de la communication est la règle et l’information crédible une denrée rare. Informer les citoyens est un devoir car il cimente leurs convictions et fortifie leurs armes dans un monde où les chacals sans pitié pour les faibles et les ignorants sont nombreux, trop nombreux.
A. A.





Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/01/22/a

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