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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 16:59

 

Y-a-bon-Banania.jpg« Papa Hollande » a fait fort à Bamako.  J’ai la faiblesse – je l’avoue – de prêter foi à ses déclarations.  Il n’a en effet ni l’aspect, ni le langage d’un reître. Son air gentil inspire confiance. Cependant, en écoutant son discours de Bamako – dont les médias nous répètent depuis trois jours qu’il restera dans l’histoire – j’ai eu le sentiment désagréable d'être  pris pour un imbécile. Passons sur les scènes de « fraternisation ». Depuis les guerres coloniales et particulièrement celle d’Algérie, ma génération est vaccinée. Rappelez-vous les groupes d’anciens combattants algériens en tenue traditionnelle, bardés de décorations militaires françaises, mis en avant face aux caméras, lors de chaque visite ministérielle, alors que le Plan Challe passait les djebels au rouleau compresseur et les arrosait de napalm. Les journalistes présents à Bamako nous disent que les Maliens approuvent l'intervention militaire. Pourtant quelques centaines seulement étaient venus écouter notre Président sur la Place de l’Indépendance. A l’évidence, en d’autres circonstances, nos organisateurs de manifestations patriotiques, furent plus performants. Mais c’est le discours lui-même qui m’a le plus étonné.

Si François Hollande s'était borné à  dire : « La France est à vos côtés, non pas pour  servir, je ne sais quel intérêt… », nous aurions pu être abusés. Mais il a ajouté : « …quel intérêt, nous n’en avons aucun… » ! Or tout le monde sait que le sous-sol du Mali recèle de grandes richesses : bauxite, gaz, or, phosphate, uranium. Plusieurs  sociétés françaises y sont implantées : Bouygues, Vinci, Orange, Bolloré, etc, et Areva qui exploite l’uranium du Niger limitrophe, lorgne sur celui du Mali. A vouloir trop prouver…Quand il affirme, par la suite : « Nous avons décidé de vous accompagner dans le redressement économique », sans doute a-t-il à l’esprit les groupes industriels qui espèrent tirer avantage de cette intervention militaire.

En s'écriant : « …je n’oublie pas que lorsque la France a été elle-même attaquée, lorsqu’elle cherchait des soutiens, des alliés, lorsqu’elle était menacée pour son unité territoriale, qui est venu alors ? C’est l’Afrique, c’est le Mali. Merci, merci au Mali. Nous payons aujourd’hui notre dette à votre égard. »,  François Hollande s'est surpassé. C’est tellement beau ! Ce « merci » d’un grand pays, la France, est tellement émouvant, tellement chevaleresque, que peu nombreux sont ceux qui ont manifesté de l'étonnement. Je ne sais de quelle « plume » est cette trouvaille, mais c’en est une, il faut oser ! Ils n’avaient en effet pas le choix, ces malheureux Africains enrôlés dans l’armée française et placés en première ligne en 14 ou en 39-45, pour servir de chair à canon dans deux guerres qui ne les concernaient pas. Eux n’y avaient vraiment aucun intérêt. Alors que l’intervention militaire au Mali est une décision unilatérale de la France (oui unilatérale, car non conforme à l’esprit et à la lettre de la Résolution 2085 du Conseil de Sécurité de l’ONU). Il y a néanmoins un point commun entre les deux situations. Dans les deux cas, au-delà de la triste fin du Commandant Damien Boiteux, ce sont surtout les troupes africaines qui affrontent le feu de l’ennemi.

On retiendra enfin de ce discours de Bamako que « La France restera avec vous le temps qu’il faudra… » Evidemment, afin de pouvoir « accompagner le redressement économique. »

« … les clameurs, la ferveur, le soutien ... » de la "foule", ont ému "Papa Hollande". Une "foule" qui était  à la mesure de l’engagement aux côtés de la France des pays africains qui, pour la plupart, traînent les pieds et tardent à envoyer leurs soldats soutenir l’ancienne puissance coloniale.

Bernard DESCHAMPS, 4 février 2013

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commentaires

Rodriguez J. 08/02/2013 16:31

Il s'agit effectivement d'un discours politique arrogant, effronté, grossier, hardi, immoral, impertinent, impudent, inconséquent, insolent, scabreux... pour ajouter quelques qualificatifs à votre
lucide commentaire.

Bernard DESCHAMPS 06/02/2013 08:28

C'est corrigé. Merci Gérard. Cordialement. BD

MARTINEZ Gérard 05/02/2013 23:54

A la 3ème ligne du 3ème paragraphe Bernard écrit "la Mali". Coquille, erreur de"frappe", lapsus...qui sait? Pour moi tout y est.Quand on voit l'illustration choisie: "Banania,y'a bon,la Mali";cela
ajoute un peu d'accent tel qu'on le retrouve dans les chansons humoristiques de l'époque coloniale;erreur de frappe, c'est malheureusement ce qui se passe à tous les coups quand on balance des
bombes d'en haut des "aéroplanes blindés";coquille...c'est la coquille vide des discours creux des présidents successifs!

Claudine Lacroze 05/02/2013 19:29

Sans commentaire, si ce n'est que j'espère ne pas être la seule à déplorer qu'une telle analyse soit passée sous silence par les médias.

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