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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 07:12

MAURICE AUDIN 2MAURICE AUDIN

« 1957 : La lutte armée pour l’Indépendance entre dans sa troisième année. Nous sommes loin des premiers coups de fusils de chasse. En cette année 1957, l’initiative appartient aux katibas et aux commandos de l’ALN.

Alger, 1957. Le général Massu reçoit, le 7 janvier, les pleins pouvoirs des mains du chef du gouvernement, Guy Mollet. Il devient ainsi le chef suprême de la zone d’Alger. Il s’entoure d’officiers revenus comme lui du Viet Nam après la défaite du corps expéditionnaire français à Diên Biên Phu au mois de mai 1954, Avec ses milliers de parachutistes, il envahit Alger et sème la terreur dans la population. Il s’arroge le droit de vie et de mort. Il ouvre des centres de torture partout : La villa Sésini, l’école Sarrouy, le café-restaurant Bellan aux Deux Moulins, l’immeuble d’El Biar, le stade de Saint Eugène (Omar Hamadi à Bologhine), la villa des Tourelles. La liste est longue. A Paul Cazelles (Aïn Oussara), à 250 kilomètres au sud d’Alger, l’armée française ouvre un vaste camp de concentration où les prisonniers, entassés sous les tentes, ne sont même pas recensés.

Nous sommes en pleine bataille d’Alger. Bataille d’Alger déclenchée par le service des renseignements français avec l’attentat monstrueux perpétré dans la nuit du 10 au 11 août 1956, à la rue de Thèbes, contre la population pauvre de la Casbah endormie.

Dans la nuit du 11 juin 1957, des officiers du 1er régiment de chasseurs parachutistes enlèvent Maurice Audin à son domicile, à la cité des HBM de la rue Flaubert, au Champ de Manœuvres. Son épouse raconte ce qui est arrivé :

« Il est 23 heures. Nos enfants – le plus jeune, Pierre, a un mois - sont à peine couchés lorsque les « paras » viennent frapper à la porte. J’ai la naïveté de leur ouvrir, sachant très bien, en réalité, ce qu’une visite aussi tardive peut signifier…Ces hommes venus prendre mon mari me diront en partant : « S’il est raisonnable, il sera là dans une heure »…Il n’a pas dû l’être, raisonnable, car je ne l’ai jamais revu ».

(Lire demain 21 juin sur ce blog l’intégralité du texte de l’historien  Mohamed Rebah paru dans Alger Républicain)

 

LE PATRIOTISME ALGERIEN EST-IL EN DECLIN ?

Divers auteurs dans la presse algérienne et française prétendent que le patriotisme algérien est en déclin. Ils s’appuient pour leur démonstration sur les manifestations de chômeurs qui ont eu lieu ces derniers mois dans le Sud et sur les affrontements ethno religieux de Ghardaïa. Les deux évènements ne sont pas identiques. Les chômeurs du Sud manifestaient en brandissant le drapeau algérien, alors qu’à Ghardaïa les heurts eurent lieu sur un fond de revendications sociales, entre Arabes et Mozabites, les uns et les autres se trompant d’adversaires. Contrairement à ce que suggèrent ces auteurs, les grèves, les manifestations pour l’emploi, pour les salaires, pour l’école, pour la santé, etc, ne sont pas par nature des ferments de division, cela dépend du contenu des revendications. Elles sont le plus souvent des écoles de solidarité, y compris lorsqu’elles portent des revendications culturelles régionales ; le sentiment d’appartenance nationale se nourrissant de la diversité et du dialogue des différences, à l’opposé des volontés dominatrices, d’exclusion ou sécessionnistes. Les affrontements ethniques, par contre, sont dévastateurs. Il est évident que des fauteurs de troubles qui ne sont pas tous algériens travaillent à dévoyer ces luttes. Mais s’ils représentent un réel danger, ils sont loin d’avoir gagné la partie. En effet, le patriotisme algérien s’est forgé dans les durs combats pour l’Indépendance. La nécessité de faire front face à un ennemi puissant et cruel conduisait à mettre au second plan les différences sociales, ethniques, religieuses, culturelles, politiques, etc,  sans les supprimer pour autant. Les communistes notamment étaient parfois mal vus et brimés dans certaines wilayas. Les exigences du combat impliquaient cependant de serrer les rangs. L’indépendance acquise, ces contradictions, secondaires pendant la guerre de libération, ont eu tendance à reprendre le dessus. Le PCA fut interdit en 1964 et les oppositions de classes, les contradictions économiques entre possédants, petite bourgeoisie et la masse du peuple sont apparues au grand jour. Mais dans les conditions de l’époque (1962-1980), en raison du prestige des pays socialistes et parce que c’est le Peuple algérien tout entier qui avait payé le plus lourd tribut, qui avait le plus souffert, le sentiment d’unité du Peuple algérien prédominait et inspirait  nombre des décisions du nouvel Etat. La conversion à l’économie de marché et au libéralisme économique, dans les années 80, après la mort de Houari Boumediene, ouvrit la voie à l’individualisme, à la recherche du profit égoïste, au détriment du sens de l’intérêt général. Je suis cependant frappé lors de chacun de mes séjours et à la lecture quotidienne de la presse, de l’attachement à la patrie algérienne, à l’unité et à la souveraineté nationale, et au respect reconnu de celle des autres Peuples (Comme en témoigne ces jours derniers encore le rôle éminent de facilitateur du Gouvernement algérien dans les négociations entre l’Etat malien et les insurgés du Nord-Mali.). Bien évidemment comme dans tous les pays, les requins de la finance sont prêts à tuer père, mère et mère Patrie, pour leurs intérêts propres. Mais c’est le Peuple qui est majoritaire et dans ses profondeurs il n’a pas oublié les sacrifices immenses de ses aînés. Les « Patriotes » pendant la décennie noire ont  joué un rôle important pour vaincre le terrorisme islamiste et le Peuple algérien ne s’est pas laissé abattre. Il a réussi à surmonter avec courage cette épreuve exceptionnelle. Oui les idéaux de Novembre sont toujours vivants en Algérie. Les va-t-en-guerre qui rêvent de recolonisation seraient bien inspirés d’en prendre conscience. D’autant que l’armée algérienne est une véritable armée. Indépendante et non financée par les puissances occidentales comme dans d’autres pays de la région.

LA FOURNEE (suite)

Deux faits m’ont interpellé à propos de l’odieuse phrase de Le Pen. D’abord elle n’était pas préparée. Elle répondait à une interrogation de la journaliste dont on peut penser qu’il n’en était pas prévenu. Sa réponse lui sortait des tripes. Ce n’était pas une manœuvre électoraliste. C’est ce qu’il pensait intimement. C’est d’autant plus grave. La seconde, c’est l’empressement de plusieurs journalistes  à mettre en valeur la déclaration de sa fille, en la présentant comme une rupture avec la pensée du père, alors qu’elle ne dénonce pas sa « sortie » comme un crime, mais comme une « faute politique » contre le FN. Une erreur tactique en quelque sorte. Venant de journalistes professionnels qui connaissent le sens des mots, cela en dit long sur leur volonté de respectabiliser la fille.

Bernard DESCHAMPS

20 juin 2014

 

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