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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 17:04

MOUDJAHIDA ANNIE STEINEREL MOUDJAHID, 12/03/2014

Annie Steiner, le nom sonne comme celui d’une star hollywoodienne, mais cette Algérienne de cœur, de raison et de nationalité, comme tant d’autres militants d’origine européenne, a opté pour «l’Algérie algérienne». Hier, le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’association Machaâl Echahid, a rendu un hommage à cette moudjahida de la première heure.  

Pour le titre de cet article, nous avons emprunté «une Vie pour l’Algérie», l’intitulé du livre de notre consœur Hafida Ameyar consacré au parcours et à l’engagement pour une cause noble d’Annie Steiner. Car il résume la destinée de ce bout de femme, pleine d’énergie et d’humour. À 86 ans, Annie Steiner n’aime pas que l’on parle d’elle. À plusieurs reprises, elle tente d’interrompre Abdelkader Guerroudj et Mustapha Fettal, venus témoigner du courage de cette femme.
Une femme convaincue de la justesse de la cause algérienne s’est engagée dans les réseaux du FLN. «Personne ne savait ce que je faisais.
Leur surprise a dû être grande lorsqu’ils l’ont appris dans le journal, en page une et en gros titre», dit-elle.
Certes, l’histoire lui avait donné raison, mais à quel prix ? Son choix, elle le payera cher. Elle se verra reniée par les siens, par ses amis. Elle sera taxée de «traîtresse». Mais cela ne la dissuadera point de dévier de son combat pour l’indépendance de l’Algérie. Elle a côtoyé Larbi Ben Mhidi, Abane Ramdane, Saâd Dahlab, Ben Youcef Benkhedda... Elle pleure quand le moudjahid Guerroudj évoqua ces noms. Agent de liaison, transporteur d’explosifs, de documents, elle s’est investie corps et âme dans la Révolution jusqu’à ce jour du mois de février, où elle est arrêtée et emprisonnée pour «activités subversives».
«On m'a fait subir toutes sortes de torture et de souffrance. J’ai été accusée de trahison par les autorités coloniales françaises» dit-elle. On le disait, son engagement, elle l’a payé cher, pas parce qu’elle s’est retrouvée en prison, mais parce qu’elle connaîtra, pour la deuxième fois, la rupture avec ce qu’elle a de plus précieux. M. Steiner, son époux, un Suisse brillant architecte, bien installé à Alger, apprend qu’Annie fait parti des réseaux du FLN. Furieux, il demanda le divorce et l’obtient. Plus tard, la garde de ses deux fillettes lui sera, elle aussi, retirée. La chaleur familiale, c’est en prison qu’Annie la retrouvera parmi «les sœurs», comme elle continue à appeler, tendrement, ses anciennes codétenues.
Ces années de prison la marqueront à jamais. «Elles m’ont accueillie et me considéraient comme leur aînée. J’avais 28 ans, et elles étaient de jeunes adolescentes», se rappelle-t-elle. «Oui, j’ai été privée de la garde de mes deux filles. Mais je puisais mon courage, en disant au fond de moi-même, où peut être située ma douleur devant ces milliers de chouhada qui sont morts pour l’Algérie, et qui n’ont jamais vu leurs enfants. Certains étaient de jeunes mariés, et n’ont pas hésité à prendre le chemin du maquis. Ils n’ont pas eu le bonheur de prendre leurs enfants dans leurs bras. C’est là où je puisais ma force.» Elle se rappelle aussi de son retour à Alger, en ce mois d’octobre 1962 : «Je contemplais la baie d’Alger. Quelle est belle !» Et depuis, elle ne l’a plus quittée. Et comme l’a si bien souligné Lamine Khan, le mérite des tous les militants d'origine européenne qui se sont engagés pour la cause algérienne «est beaucoup plus grand que le notre», car «ils ont tout laissé pour adhérer et défendre notre cause. Nous devons être très reconnaissants envers eux».
Nora Chergui

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Mustapha Lehbiri invité de marque du Forum
Le colonel Mustapha Lehbiri, Directeur général de la Protection civile, a rehaussé de sa présence, la cérémonie qu’a organisée le Forum d’El Moudjahid, à l’occasion de l’hommage rendu aux moudjahidate des wilayas du Sud.
En effet, notre quotidien se fait, à chaque occasion, un devoir de mémoire en mettant à la une, des moudjahidate anonymes. Des femmes qui ont combattu dans les Wilayas V et VI des régions du Sud algérien. Et qui, par leurs sacrifices comme celui de milliers d’autres femmes, ont ouvert la voie aux grandes mutations qui ont affecté la condition féminine dans notre pays. La  présence témoigne de l’intérêt porté par M. Lehbiri aux hauts faits d’armes de notre glorieuse Révolution, ayant été lui-même un moudjahid de la Wilaya V, ceci d’autant que cette cérémonie a été gratifiée par le patronage de Son Excellence le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika.
La rédaction

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Les Amis de la Révolution de Novembre

Lamine Khane, moudjahid et ancien ministre :
« Les amis de la Révolution ont leur place parmi nous »
«Nous savons très peu de chose sur Annie Steiner, cette grande militante de la lutte de Libération nationale à laquelle nous rendons hommage aujourd’hui.  Si la participation à la Révolution de Novembre était un devoir pour tous les Algériens, ce n’était pas le cas pour les nombreux Français et Françaises qui vivaient en Algérie à l’époque, qui ont adhéré à la cause nationale par conviction politique, en signe de solidarité avec le peuple algérien en lutte.
En effet, c’est quelque chose d’extraordinaire, l’engagement volontaire de ces hommes et de ces femmes en faveur de la Révolution, au détriment de leur devoir envers la France, leur patrie. Pour moi, leur mérite est plus grand que le nôtre. Ils ont leur place parmi nous.»

Mohamed Mechati, moudjahid, membre du Groupe des 22 :
« Elle a choisi l’Algérie »
«Cette militante de la cause nationale, je ne la connaissais pas durant la Révolution.
C’est au lendemain de l’indépendance que j’ai entendu parler de cette grande dame, qui a contribué avec nous à la lutte de Libération nationale. Aussi, ce qui m’a frappé chez Annie Steiner, c’est surtout son courage, la force de son idéal. En effet, cette militante convaincue, cette grande amie de l’Algérie mérite le respect et la considération du peuple algérien pour tout ce qu’elle a fait durant la Révolution de Novembre.»

Mme Khane moudjahida :
« Une femme remarquable »
«Avec Mmes Chentouf, Nafissa Hamoud et autres, nous étions encore au lycée à l’âge de 16 ans, lorsqu’on a rejoint les rangs de la Révolution.
Arrêtée par la soldatesque coloniale, suite à la grève des 8 jours, j’ai rejoint la Tunisie après ma libération pour me consacrer au service du GPRA. Je dois ajouter que c’est après ma sortie de prison que j’ai connu Annie Steiner. Une femme remarquable, travailleuse, dévouée, modeste et intègre.» 

Abdelkader Guerroudj moudjahid :
« Un sacrifice qui vaut mille honneurs »
«Même si je l’ai connue seulement après l’indépendance, lorsqu’elle travaillait au secrétariat du gouvernement, Annie Steiner était l’amie de Jacqueline, ma première épouse, indisponible actuellement en raison de son âge (95 ans) et de ses problèmes de santé, et avec laquelle elle a fait de la prison, durant la Révolution. Annie Steiner était surtout l’amie intime de la moudjahida Djamila Bouhired, à ma connaissance.
Cette militante de la cause nationale, dont la principale caractéristique est la modestie, a eu la chance de connaître les grandes figures de la Révolution, comme Ben Mhidi, Abbane, Benkhedda, Dahlab et autres. On sait d’elle qu’elle a passé plus de 15 mois en prison, où elle a particulièrement souffert des conditions de détention. Courageuse, dévouée, Annie Steiner a été de tous les combats, de tous les défis, notamment en acceptant de renoncer à la nationalité française et à sa famille, par conviction et solidarité, par amour pour l’Algérie, son pays natal. Pour moi, ce sacrifice vaut mille honneurs.»
Propos recueillis par Mourad A.

PE-SPA El MOUDJAHID - 20, Rue de la Liberté

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