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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 07:48

huma_1962_02_28_charonne.jpgDelphine Renard : "Les apologistes de l’OAS continuent de brandir des idéaux racistes et fascisants"

Elle avait quatre ans lorsqu’elle fut grièvement blessée dans un attentat de l’OAS visant André Malraux. Le sort de l’enfant mutilée, aveuglée, souleva alors une grande émotion. C’est après cet attentat que fut organisée la manifestation sauvagement réprimée au Métro Charonne. Aujourd’hui psychanalyste, Delphine Renard entretient la mémoire des victimes de l’organisation criminelle. Elle demande que soit officiellement reconnue par l’État la brutale répression qui coûta la vie à neuf manifestants, communistes et syndicalistes, le 8 février 1962. 

Vous vous étiez élevée, il y a un an, dans une tribune, contre les multiples hommages rendus à des criminels de l’OAS. Certains d'entres eux ont été déchus, ces dernières semaines, des décorations attribuées par le précédent pouvoir. Ce la signe-t-il, selon vous, une rupture ?

 

Delphine Renard. En effet, Jean-François Collin a été exclu en début d’année, par décret, de l’Ordre national de la Légion d’honneur dans lequel le président Sarkozy l’avait nommé chevalier le 5 mai 2011 (avec attribution de la Croix de la valeur militaire). Cette déchéance manifeste clairement une position nouvelle de l’Etat sur la question de la mémoire de la guerre d’Algérie. Cet ancien factieux de l’OAS s’acharne à entretenir la haine, honorant régulièrement, avec son association d’anciens criminels, la mémoire d’officiers putschistes, tels le colonel Argoud. Le fils de ce dernier, qui lui aussi fait l’apologie de l’OAS dans les médias, s’est vu retirer, l’été dernier, ses fonctions de rapporteur public au tribunal administratif de Marseille. Il s’agit là de signaux plutôt encourageants. L’accession de François Hollande à la présidence de la République a marqué une inflexion dans la politique de l’État français à l’égard de cette mouvance qui continue à brandir, en guise de valeurs, l’assassinat et la torture au nom d’idéaux racistes et fascisants, bien loin des sentiments de la grande majorité des rapatriés d’Algérie. Le discours qu’il a prononcé à Alger en décembre dernier a posé les bases d’une réorientation, avec la volonté affirmée d’ « ouvrir un nouvel âge dans la relation entre la France et l’Algérie » grâce à la reconnaissance des « souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien », et en particulier lors du massacre de Sétif, ouvrant la voie à la vérité sur la torture. Mais sur le plan intérieur, il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à « la paix des mémoires » que le président a appelée de ses vœux. La « reconnaissance du passé dans le respect des mémoires, de toutes les mémoires », pour reprendre ses mots, passe par le choix de dates symboliques. En décembre dernier, au Sénat, un vote intervenant à l’issue d’un débat houleux a montré combien restait difficile l’acceptation de certaines réalités historiques : il s’agissait de la proposition de loi sur la reconnaissance de la date du 19 mars comme journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc. Cette date désormais légale devra, un jour ou l’autre, se substituer à celle du 5 décembre, dénuée de toute justification historique et procédant d’une simple mesure réglementaire arrachée par des groupes qui ne peuvent tolérer une date annonçant l’indépendance de l’ancienne colonie.

Vous citiez Elie Wiesel, « Tolérer le négationnisme, c’est tuer une seconde fois les victimes. » Des premières lois d’amnistie, en 1965, jusqu’aux stèles dédiées à ces criminels, ceux qui cultivent leur mémoire les présentent comme des victimes. Comment une telle inversion des valeurs a-t-elle pu se produire ?

Delphine Renard. S’il s’agissait d’individus, on parlerait de perversion. Mais à l’échelle collective, c’est très inquiétant et cela rappelle de sombres périodes. Des argumentaires habiles flattent toujours les tendances les plus basses, et l’extrême-droite a beau jeu d’instrumentaliser, depuis cinquante ans, le traumatisme qu’a été l’indépendance pour les Français qui résidaient en Algérie. Pendant ce temps, des actes de vandalisme continuent à se produire contre des stèles à la mémoire de ceux qui, pendant la guerre d’Algérie, se sont opposés à la terreur et au jusqu’au-boutisme de l’OAS. Ainsi tout récemment, le 3 janvier dernier, une cérémonie organisée à la mémoire d’Alfred Locussol, ce fonctionnaire assassiné cinquante-et-un ans plus tôt par l’OAS à Alençon pour avoir œuvré à l’indépendance de l’Algérie, a dû se dérouler en l’absence de la plaque commémorative, volée…

L’extrême-droite française, dans sa version lepéniste, a fait de la nostalgie de l’Algérie française un fonds de commerce. La réhabilitation de l’OAS est-elle, selon vous, un symptôme du poids de l’extrême-droite en France ?

Delphine Renard. Certainement. Dans « La Gangrène et l’Oubli », Benjamin Stora qui, depuis plus de trente ans, fait un travail remarquable pour dégager l’histoire des haines partisanes et œuvrer à la réconciliation des mémoires, écrivait : « Le Front national poursuit sa progression, s'alimentant aux sources du refoulé de cette guerre. La perte de l'Algérie française apparaît comme la justification a posteriori du système colonial, par construction d'une mémoire de la revanche. » Je crois que cette analyse, qui date de 1991, demeure toujours valable aujourd’hui. On en a eu encore une illustration l’été dernier, lorsque la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, a brutalement mis fin au projet d’exposition Albert Camus jusque là confié au même Benjamin Stora, dont les vues équilibrées ne pouvaient satisfaire la vision nostalgérique de la municipalité.

Symbole de la barbarie de cette organisation terroriste, vous ne vous êtes exprimée publiquement qu’à l’occasion des cinquante ans du massacre de Charonne, l’an dernier. Pourquoi avez-vous choisi de sortir du silence ?

Delphine Renard. Je raconte ce cheminement dans un livre qui va sortir chez Grasset le mois prochain, et qui s’intitule « Tu choisiras la vie ». De par ce qui m’est arrivé, je porte une responsabilité à l’égard de tous ceux qui, atteints par le terrorisme de l’OAS, y ont perdu la vie et ne sont plus là pour en témoigner. Je me sens tout particulièrement redevable envers les neuf personnes massacrées par la police de Papon au métro Charonne, le 8 février 1962, alors qu’ils manifestaient pour la paix en Algérie et clamaient leur indignation contre les méthodes de l’OAS, au lendemain de l’attentat contre André Malraux dans lequel, enfant de quatre ans, j’avais été grièvement blessée.  

Comment mesurez-vous la responsabilité de l’État français dans le massacre de militants anti-OAS le 8 février 1962 ?

Delphine Renard. Il est scandaleux que les recours intentés par les proches des victimes se soient toujours soldés par une non-reconnaissance de la responsabilité de l’État dans ce massacre. Comment comprendre que les victimes, écrasées sous les grilles d’arbre jetées par les policiers ou tabassés à coups de « bidules » n’aient pas reçu un franc d’indemnisation, alors que d’anciens terroristes aux mains pleines de sang se soient vus, après leur amnistie, attribuer de confortables pensions ?

 

Un demi-siècle après les faits, pourquoi ce massacre et celui des Algériens, le 17 octobre 1961 ne sont-ils toujours pas reconnus comme des crimes d’État ?

Delphine Renard. J’avais été très émue que le premier geste du candidat François Hollande ait été, le 17 octobre 2011, d’aller jeter des roses dans la Seine en hommage aux Algériens noyés par la police française, le 17 octobre 1961. En 2012, à l'occasion du 51e anniversaire de cette manifestation, le président Hollande a reconnu au nom de la République la « sanglante répression » au cours de laquelle ont été tués « des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ». Avec le Comité Vérité et Justice pour Charonne, j’attends, en confiance, un geste au moins équivalent pour les victimes de la tragédie du 8 février 1962.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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commentaires

j. Frediani 11/02/2013 15:50

très bien. Mémoire indispensable

MARTINEZ Gérard 10/02/2013 13:08

Désolé! Quelqu'un écrit une apologie de l'OAS, et signe "Gérard MARTINEZ"; il s'agit je pense d'un homonyme... ce qui m'est déjà plusieurs fois. Comme par exemple le jour où un commerçant m'a
appelé, cherchant un "Gérard Martinez" qui lui avait fait un chèque en bois. Je ne me chauffe pas de ce bois là.
De toutes façons, il est assez simple de repérer les raciste de l'OAS, ils ont l'insulte facile...
Merci Bernard pour ton travail. Courage, et bonne continuation. Gérard Martinez...l'autre, progressiste et pas raciste!

safras 09/02/2013 17:55

une victime collatérale d'un attentat manqué contre Jean-Paul Sartre, c'est triste
mais pourquoi ne parlez-vous jamais des enfants, 3 morts et 5 amputés (bras, jambe), du Milk-Bar, le 30 septembre 1956 ?

Martinez Gérard 09/02/2013 17:41

Monsieur Deschamps,
Comment pouvez-vous, vous Français (pour autant que je le sache) faire l'apologie des barbares qui ont durant presque 8 ans massacrés dans des conditions indescriptibles d'autres Français
(souvenez-vous Palestro où 21 appelés ont été horriblement massacrés, mutilés - ce n'est qu'un exemple entre autres centaines).
Vous allez me rétorquer: ils se sont battus pour leur indépendance! Soit; mais savez-vous monsieur que ce n'est qu'une infime minorité qui souhaitait l'indépendance. Ce n'est qu'à compter du 19
mars où la France bradait son département que la population s'est ralliée aux Barbares.
Et vous monsieur: vous les défendez. Si ça se trouve vous leur avez permis par votre aide d'assassiner vos frères, vos mères, vos soeurs.
Cela, en tant de guerre, monsieur est passible de peine de mort pour trahison et connivence avec l'ennemi.
Vous évoquez l'OAS comme D.R.; la haine vous aveugle au point de raconter n'importe quoi.
La durée de vie (si j'ose dire) de l'OAS fut d'un peu plus d'un an. Les victimes de l'OAS furent d'environ 4000 dont 2000 blessés.
Au cours de cette même période le FLN a massacré plus de 100000 personnes; parmi les actes les plus odieux fut le génocide d'Oran (voulez-vous que je vous en parle preuves à l'appui).
Révisez votre copie vous et vos acolytes. Pourquoi n'évoquez-vous pas les victimes du Communisme? ce furent les plus grands assassins de l'histoire?
Je vous plains plus que je ne vous blâme. Gérard Martinez

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