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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 08:13

DE-GAULLE-INVESTI.jpgCompte-rendu, site officiel de l'Assemblée Nationale

 La IVe République s'effondre, impuissante à résoudre la crise algérienne. Le 13 mai 1958, après quatre semaines de crise ministérielle, Pierre Pflimlin remplace Félix Gaillard à la présidence du Conseil. Alger se soulève. Un comité de salut public en Algérie est créé ; il lance un appel à de Gaulle pour constituer un gouvernement de salut public. Face à l'insurrection le général de Gaulle rompt le 15 mai, depuis Colombey-les-Deux-Églises, un silence de trois ans par une déclaration à la presse : « La dégradation de l'État entraîne infailliblement l'éloignement des peuples associés, le trouble dans l'armée au combat, la dislocation nationale, la perte de l'indépendance. Depuis douze ans, la France, aux prises avec des problèmes trop rudes pour le régime des partis, est engagée dans ce processus désastreux. Naguère, le pays dans ses profondeurs m'a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu'à son salut. Aujourd'hui, devant les épreuves qui montent de nouveau vers lui, qu'il sache que je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République. » Le 19 mai, lors d'une conférence de presse au Palais d'Orsay, le général de Gaulle déclare que les pouvoirs qu'il se tient prêt à exercer seraient « ceux que la République lui aurait elle-même délégués ». Le 29 mai 1958, au lendemain de la démission du président du Conseil, Pierre Pflimlin, le Président de la République, René Coty annonce aux assemblées qu'il a décidé de faire appel « au plus illustre des Français ». Après un entretien à l'Élysée avec le général de Gaulle, René Coty annonce qu'il a pressenti celui-ci pour former un gouvernement, le dernier de la IVe République. De Gaulle annonce qu'il accepte d'exercer la charge du pouvoir, concédant préalablement de venir dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Il reçoit le 31 mai à l'hôtel La Pérouse les présidents des groupes parlementaires.

 

 

L'Assemblée nationale est convoquée le dimanche 1er juin à 15 heures pour écouter le discours d'investiture du général de Gaulle. L'hémicycle est comble. Le général de Gaulle fait une brève déclaration demandant les pleins pouvoirs pour une durée de six mois et la révision de la Constitution et annonçant la mise en congé du Parlement jusqu'au 1er octobre. Il se retire aussitôt après avoir donné lecture de sa déclaration.

C'est le vice-président du nouveau gouvernement, Guy Mollet, qui répond aux dix-sept orateurs. À 21 h 15 le résultat du scrutin d'investiture est 329 voix pour et 224 contre.

Ont voté l'investiture : 42 socialistes sur 95 dont Guy Mollet, 24 radicaux sur 42 dont Félix Gaillard, 10 UDSR sur 20 dont René Pleven [Tables d'archives], 14 RGR sur 14 dont Edgar Faure [Tables d'archives], 70 MRP sur 74 dont Georges Bidault, les républicains sociaux dont Jacques Chaban-Delmas [Tables d'archives], les indépendants-paysans dont Antoine Pinay et les poujadistes.

Parmi ceux ayant voté contre : 141 communistes, 49 socialistes dont Gaston Defferre [Tables d'archives], 18 radicaux dont Pierre Mendès France [Tables d'archives], 4 UDSR dont François Mitterrand [Tables d'archives].

Le général de Gaulle est ainsi le dernier président du Conseil de la IVe République avant de devenir le premier Président de la Ve République. En effet, le 3 juin, par 350 voix pour et 161 contre, l'Assemblée nationale donne au général de Gaulle mandat de préparer une nouvelle Constitution soumise le 28 septembre 1958 au peuple français et approuvée, avec une participation des quatre cinquièmes du corps électoral, par près de 83 % des suffrages.

 

 

_________

La dégradation de l'État qui va se précipitant. L'unité française immédiatement menacée. L'Algérie plongée dans la tempête des épreuves et des émotions. La Corse subissant une fiévreuse contagion. Dans la métropole des mouvements en sens opposé renforçant d'heure en heure leur passion et leur action. L'armée, longuement éprouvée par des tâches sanglantes et méritoires, mais scandalisée par la carence des pouvoirs. Notre position internationale battue en brèche jusqu'au sein même de nos alliances. Telle est la situation du pays. En ce temps même où tant de chances, à tant d'égards, s'offrent à la France, elle se trouve menacée de dislocation et peut-être de guerre civile.

C'est dans ces conditions que je me suis proposé pour tenter de conduire une fois de plus au salut le pays, l'État, la République, et que, désigné par le chef de l'État, je me trouve amené à demander à l'Assemblée nationale de m'investir pour un lourd devoir.

De ce devoir, il faut les moyens.

Le Gouvernement, si vous voulez l'investir, vous proposera de les lui attribuer aussitôt. Il vous demandera les pleins pouvoirs afin d'être en mesure d'agir dans les conditions d'efficacité, de rapidité, de responsabilité que les circonstances exigent. Il vous les demandera pour une durée de six mois, espérant qu'au terme de celte période l'ordre rétabli dans l'État, l'espoir retrouvé en Algérie, l'union refaite dans la nation, permettront aux pouvoirs publics de reprendre le cours normal de leur fonctionnement.

Mais ce ne serait rien que de remédier provisoirement, tant bien que mal, à un état de choses désastreux si nous ne nous décidions pas à en finir avec la cause profonde de nos épreuves. Cette cause - l'Assemblée le sait et la nation en est convaincue - c'est la confusion et, par là même, l'impuissance des pouvoirs. Le Gouvernement que je vais former moyennant votre confiance vous saisira sans délai d'un projet de réforme de l'article 90 de la Constitution, de telle sorte que l'Assemblée nationale donne mandat au Gouvernement d'élaborer, puis de proposer au pays par la voie du référendum, les changements indispensables. Aux termes de l'exposé des motifs qui vous sera soumis en même temps que le texte, le Gouvernement précisera les trois principes qui doivent être en France la base du régime républicain et auxquels il prend l'engagement de conformer son projet. Le suffrage universel est la source de tout pouvoir. Le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif doivent être effectivement séparés de façon que le Gouvernement et le Parlement assument, chacun pour sa part et sous sa responsabilité, la plénitude de ses attributions. Le Gouvernement doit être responsable vis-à-vis du Parlement.

L'occasion solennelle d'organiser les rapports de la République française avec les peuples qui lui sont associés sera offerte au pays par la même réforme constitutionnelle. Cette organisation nouvelle, le Gouvernement prendra l'engagement de la promouvoir dans le projet qu'il proposera aux suffrages des Françaises et des Français.

À partir de ce double mandat, à lui conféré par l'Assemblée nationale, le Gouvernement pourra entreprendre la tâche immense qui lui sera ainsi fixée. Quant à moi, pour l'assumer, il me faut assurément et d'abord votre confiance. Il faut ensuite que sans aucun délai - car les événements ne nous en accordent pas - le Parlement vote les projets de loi qui lui seront soumis. Ce vote acquis, les assemblées se mettront en congé jusqu'à la date prévue pour l'ouverture de leur prochaine session ordinaire. Ainsi le Gouvernement de la République, investi par la représentation nationale et pourvu d'extrême urgence des moyens de l'action, pourra répondre de l'unité, de l'intégrité, de l'indépendance de la France. (Applaudissements au centre, à droite, sur plusieurs bancs à l'extrême droite et sur divers bancs à gauche.)


Photographie AGIP/rue des Archives

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Le Général de Gaulle relate la séance, ainsi que, plus brièvement, celles des deux jours suivants dans ses Mémoires d'espoir.

Le dimanche 1er juin, je fais mon entrée à l'Assemblée nationale. La dernière fois que j'y étais venu, en janvier 1946, j'avais dû adresser à Édouard Herriot, qui se risquait à me faire rétrospectivement la leçon au sujet de la Résistance, la réponse assez rude et ironique qu'il méritait. L'incident a eu lieu dans l'atmosphère de sourde hostilité dont m'entouraient alors les parlementaires. Par contraste, je sens aujourd'hui l'hémicycle débordant à mon égard d'une curiosité intense et, à tout prendre, sympathique. Dans ma court déclaration j'évoque la situation : dégradation de l'État, unité française menacée, Algérie plongée dans la tempête. Corse en proie à une fiévreuse contagion, armée longuement éprouvée par des tâches sanglantes et méritoires mais scandalisée par la carence des pouvoirs, position internationale de la France battue en brèche jusqu'au sein de ses alliances. Puis j'indique ce que j'attends de la représentation nationale : pleins pouvoirs, mandat de soumettre au pays une nouvelle Constitution, mise en congé des Assemblées. Tandis que je parle, tous les bancs font totalement silence, ce qui convient aux circonstances, Ensuite, je me retire, laissant l'Assemblée débattre pour la forme. Malgré quelques interventions malveillantes, notamment celles de Pierre Mendès France, de François de Menthon, de Jacques Duclos et de Jacques Isorni, qui sont comme d'ultimes soubresauts, l'investiture est largement votée.

Il en est de même, le lendemain, des lois sur les pouvoirs spéciaux en Algérie et en métropole et, le surlendemain de celle qui concerne la Constitution et exige une majorité des deux tiers. Je suis venu assister à cette suprême discussion, prenant plusieurs fois la parole en réponse aux orateurs, afin d'entourer de bonne grâce les derniers instants de la dernière Assemblée du régime. Le Conseil de la République ayant de son côté donné son approbation, le Parlement se sépare.

Charles de Gaulle, Mémoires d'espoir, Le Renouveau 1958-1962
(Librairie Plon, 1970)

 

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