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25 janvier 2023 3 25 /01 /janvier /2023 06:22

(Mon exposé, lors de la soirée du 24 janvier 2023 à Vénissieux pour rendre compte du récent  voyage d'un groupe de Vénissians à Alger BD)

-Madame Michèle Picard, Maire de Vénissieux,

-Monsieur Abdelaziz Maayouf, Consul Général d’Algérie,

-Mes  ami-es Marie-Christine et Pierre-Alain, avec qui j’ai eu plaisir à organiser ce voyage,

-Cher Nacer, remarquable  passeur entre nos deux peuples,

-Et vous toutes et tous, ami-es voyageurs.

-Mesdames, Messieurs,

 

Il y a soixante ans, le 3 juillet 1962, l’Algérie accédait officiellement à l’Indépendance, après 130 années de résistance à la colonisation et de huit années d’une guerre cruelle imposée par l’Etat français.

Les séquelles du colonialisme étaient terribles : esclavage, misère, pillage des ressources, déculturation, analphabétisme, pandémies, déplacements de populations, mortalité enfantine, et pour finir près d’un million de morts sur 10 millions d’habitants.

Ne le perdons jamais de vue quand nous portons un jugement sur l’Algérie d’aujourd’hui.

Soixante ans, c’est court à l’échelle de l’histoire. Les plaies d’hier ne sont pas toutes guéries et les sacrifices consentis par le peuple algérien, dont il y a peu d’exemples dans le Monde, ne s’effacent pas des mémoires.

Devant l’échec des tentatives d’évolution pacifique, le peuple algérien avait été contraints, le 1er novembre 1954, d’engager la lutte armée et, face à une armée française puissante, d’unifier ses rangs au sein du Front de Libération Nationale avec une discipline stricte.

A l’indépendance, la lutte des classes pris nécessairement le pas sur l’unité nationale qui avait prévalue dans le combat contre l’occupant colonial. Nous avons connu cela en France à la Libération en 1945. Des luttes de clans apparurent, qui sont à tort présentées comme le choc d’ambitions personnelles, auxquelles elles ne se réduisent pas. Les défis à affronter par le nouvel Etat et les habitudes prises pendant la guerre d’indépendance entraînèrent l’instauration du parti unique, FLN. Les autres partis politiques étant interdits, y compris ceux ayant participé à la guerre d’indépendance, comme le Parti Communiste Algérien.

Les accords d’Evian conclus le 18 mars 1962 entre l’Etat français et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, le GPRA, reconnaissaient le droit à l’indépendance de l’Algérie sur l’ensemble de son territoire. Elle sera effective à l’issue des référendums en Algérie et en France. Ces accords  garantissaient aux  Algériens d’origine européenne la possibilité d’opter pour la nationalité algérienne de plein droit. C’est l’OAS, organisation criminelle  attachée à « l’Algérie française », qui les chassa. Les Accords d’Evian permettaient à la France de poursuivre ses essais nucléaires au Sahara et de conserver pendant quinze ans l’utilisation de la base de Mers el Kébir. Ces accords furent approuvés à la quasi-unanimité,  en mai-juin 1962, par le Congrès de Tripoli du FLN, cinq voix votant contre, dont celle du chef d’Etat-major de l’ALN, l’Armée de Libération Nationale, Houari  Boumediene qui jugeait ces Accords comme néo-colonialistes.

Ils ne seront pas un obstacle à l’instauration d’un régime de caractère socialiste, avec Ahmed Ben Bella comme premier président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, puis par Houari Boumediene à l’issue du  « redressement révolutionnaire » opéré par le coup d’Etat du 19 juin  1965.

De 1962 à 1978, année de la mort de Houari Boumediene, l’Algérie connait une remarquable période de progrès social grâce au décollage économique avec la politique de réforme  agraire et les nationalisations dont celle des hydrocarbures le 24 février 1971. Le chômage et la misère reculent ; l’instruction publique est développée et ouverte à tous/toutes les petit-es Algérien-nes, contrairement à l’époque coloniale ; une grande politique de santé permet de vaincre plusieurs pandémies. Alger est  alors « la Mecque des révolutionnaires » qui accueille notamment Le Che Guévara et soutient les mouvements de libération nationale d’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient. Ironie tragique de l’histoire, c’est pendant cette époque de progrès que Bachir Hadj Ali, le dirigeant national du Parti Communiste Algérien, fut emprisonné et torturé. Le Président Boumediene était-il au courant ? Les témoignages que j’ai recueillis divergent sur ce point.

Avec Chadli Bendjedid qui succède en 1978 à Houari Boumediene, une fièvre de libéralisation politique et économique s’empare des dirigeants algériens. Le pluralisme politique est instauré,  des journaux, des partis politiques se créent. Au nom de la libre entreprise, les dénationalisations se multiplient entraînant un chômage massif. Ce recul social et une baisse concomitante du prix des hydrocarbures principale ressource de l’Algérie, suscitent un profond mécontentement qui sera exploité par le Front Islamique du Salut désormais légalsé. Celui-ci remporte d’importants succès aux élections locales de 1990. Il gagne de nombreux sièges au 1er tour de l’élection législative de 1992 et il est en mesure de remporter la majorité à l’Assemblée Nationale Populaire. Chadli Bendjedid est poussé à la démission et les élections sont annulées par le Haut Comité d’Etat mis en place sous la présidence de Mohamed Boudiaf, un des héros de la Fédération de France du FLN pendant la guerre d’Indépendance, et qui sera assassiné à Annaba quelques mois plus tard.

Le péril d’une prise du pouvoir par le Front Islamique du Salut est écarté.

Mais celui-ci prend le maquis et avec le GIA,  Groupe Islamique armé, il va semer la terreur en se livrant à des crimes de masse qui vont ravager l’Algérie pendant une dizaine d’années, la « décennie noire » qui fera quelque 200 000 morts sous le regard indifférent de Mitterrand qui accueillera des chefs terroristes sur le sol de France.

Sous la présidence de Liamine Zerroual de 1994 à 1999, la répression contre le terrorisme s’amplifie sans parvenir à l’éteindre.

Abdelaziz Bouteflika, président de République depuis le 27 avril 1999, met en place une nouvelle politique qui offre le pardon aux terroristes qui déposent les armes et réprime impitoyablement ceux qui refusent. Il fait voter la Charte de la Concorde civile en 1999 et la Charte  pour la Paix et la Réconciliation Nationale qui sera approuvée par référendum en 2005 et appliquée à partir de 2006.

Peu à peu l’Algérie  retrouve la paix intérieure.

Au cours de ses quatre mandats de 1999 à 2019, Abdelaziz Bouteflika, qui est issu de la petite bourgeoisie nationaliste partisane de l’économie de marché, va à la fois procéder dans les années 2000, à une reprise en main par l’Etat  de certains secteurs économiques dont la Banque Centrale (en 2016, il renationalisera le grand complexe sidérurgique d’El Hadjar) et dans le même temps il va s’employer à développer une bourgeoisie algérienne nationaliste.  Pour ce faire, à l’instar du ministre français François Guizot sous Louis Philippe, qui recommandait « Enrichissez-vous », il va faire bénéficier les « entrepreneurs » de financements d’Etat considérables. Une partie des couches populaires en bénéficiera également,  et il édicte en 2009 la règle du 51/49 qui impose 51% pour les capitaux algériens dans les montages financiers avec l’étranger.

En 2005, il fait adopter un nouveau Code de la famille  qui comporte quelques avancées par rapport  à celui rétrograde de 1984, mais sans aller jusqu’au bout des engagements qu’il avait pris.

C’est également sous sa présidence et à son initiative que sera condamnée la répression sanglante de la révolte berbère de 1980, et la langue berbère sera, en 2016,  reconnue et enseignée dans les écoles.

Enfin, l’ancien ministre des Affaires Etrangères qui avait présidé la 29e Assemblée générale de l’ONU en 1974, devenu président poursuivra une grande politique de paix, d’amitié et de coopération avec les autres nations. C’est notamment sous son autorité que sera conclu en 2015, l’Accord d’Alger (1) entre le gouvernement du Mali et les groupes de la guérilla armée. Cet accord  approuvé par l’ONU, aurait permis de pacifier la région du Sahel s’il avait été soutenu par la France et appliqué par le gouvernement malien.

A la suite de son AVC en 2013, le président Abdelaziz Bouteflika avait déclaré ne pas souhaiter se représenter pour un 5e mandat. Mais son entourage l’y poussa, ce qui entraîna un soulèvement populaire d’une ampleur sans précédent depuis l’indépendance, le hirak. Un mouvement jeune, joyeux, pacifique, comme j’ai pu le constater personnellement, traversé de conceptions politiques diverses. L’armée fit preuve dans ces circonstances d’une remarquable modération.

Ce mouvement populaire, soyons en persuadé, ne sera pas sans lendemains.

Le président Bouteflika démissionne le 2 avril 2019. Une élection présidentielle a lieu le 12 décembre 2019, boycottée par le hirak et par les partis de l’opposition démocratique. Elle enregistre un recul des partis islamistes et porte au pouvoir Abdelmadjid Tebboune élu par 4 947 523 voix sur  24 464 161 d’électeurs inscrits pour près de 45 millions d’habitants.

Le 1er novembre 2021, le président Tebboune fait adopter par référendum, une nouvelle Constitution qui entr’autres introduit la possibilité pour l’armée algérienne d’intervenir hors de ses frontières, ce qui lui était interdit auparavant.

Il fait voter la suppression de la règle du 51/49, ainsi qu’une loi qui permet aux capitaux étrangers d’entrer dans le capital de la SONATRACH, la société nationale publique des hydrocarbures.

Tout ce qui concerne ce pays que j’aime me passionne et mon coeur saigne quand des fautes sont commises comme l’arrestation d’opposants politiques qui ne sont pas des criminels, ou la mise de médias sous scellés, ou les croisades homophobes de certains dirigeants. Et je me réjouis quand des succès sont remportés, comme celui du sommet d’Alger, des pays de la Ligue arabe, les 1eret 2 novembre dernier, qui en dépit des divergences qui la traverse, a adopté une résolution qui soutient sans ambiguïté  le droit des Palestiniens  à un Etat souverain dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, aux côtés de l’Etat d’Israël. De même que je salue le soutien par l’Algérie du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, conformément à la position de l’ONU.

Il est de l’intérêt de nos deux pays qui ont la Méditerranée comme trait d’union d’être amies, et de développer des coopérations mutuellement bénéfiques. Mais cela dépend en premier lieu de nous, de l’ancienne puissance coloniale qui doit reconnaître sans arrières pensées le mal fait par la colonisation. Des pas en ce sens ont été accomplis  par plusieurs présidents français, mais nous sommes encore loin du compte et il y a parfois des retours en arrière.

Rien de solide ne peut être construit sur l’oubli. Je formule donc le vœu, en ce début d’année 2023, que nous allions jusqu’au bout de la démarche.

Et que vive l’amitié entre la France et l’Algérie !

Bernard DESCHAMPS

24 janvier 2023

1-Le journal l’Humanité du 24 janvier 2023 évoque pour la première fois de façon positive  l’Accord d’Alger, sous la plume de  Benjamin König. Par contre, sur la même page, André Bourgeot persévère dans ses critiques. On se reportera sur ce blog, à mon article du 11 janvier 2022 « A PROPOS D’UN  TEXTE D’ANDRE BOURGEOT »,  qui  explicitait mon désaccord avec son auteur.

 

 

 

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