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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 15:53

(Dernière mise à jour, 28 décembre 2021)

Le Chili et nous

Au-delà  de l’aspect affectif – nous avons dans le Gard beaucoup pensé à Béa et à Hector (1) - la victoire du candidat de gauche à l’élection présidentielle chilienne pose une série de questions politiques et philosophiques qui nous interpellent.

Gabriel Boric, le prochain Président  de la République du Chili a 35 ans. Il avait activement participé au mouvement historique des étudiants en 2011 pour la réforme du système d’éducation. Il sera élu député trois ans plus tard et participera en 2017 à la création du Frente Amplio (Front large) qui regroupera des formations politiques et des organisations de gauche et écologistes de la société civile (2).

Lors de la primaire présidentielle du 18 juillet 2021, Gabriel Boric est désigné candidat de la coalition de gauche avec 60,42 % des voix, devançant le représentant du Parti communiste, Daniel Jadue qui totalise 39,58 % des voix alors qu'il était le favori des sondages. Celui-ci apporte alors son soutien à Gabriel Boric qui sera  élu au 2e tour de l’élection présidentielle.

Avec des différences qui tiennent aux caractéristiques propres à chaque pays, la démarche qui a conduit à cette victoire du camp progressiste au Chili est proche de celle qui me paraît nécessaire pour la France (voir sur ce blog à la date du 15 décembre 2021). Dans les deux situations, face à l’incapacité des partis de gauche à s’unir en faveur d’un candidat commun sur la base d’un programme de rupture avec le néo-libéralisme économique, on peut s’appuyer sur le mouvement social et les luttes pour surmonter cette division. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que le mouvement populaire contribue à la régénération des partis politiques. Pour ne citer que deux exemples : Cuba et le soutien apporté à Fidel Castro et l’Algérie où la poussée du mouvement indépendantiste a conduit le Parti communiste Algérien à s’appuyer prioritairement sur les militants issus de la population autochtone.

Une lecture erronée nous a parfois conduits à transformer la phrase fameuse de Lénine dans Que faire ? (1902) : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire » en, « Pas de mouvement révolutionnaire sans parti révolutionnaire », donnant ainsi la primauté aux partis politiques au détriment du mouvement populaire relégué dès lors  en position de dépendance.

Ce qui pose une question : les idées révolutionnaires peuvent-elle naître spontanément du mouvement populaire ?

La citation suivante de Lénine dans Que faire?, « La conscience révolutionnaire ne peut être spontanée, elle doit être apportée de l’extérieur »(3), et l’analyse de  Marx et d’Engels dans  le Manifeste du parti communiste de 1848, selon laquelle « Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante », semblent accréditer l’idée que les idées révolutionnaires ne peuvent naître spontanément.

La citation de Lénine est incomplète. Il a employé cette formule abrupte pour mettre l’accent sur la nécessité du combat idéologique qui, à l’époque, était nié par certains. En fait, il avait préalablement longuement insisté sur l’importance du mouvement populaire et de l’expérience que celui-ci acquiert et lorsqu’il parle de « l’extérieur », il s’agit de l’extérieur de la lutte économique, et non de l’extérieur du mouvement populaire (4). Ce qui implique de ne pas se limiter aux luttes économiques mais d’investir tout le champ politique. Pour nous marxiens, les idées ne naissent pas de rien, ni d’une opération du Saint Esprit ni de quelque puissance transcendante. En l’occurrence, elles naissent de la réalité et des effets de l’exploitation capitaliste et de l’action pour la combattre. Disposant d’une autonomie relative, elles s’enrichissent dans la confrontation, la réflexion et l’expérience. Est-ce à dire que les partis révolutionnaires sont inutiles ? Au contraire, car l’âpre lutte contre les idées des classes dominantes gagne en efficacité si elle est conduite de façon organisée et coordonnée. La classe dominante l’a bien compris qui a ses partis politiques et ses think tank.  Mais il peut arriver que des partis révolutionnaires faillissent. Le mouvement populaire alors tôt ou tard les rappelle à l’ordre. Je crois que nous en sommes là aujourd’hui en France et l’expérience chilienne – avec ses spécificités propres (5)-  nous montre la voie du redressement.

El pueblo unido jamás será vencido !

Bernard DESCHAMPS

27 décembre 2021

 

1 – En 2020 est décédée notre camarade Béatrice Dumond qui en 2015 avait quitté Nîmes pour vivre au Chili, la patrie de son mari Hector Herrera qui avait été un proche du martyr Victot Jara victime de la dictature sanglante de Pinochet.

2 - Gauche autonome (es), Gauche libertaire, Mouvement autonome (es), Nouvelle Démocratie, Parti vert écologiste (es), Parti humaniste du Chili, Parti de l'égalité (es), Parti libéral (es), Pouvoir citoyen (es), Révolution démocratique, Parti pirate, Mouvement démocrato-progressiste, Mouvement socialisme et liberté, Mouvement démocratico-populaire.

3 - Lénine, Oeuvres complètes, tome 5, page 431, Editions sociales, Paris, 1965.

4 – Ibidem, page 431 également.

5 – Contrairement au Chili, la démarche de la « primaire » ne me parait pas convenir pour la France. Une autre démarche me parait préférable (voir sur mon blog à la date indiquée).

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