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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 13:33

Le N° 117 de  « Recherches internationales » (Janvier-mars 2020) publie sept études sur le Sahel, indispensables pour comprendre la situation très préoccupante de cette partie de l’Afrique.

 

André BOURGEOT (Directeur de recherche émérite, CNRS), Sahel, terres de conflits.

   Depuis les Indépendances, nous dit André Bourgeot, les Etats ont été confrontés à « cinq grands problèmes qui ont entravé leur construction.» (P.46) : Les Plans d’ajustement structurel imposés en 1982 par le FMI et la Banque mondiale (privatisations, libéralisation des prix, dévaluation…) ; les crises climatiques ; les coups d’Etat militaires ; le djihadisme armé ; les rebellions armées à dominante touarègue ; aggravés par « l’intervention militaire franco-britannique puis celle de l’OTAN en Libye (du 19 mars au 31 octobre 2011) et l’assassinat du colonel Qaddahfi ».

   Le dossier a pour objectif d’étudier l’évolution et la transformation des Etats ; l’évolution des classes sociales ; l’évolution du djihadisme armé et des rebellions armées à dominante touarègue.

   L’auteur  évoque l’Accord d’Alger de 2015 (1). Selon lui, en se prononçant en faveur de l’Azawad, « l’architecture (de l’Accord, ndlr) divulgue la mise en place de « régions-Etats » et porte à terme la nécessité de nouveaux découpages territoriaux à caractère administratif qui, compte-tenu de la mosaïque ethnique qui prévaut au Mali, risque d’apparaître comme une territorialisation de l’ethnicité. Les  régions-Etats initient la disparition de l’Etat unitaire au profit d’un fédéralisme qui  n’écrit pas son nom… Elles vont générer des processus d’éclatement de la nation (déjà mise à mal) qui était le ciment du « vivre ensemble » alors que le fédéralisme en est le poison… » Il pense que ce «  fédéralisme larvé » est un « agent de renforcement des dynamiques néolibérales […] Alors que les Etats-nations peuvent être les remparts contre l’élargissement des dynamiques néolibérales (c’est-à-dire contre la subordination grandissante du politique à l’économique) ».(P.54 à 56)

   Cette opinion mérite d’être discutée. J’ai une autre lecture de cet accord. La plupart des Etats-nations dans le monde ne sont nullement des remparts contre le néolibéralisme économique.   D’autre part, l’Accord d’Alger qui certes reconnait l’appellation Azawad (appellation naturelle de la zone malienne qui se trouve au nord du fleuve Niger et qui se situe entre la Mauritanie et l’Algérie), et préconise l’institution d’un « Comité Consultatif Interrégional »  afin de piloter la « Zone de développement des Régions du Nord », se prononce  sans ambiguïté en faveur de l’unité nationale du Mali et entend dans le cadre de : « l’unité nationale, respecter la diversité humaine caractéristique de la Nation malienne […] éthique, culturelle, géographique, socio-économique,  […] socio-historique. » (Préambule et Titre I, Chapitre I, Article 1).

   La prise en compte de cette diversité me parait être, en effet, une des conditions de l’unité nationale, alors que la négation de cette diversité est source de frustrations et d’exacerbation des réflexes identitaires.

 

Alain ANTIL, (Directeur du Centre Afrique subsaharienne, IFRI), Le G5 Sa

hel  et le concept de « sécurité-développement ».

   Résumé par l’auteur: « Le G5 Sahel ( Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad, ndlr) est créé en 2014 pour répondre à une dégradation de l’environnement sécuritaire. Cette organisation ad hoc repose sur deux paradigmes. D’abord la réponse aux problèmes sécuritaires doit combiner les actions coercitives et les actions de développement censées répondre aux causes de ces violences […] Presque six années après l’annonce de la création du G5, force est de constater que cette structure va mal. Seuls les projets sécuritaires ont émergé… »(P.71).

 

Salim CHENA (Chercheur associés, CNRS/Science-Po Bordeaux), Un Sahel couleur kaki. Multiplication des acteurs, complexification des enjeux.

 « Cet article étudie la militarisation continue de l’espace saharo-sahélien depuis une vingtaine d’années… »

   « L’attaque d’Inates au Niger, en décembre 2019, et l’ethnicisation des violences au Burkina Faso et au Mali confirment la stratégie des groupes jihadistes de nouvelle génération, nourris de l’expérience irako-syrienne qui, tout en se référant à l’imaginaire du jihad global, usent des problématiques locales pour soutenir leur implantation. »

   L’auteur décrit le rôle des puissances extérieures : France, Etats-Unis, Union européenne, Russie, Chine, Monarchies du Golfe et note : « Cette pénétration tous azimuts d’acteurs extérieurs dans une région peu puissante, mais à l’importance stratégique globale dans les domaines sécuritaire, économique, énergétique et diplomatique, rend la résolution des crises, dont les origines sont profondément ancrées dans l’anthropologie, la politique et la socio-économie locales, encore plus difficiles […] Ainsi, des enjeux extérieurs parasitent constamment les tentatives de conciliation entre belligérants. » (P.89-90)

 

André BOURGEOT, Le djihad armé d’Amadou Koufa (Mali central).

   A partir de l’étude des prêches d’un prédicateur Peul, Amadou Diallo Koufa, l’auteur indique : « Les grandes lignes des prêches d’Amadou Koufa s’inscrivent dans un combat permanent entre la foi et la « mécréance », entre la démocratie et le Coran pour lequel il faut instaurer une gouvernance divine en appliquant rigoureusement la chariya djihadiste. »

 

Guillaume SOTO-MAYOR (Ingénieur d’études, Conservatoire National des Arts et Métiers), Trafics et trafiquants : éléments structurants des sociétés sahéliennes.

   Cette étude traite de l’évolution du commerce et des trafics entre l’Afrique subsaharienne et les côtes méditerranéennes depuis l’Antiquité et des développements récents de la criminalité sahélienne.

 

Marc-Antoine PEROUSE DE MONTCLOS (Directeur de recherches, CEPED, Peace Research Institute Oslo), Le djihad au Sahel : Une révolte des damnés de la terre ?

   «  Chacun à sa manière, plusieurs courants de pensée tendent à voir dans la pauvreté et les inégalités sociales la cause structurelle des djihads anciens et contemporains du Sahel. Les chercheurs d’inspiration marxistes, pour commencer […] Pour leur part les économistes libéraux insistent sur les mobiles lucratifs et la            criminalisation des insurrections qui perdurent… »

   L’auteur note en citant de nombreux exemples : « Historiquement, certains précédents justifient l’assimilation du djihad à une révolte des pauvres. » (P.139) Mais il estime que « Plusieurs éléments invitent cependant à nuancer cette impression. », en raison d’ « une profonde imbrication des dynamiques mafieuses » (P.150) Mais perdure, « Aujourd’hui comme hier, une demande de justice sociale et une posture anti-impérialiste.» (P.142).

 

Rahmane IDRISSA (Centre d’études africaines, Université de Leyde, Pays-Bas), Retrouver l’équilibre : extrémisme violent et relations communautaires à la frontière entre le Niger et le Mali.

   « La technique de l’administration par le biais des chefs traditionnels a été et est encore largement employée pour faire face aux tensions qui se manifestèrent rapidement dans la région frontalière. Avant le colonialisme, la région était sous l’hégémonie de groupes touaregs qui s’y étaient installés à la fin du 18e siècle et au début du 19e et qui, sous la menace de la violence, imposaient des prélèvements aux agriculteurs. » Sous la colonisation, « Les territoires devinrent un réseau complexe de chefferies de canton et de village (chefs de groupes agricoles) et de chefferies de groupement et de tribu(chefs de groupes d’éleveurs) ». L’auteur a étudié les évolutions qui ont conduit à l’éclatement de cet équilibre qui a perduré tant bien que mal jusqu’en 1991 et qui a explosé notamment avec la rébellion des touaregs du MNLA ( Mouvement National pour la Libération de l’Azawad) en 2012 opposés aux peuls du MUJAO (Mouvement pour l’Unité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) (2).

   Afin de retrouver la paix, l’auteur se prononce en faveur de la coopération des autorités locales élues et des chefferies traditionnelles.

 

Bernard DESCHAMPS

30 septembre 2020

 

  • 1 -    Lire une analyse de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali (Accord d’Alger 2015, pages 251 et 252) dans « REVOLUTION », Bernard Deschamps, juillet 2020. Commandes (20€+ 4€ de port) auprès de l’auteur / bernarddeschamps30@gmail.com. Chèques à l’ordre de Bernard Deschamps, 7, rue de Montaury, 30900 NÎMES.
  • 2 - Contrairement au  MNLA , le MUJAO n’est pas signataire de l’Accord d’Alger .

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