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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 13:28

 

(Mis à jour le 07/09/2020)

Lundi 24 août

   En cette fin du mois d’août, en dépit de la pandémie, une nouvelle fois, Viv’Alto réussit son pari. Toutes les places autorisées par les mesures barrières sont occupées et le Temple de Lasalle bruit d’une foule impatiente de découvrir le programme de cette 8e Fête de l’alto.

   Ce succès est à mettre à l’actif de son directeur, l’altiste Pierre-Henri Xuereb et de l’association Viv’Alto, de sa présidente Marie-Hélène Bénéfice et de ses dévoué(e)s bénévoles

   Participent à ce premier concert : Christophe Giovaninetti, Marc Vieillefon (violons), Pierre-Henri Xuereb, (alto), Philippe Muller (violoncelle), Ruixin Niu  (alto).

   Le compositeur luthérien Jean-Sébastien Bach ouvre le concert dans ce haut-lieu calviniste. Il avait 32 ans lorsqu’il composa les Suites pour violoncelle seul. Maître de Chapelle à la cour d’un Prince mélomane, ce sont des années heureuses. Cette composition dégage une joie communicative et -  clin d’œil en ces temps de replis identitaires ? - le plus prussien des musiciens marie dans ces danses d’inspiration folklorique, les traditions culturelles d’Allemagne, de France et d’Italie. (Prélude, Allemande, Courante, Sarabande, Menuet, Bourrée ou gavotte, Gigue)

   Maurice Ravel succède à Bach avec la Sonate pour violon et violoncelle à la mémoire de Claude Debussy composée en 1920. Très cultivé, proche des  peintres cubistes et de Picasso. Admirateur d’Apollinaire, des Ballets russes et du Grand Meaulnes d’Alain Fournier, Maurice Ravel est, selon Georges Auric, un compositeur « exquis, jamais précieux ». Cette sonate, qui marquait une rupture dans le style de Maurice Ravel, a surpris. (Allegro, Très vif, Lent, Entrain). Rengaines enfantines joyeuses, puis violon endiablé et final romantique.

   Un saut à l’est de l’Europe avec Antonin Dvorak. J’aime les chants de Dvorak inspirés du folklore tchèque, bien que le grand musicologue Robert Bernard ait dit beaucoup de mal de lui. Dans son Histoire de la musique (P. 598) ; il se livre à une exécution en règle : « entaché de banalité », « son art manque de rigueur », « un produit d’exportation ». Il le crédite cependant d’une « générosité intarissable de la ligne mélodique ». Générosité…mais intarissable ! Ecoutons donc ces Miniatures pour 2 violons et alto. ( Cavatina moderato, Capriccio poco allegro)

   Plus à l’Est, en Russie avec Serguei Taneïev. A ma grande honte, j’avoue que je découvre ce compositeur né en 1856 et décédé en 1915. Issu d’une famille de la noblesse moscovite il eut comme professeur de composition Tchaïkovski qui l’estimait et Nikolaï Rubinstein (aucun rapport avec Arthur) pour le piano. Il séjourna quelques années à Paris où il fréquenta Gustave Flaubert, César Franck et Camille Saint Saëns. Il fut surtout très proche de Léon Tolstoï. Son Trio en Ré majeur opus 21 a été composé en 1907 pour violon et 2 altos. Espiègle ! ( Allegro glocoso e semplice, Menueto allégro ma non tropo)

   Ce concert d’ouverture se termine en beauté avec le 1er mouvement du Quintette à cordes, opus 29 en Ut majeur de Beethoven. On ne présente plus ce géant de la musique européenne, sinon peut-être pour rappeler son admiration de la Révolution française de 1789 et cette phrase : « Je ne reconnais pas d’autre supériorité que la bonté. » Ce quintette composé à l’âge de 25 ans, alors qu’il ressentait les atteintes d’un début de surdité est un miracle d’inventivité. Intense gaîté intérieure mais final orageux. (Allegro moderato, Scherzo, Adagio lyrique, Scherzo inventif, Final orageux)

 

Mercredi 26 août

   Le piccolo est ce soir à l’honneur dans la salle capitonnée de noir de la Filature. D’aucuns n’apprécient pas cette petite flûte dont la stridence dans les notes hautes les incommode. Cet instrument n’est pourtant pas dépourvu de qualités. Il est pour moi celui qui émet les sons les plus proches du chant des oiseaux. Et, Jean-Louis Beaumadier – le « Paganini du piccolo » * – accompagné au piano par Véronique Poltz, compositrice et instrumentiste, nous offre une étendue de ses possibilités.

    Une nuée d’oiseaux prend possession de la salle et nous plonge dans un étourdissant concert de pépiements avec Scotisch de Vicenzo de Michelis et les Airs de ballet d’Ascanio de Camille Saint-Saens.

Ascanio : « Créé le 21 mars 1890 à l’Opéra de Paris […] Son livret est de Louis Gallet, d’après le roman éponyme d’Alexandre Dumas et la pièce Benvenuto Cellini de Paul Meurice ; son action se déroule à Paris en 1539 et retrace un incident survenu lors du séjour de Cellini à la cour de François Ier. [...] Comme beaucoup d’artistes français de cette époque, et notamment Debussy, Saint- Saëns fut influencé par le mouvement japonisant de Paris … »r nous dit Dominic Wells qui évoque « une élégante mélodie dans le style baroque. » qui revêt parfois « un caractère jovial et tapageur »

  Avec Orientale de Philippe Gaubert (1879-1941), tandis que le violoncelle rythme les pas de la caravane dans le désert, s’élève le chant de la flûte suivi des mélodies joyeuses de  Moto perpetuo de Joachim Andersen (1847-1909) .

Les Danses hongroises (2, 7, 8, 20) de Johannes Brahms leur succèdent dans un arrangement de Véronique Poltz dont on aura également un aperçu du talent avec sa composition Kilumac (cadence du concertino). Dans l’intervalle nous serons agréablement surpris par les Variations lumineuses de d’Anthony Girard (1959-) et par la Sonate de Florentine Mulsant (1962-)

   Nous terminons avec le retour espiègle des oiseaux dans Valse de Benjamin Godard (1849-1895).

 

Jeudi 27 août

   C’est la soirée des instruments rares : baryton viole d’amour et piccolo, pour une programmation d’une étonnante richesse qui nous transporte en Allemagne (Joseph Haydn), en Espagne (Manuel de Falla), en Italie (Alfredo Conello), avant de repartir au centre de l’Europe avec Jean(Sébastien Bach) et au nord, en Finlande avec Sibélius (1865-1957) avant un saut dans les Amériques, au Brésil (Hector Villa-Lobos) et revenir en France, dans le Sud, avec le marseillais Bernard Boetto (1960-), pour terminer en apothéose avec le Quatuor en Ré majeur KV 285 de Wolfgang Amadéus Mozart.

   Le Trio n°113 de Haydn évoque pour moi la magnificence d’une cour royale et les toilettes somptueuses des dames. La déclaration d’amour enflammée du Duo en Do majeur de Jean Sibélius  apporte une note de passion qui bouscule le calme austère des lacs qui parsèment les sombres forêts de Finlande.

   Quant à Bernard Boetto, comment n’aurait-il été inspiré par le romantisme du Pont Bénézet exprimé avec modernisme ?

   Le Quatuor de Mozart déroule une guirlande de notes joyeuses. Les quatre mouvements, allegro, adagio, rondeau et allegretto sont interprétés au piccolo par Jean-Louis Beaumadier ; à l’alto par Pierre-Henri Xuéreb, au violon par Marc Vieillefon.

 

Samedi 29 août

   Concert de clôture en après-midi. Le soleil brille mais l’air est frais après l’orage d’hier. La lumière extérieure pénètre le Temple. Sous l’immense croix du chœur, la jeune altiste chinoise Ruixin Niu s’avance et de son violon monte un doux appel qui va s’épanouir en une mélodie populaire de son pays. C’est la première surprise de la soirée suivie d’un des Lieder des Dichterliebe de Robert Schumann dans un arrangement de Pierre-Henri Xuereb, accompagné au violoncelle par Philippe Muller. Ces lieder ont été inspirés au compositeur par un poème d’Henri Heine « Les amours du poète » (Dichterliebe). Celui qui est interprété ce soir est en harmonie avec cette strophe :

 

De mes larmes s’épanouissent

Des fleurs en bouquets radieux

Et de tous mes soupirs surgissent

Des rossignols mélodieux.

 

   Le Duo de violons par Marc Vieillefon et Tao est une composition très enflammée de Jean-Marie Leclair (1694-1764).

   Philippe Muller et trois stagiaires nous entraînent ensuite dans une danse aux accents populaires de Franz Schubert suivie de Rondo ungarèse de Carl-Marie Von Weber interprété par Philippe Muller et quatre stagiaires.

   J’attendais avec curiosité la pièce pour violons de Christophe Giovaninetti présentée modestement  par celui-ci comme inspirée d’un Vivaldi « qui aurait mal tourné ». Nous allons être bluffés et le public fera au compositeur une standing ovation pour saluer cette pièce à la fois de style moderne et très expressive.

   Elle exprime pour moi l’apparition de la vie, une éclosion. J’entends les coups de bec frénétiques du jeune poussin  brisant la coquille qui l’emprisonne. Petite boule d’or, duveteuse, les yeux à peine ouverts, le bec noir, il émerge de la coquille et découvre avec ravissement et un peu d’inquiétude le soleil, le monde extérieur. Il s’enhardit et ses premiers pas chancelants le conduisent à la rencontre des autres poussins de la couvée. Cette petite armée se met en marche d’un pas de plus en plus assuré et rythmé. Christophe Giovaninetti sera sans doute surpris par les images que me suggère son œuvre, mais n’est-ce pas la destination de toute œuvre d’être recréée par celui ou celle qui l’écoute ?

   Tâche difficile, deux stagiaires lui  succèdent (Duo pour deux altos) dans une composition de Bartholoméo Bruni. Timides au début ils se sont ensuite affirmés. Bravo.

   Joseph Haydn à nouveau avec le Trio n°110 pour viole d’amour, violon et violoncelle. La voix profonde du violoncelle. Pas de danse et révérences.

   Les 3e et 4e mouvements du  Quintette à cordes  opus 29 en Ut majeur de Beethoven vont clore cette 8e fête de l’alto avec la participation de Pierre-Henri Xuereb, Marc Vieillefon,  Ruixin Niu et une jeune stagiaire. L’allegro moderato prolonge la tonalité joyeuse de ce festival, cependant que dans les profondeurs sourd comme une menace, une interrogation qui assombrit l’espoir. L’adagio confirme timidement cet espoir mais le scherzo fait à nouveau entendre la colère qui gronde. Orage social en perspective ou phénomène naturel ?

   Un grand merci aux artistes et aux organisateurs pour cette magnifique semaine musicale qui, à l’évidence, était en adéquation avec  l'état du monde.

Bernard DESCHAMPS

04 septembre 2020

* Selon le mot de Jean-Pierre Rampal.

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