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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 15:50

Aujourd’hui : Albert Camus à la télé… Qu’un sang impur, film de Abdel Raouf Dafri…

Camus sur FR3

    C’est l’homme, plus que l’écrivain, qui nous était proposé sur FR3 mardi soir. Ses oeuvres majeures, Noces, L’étranger, La peste, Les justes, L’homme révolté, Le premier homme…furent certes évoquées, ainsi que ses combats politiques, dans la Résistance, contre le stalinisme, pendant la  guerre d'Algérie au cours de laquelle il ne prit pas parti en faveur de l’indépendance bien qu’il ait été sensible à la misère du peuple. Les auteurs de ce documentaire intéressant avaient choisi de nous révéler l’homme dans son intimité, à travers notamment le regard sensible de Catherine, sa fille. Camus élevé par sa mère dans le quartier populaire de Belcourt à Alger. Camus remarqué par son instituteur, véritable hussard noir de la République. Camus à Paris, prix Nobel à 44 ans alors qu’il pensait que celui-ci revenait à Malraux. Camus et ses nombreuses amours. Simone, Francine son épouse avec qui il eut deux enfants ; puis ou en même temps Patricia, Christiane, Mette Ivers qui témoigne si pudiquement et surtout Maria Casarès une passion de 13 années interrompue par la mort de l’écrivain le 4 janvier 1960. Coïncidence, cette émission survenait alors que je lisais la correspondance échangée par Camus et Maria Casarès. 865 lettres d’un amour incandescent entre l’auteur qu’elle admirait et l’artiste qui l’inspirait. « Dans le monde horrible et obscur, ta lumière ! » Une correspondance imprégnée d’un lyrisme si différent des phrases sèches de certains de ses textes littéraires si suggestifs pourtant dans leur dépouillement. « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile. «  Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. » Et par-dessus tout, la nostalgie de la lumière de la Méditerranée qu’il retrouvera à Lourmarin. « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. » Un autre homme qui éclaire l’homme public.

Qu’un sang impur…

   Les Aurès-Nementchas en 1960. Avant la première image, un court extrait de l’allocution du Général De Gaulle qui pour la première fois le 16 septembre 1959, admet le droit du peuple algérien à l’autodétermination …Et, sans transition, des images insoutenables de junud  torturés aux accents de La Marseillaise et l’exécution de l’un d’eux qui a parlé sous la torture par un de ses compatriotes. Alors que des négociations s’engagent entre les émissaires de De Gaulle et le G.P.R.A., le napalm des Opérations Jumelles inonde les douars et carbonise hommes, femmes et enfants. C’est pour moi une interrogation lancinante : est-il nécessaire de montrer l’horreur pour faire réfléchir ? Les scènes de ce film flirtent avec le sadisme.

   Mais le défaut majeur qui sera souligné par plusieurs spectateurs dans le débat qui suivra la projection : le réalisateur renvoie dos à dos l’occupant colonial et le peuple algérien contraint de prendre les armes pour conquérir sa liberté. Il met sur le même plan, les bombes des uns et le couteau des autres. Il assume ce choix dans une interview au Point du 19 janvier 2020 : « Mon film ne veut pas choisir de camp. » Certes, comme l’ont fait remarquer certains, il s’agit d'une fiction – fort improbable d’ailleurs – mais cela justifie-t-il les entorses grossières à l’histoire ? Les enfants de chuhadâ qui assistaient à la séance à Alès  en furent terriblement meurtris.

B.D.

26/01/2020

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