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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 16:05

à la date du 28 août 2019

par Bernard DESCHAMPS

 

   Les manifestations du mardi et du vendredi se poursuivent avec un très haut niveau de mobilisation en dépit de la chaleur estivale. Vendredi 23 août, le hirak est entré dans sa 27e semaine. Il refuse tout dialogue avec le pouvoir dont il exige le départ.

    Les emprisonnements de personnalités pour corruption se poursuivent. Voici l’opinion de la Ligue algérienne des Droits de l’Homme : « Sur le principe, nous sommes pour la lutte contre la corruption et pour la moralisation de l'acte politique et l'acte de gestion », indique au Point Afrique Said Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH). « Mais nous sommes d'abord pour une justice indépendante qui doit être consacrée. Jusqu'à maintenant, on constate parfois que la justice est même instrumentalisée dans une lutte des clans », a-t-il souligné.

   Les forces politiques, bien que peu représentatives de l’ensemble de la population, tentent de s’organiser et les deux grandes tendances, l’une partisane d’une élection présidentielle dans les meilleurs délais, l’autre, plutôt de gauche (1) qui prône une nouvelle Constitution  comme préalable à l’élection présidentielle, se sont réunies samedi  pour explorer une éventuelle 3e voie. Le chef de l’Etat par intérim, le chef du Gouvernement et le Chef d’Etat-major de l’Armée continuent de faire le forcing en vue de la tenue rapide d’une élection présidentielle sous la supervision d’un « panel » de personnalités qu’ils ont nommées mais qui est contesté voire rejeté par les manifestants.

    Les personnes de diverses sensibilités politiques qui vivent en Algérie et que je consulte m’indiquent que rien n’est joué, qu’une partie de la population algérienne, salariés, personnes de condition modeste, rejette ces combinaisons politiciennes tout en souhaitant un large consensus et exige de vrais changements politiques et sociaux. Certains observateurs n’excluent pas à la rentrée une radicalisation du mouvement qui resterait cependant pacifique (désobéissance civile ?).

 

Les manifestations

    Ce  27e vendredi  s’est déroulé dans le calme.  Des manifestations se sont déroulées à Alger, Constantine, Oran, Bejaia, Tizi Ouzou, Bouira, Tiaret, Mostaganem, Chlef, Annaba, Bordj Bou Arreridj, etc,

   La mobilisation s’est maintenue  avec une moindre ampleur à Tiaret. Par contre, la presse mentionne une forte mobilisation à Tizi-Ouziu et une « déferlante » à Alger Les manifestants ont réitéré leurs revendications politiques en faveur de l’instauration d’un régime démocratique en se montrant hostiles aux manœuvres du pouvoir visant à imposer ses choix. A  Constantine, la mobilisation a été plus forte que les deux derniers vendredis. Les manifestants scandaient « révolution populaire, on va chasser les goumiers ».

    A Relizane, la mobilisation citoyenne s’est maintenue. A Tlemcen, la mobilisation est loin de s’essouffler. « Ni Tebboune, ni Benflis », scandent les manifestants. A Chlef , des milliers de personnes ont marché  pour un véritable changement démocratique. Les marcheurs ont également fustigé l’initiative de dialogue menée par Karim Younes et le panel de « dialogue » qu’il coordonne.  A Oran, il y a une très forte mobilisation dans les rues pour un changement du système politique. « Pas de dialogue avant la libération des détenus d’opinion », scande la foule.  A Bejaia, des milliers de personnes scandent les slogans contre le panel de Karim Younes et pour un État civil. « Pour une Algérie libre démocratique et sociale », lit-on sur une banderole brandie lors de la marche aujourd’hui. Mostaganem : La mobilisation est intacte.

    Selon TSA (27/08/2019): « Face à l’absence de perspectives de sortie de crise, la colère populaire ne s’estompe pas. Cette semaine, une délégation de six ministres, conduite par celui de l’Intérieur, a été chassé puis chahutée par la population à Illizi, dans le sud du pays. Pourtant, la délégation était venue annoncer des « projets de développement » pour la région.

   Dans ce contexte, l’Instance de dialogue et de médiation continue d’avancer laborieusement. Cette semaine, elle a rencontré Ali Benflis et Sofiane Djilali. Les deux personnalités ont insisté sur les mesures d’accompagnement pour la réussite du dialogue. Parmi les mesures réclamées figurent notamment le départ du gouvernement Bedoui, la libération des détenus d’opinion, l’ouverture des champs politique et médiatique…

Pour l’heure, le régime ne montre aucun signe allant dans le sens de l’apaisement. Bien au contraire, il semble avoir lancé une offensive destinée à imposer la tenue d’une élection présidentielle, avec un minimum de garanties et sans ouverture préalable. »

 

Les forces politiques

  Le quotidien d’opposition El Watan (28/08/2019) sous la signature d’Abdelghani Aichoun,  livre l’analyse suivante : « A la recherche d’un compromis démocratique »

« La réunion des Dynamiques de la société civile avec les partis politiques de l’opposition, ainsi que des personnalités politiques, qui s’est tenue samedi à la Safex, a conclu entre autres à la mise sur pied d’une commission qui aura pour mission de tenter de trouver un «consensus» autour des différentes initiatives existantes.

La mission s’avère ardue au vu des divergences d’ordre politique et idéologique et, par conséquent, par rapport aux feuilles de route proposées, même si leurs promoteurs sont confiants quant à leur aboutissement. D’où le lancement de l’idée de cette «troisième voie» qui semble se dessiner, qui est un juste milieu entre les deux. Une élection présidentielle jumelée à un processus constituant centré autour d’amendements constitutionnels, pour notamment réduire les pouvoirs présidentiels, ou d’une déclaration constitutionnelle qui obligerait le Président élu à mettre en œuvre les engagements pris relatifs aux changements souhaités par la population. Il faut rappeler que jusque-là, deux tendances lourdes ont émergé. Il y a celle des partisans d’un passage directement vers une élection présidentielle, pour peu que les conditions garantissant sa transparence soient réunies, et ceux plaidant pour un processus constituant.

Les premiers sont concentrés autour du Front du changement qui a organisé, le 6 juillet, le Forum du dialogue national (2), et les seconds font partie de l’Alternative démocratiqu» (3),. Jusque-là, les uns et les autres s’accrochent à leurs visions des choses. Pour les tenants d’une présidentielle (MSP, FJD, Talaie El Hourriyet…), le processus constituant engendrerait des risques dans la mesure où, eu égard aux contradictions doctrinales qui existent dans la société, les débats au sein d’une assemblée constituante pourraient s’éterniser. Par contre, pour les formations politiques de l’Alternative démocratique (RCD, FFS, MDS, PLD, PT…) aller vers une présidentielle avec la Constitution actuelle ne ferait que régénérer le système. […] Certains acteurs de la scène politique estiment qu’il est peu probable d’arriver à concilier les différents bords politiques. […] Dans la déclaration prononcée par Mohamed Hadj Djilani,  le FFS (socialiste) a estimé que «les processus qui conduiraient à l’avènement de la IIe République sont nombreux et variés». Mais «l’essentiel est de s’entendre sur le principe incontournable et indiscutable du changement radical du régime et sur la nécessité d’amorcer une transition démocratique la plus fidèle aux attentes populaires». «La «société civile» réussira-t-elle à concilier les deux grandes tendances. […] la quasi-totalité des partis politiques de l’opposition ne s’inscrivent pas dans le dialogue proposé par le panel de médiation, qui ne semble convaincre pour l’instant que très peu de monde. »

    

        (1)   Sauf les Communistes algériens du PADS, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, qui n’est pas signataire de la plate-forme pour la Transition démocratique qu’il considère comme réformiste.

     (2) Le Dialogue national comprend notamment :

- MSP, Mouvement de la Société pour la Paix créé en 1990 qui prône un islamisme modéré. Le MSP se réclame des Frères musulmans. Il incarne l'opposition modérée et légaliste face au pouvoir algérien.

-FJD, Front de la Justice et du Développement créé en 2012. Porteur d’une idéologie islamiste réformiste

-Talaie El Hourriyet, est le parti créé en 2015 par Ali Benflis, ancien secrétaire général du FLN et candidat contre Abdelaziz Bouteflika en 2004 et 2014.

(3)  La Transition démocratique comprend notamment :

- FFS, Front des Forces Socialistes, parti créé en 1963 par Aït Ahmed et membre de l’Internationale Socialiste.

- RCD, Rassemblement pour la culture et la Démocratie, parti laîc principalement implanté en Kabylie créé en 1989.

- MDS, Mouvement Démocratique et  Social, issu de l’ancien PAGS qui était l’héritier du Parti Communiste Algérien. Le MDS créé en 1998 est proche du PG de Jean-Luc Mélenchon.

- PLD, Parti pour la Démocratie et la Laïcité créé en 2008 à la suite d’une scission du MDS.

-PT, Parti des Travailleurs, parti trotskiste dont la Secrétaire générale Louisa Hanoune est emprisonnée politique depuis le 9 mai 2019.

Bernard DESCHAMPS

27 août 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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